‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 195 sur 345 · V. Baumgarten, Lo^ica · texte numérisé non relu

V. Baumgarten, Lo^ica

inspire leur conduite, puisque nous n'en constatons que les .effets extérieurs ; et en ce qui nous concerne, malgré notre clairvoyance la plus apphquée, quelle peine nous avons à sonder nos intentions secrètes et à les atteindre dans leur fond ' ! En déclarant ainsi que nous parvenons mal par l'observation de nous-mêmes à démêler les mobiles intimes de nos actes, Kant se ressouvient sans doute de ce que son éducation reUgieuse lui a appiis sur l'abîme mystérieux de nos cœurs ; mais explicitement il se réfère à ces réflexions des moralistes qui aperçoivent dans les motifs en apparence les plus vertueux et les plus désintéressés les mouvements d'un amour-propre insinuant et subtil'. De telles réflexions, observe-t-il, ne sont pas faites pour porter atteinte à l'idée de la moralité, puisque dans leur amertume c'est cette idée même qu'au fond elles opposent à la fragilité et à la corruption de la nature humaine ; mais le doute qu'elles autorisent, c'est qu'il y ait réellement dans le monde quelque véritable vertu. (( Dans le fait, il est absolument impossible d'étabhr par expérience avec une pleine certitude un seul cas où la maxime d'une action, conforme du reste au devoir, ait reposé uniquement sur des principes moraux et sur la représentation du devoir'. )) Rien n'est donc plus

1. Cf. Die Religion, VI, p. ii5, p. i58. p. i63 p. 172- -^^^^'' f/'' (iemeinspruch : Dns mag in Théorie richtig sein, VI, p dio-5ib. — Metaphysik der Sitten, VII, p. 196. p. 255. — V. aussi I\ , p. 2()7. — \.

plus haut, p. 97. . . 1 1 M -i

2. Peut-être pense t-il à la Rochefoucauld qu'il connaissait, et dont il cite ailleurs, parmi les motifs de croire à la méchanceté humaine et de soupçonner un fond de vices déguisés sous rapi)arenre de la vertu, la maxime, que « dans l'adversité de nos meilleurs amis, nous trouvons souvent quelque chose qui ne nous déplaît pas ». />i<? y»V/fV^V>«, VI, p. 127.

3 IV, p. 254-255. — « Alors même qu'il n'y aurait jamais eu un seul homme 'pour pratiquer à l'égard de la loi morale une obéissance sans condition, la nécessité objective d'être un tel homme n'en reste pas moins entière et n'est pas moins évidente par elle-même. » Die Religion, M, p. 107. On trouve chez Rousseau un même sens pessimiste de la réalité dès qu elle est jugée selon l'idéal rationnel de la société: « A prendre le terme dans la rigueur de l'acceplion, il n'a jamais existé de véritable démocratie et il n en existera jamais. » Contrat social, 1. Ht, ch. iv. — « Ceci fait voir qu en examinant bien les choses on trouverait que très peu de nations ont des lois. » lOid., 1. III, ch. XV.

faux, ni même plus funeste que de vouloir tirer la moralité d'exemples : les meilleurs exemples ne sont pas sûrs; et ils ne valent en tout eus que s'ils sont éclairés et justifiés parla loi. (( Même le Saint de l'évangile ne peut être reconnu pour tel qu à la condition d'avoir été comparé à notre idéal de perfection morale: aussi dit-il (l(* lui-même: pourquoi m'appelez-vous bon. moi (que vous voyez)!* ÎNul n'est hou (le type du bien) que Dieu seul (que vous ne voyez pas)'. » L imilaliou doil être exclue de la morale: si les exemples ont parfois ([uelque utilité, elle uc peut étic (|u'en ceci: rendre la loi en (pieUjue soite visible, et témoigner (pielle esl prahcable. Ainsi les concepts moraux ne |)euvenl. sans conq)romettre à la fois leurs caractères inirinsèques et leur inlluence pralicjue, se laisser extraire de l'expérience: ils ne dépendent, ni dans leur origine, ni dans leur sens, ni dans leur objet, de conditions contmgeutes : c'est pourquoi la Métaphysique des mceurs, ainsi que nous 1 avons vu, établit les lois, non pas de la nature humaine, mais des êtres raisonnables en général ".

A oilà donc poussée à 1 exhême, en même temps que justilié(* par l'opposition de la raison et de l'expérience, 1 aniilhèse laimhèn^ à la conscience commune entre ce qui doit être et ce qui est '' . Ce (pii doit être, c'est-à-dire ce que

I. IN , p. 356-257, — V. dans la Religion la théorie delà personnification du bon |>rinclp('.

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