IV, p. 154-257, p
3. IV . p. 235-23G, p. 250, p. 275. — Celte opposition entre ce qui doit être et ce qui est, considérée comme indispensable en ce sens à la constitution de la morale, a été souvent criti(piée, à des points de vue d'ailleurs fort divers. Pour llei,'el, par exemple, celte op[)osition est l'œuvre de l'entendement, qui ne peut en elFet relier ses abstractions à la réalité, et la prééminence attribuée à ce qui doit être n'est que l'expression du mode négatif et imparfait selon lequel ce môme entendement limite ses propres connaissances; l'idée, telle quelle est pour la raison, n'est pas à ce point impuissante que sa vérité consiste à ne [)as être réellement, mais seulement à devoir être. De cette opposition entre le devoir et l'être, que Kant a jugée essentielle, résultent les nombreuses contradictions de sa morale, celle-ci notamment, que la moralité, avant sa condition fondamentale dans cette opposition, se détruirait elle-même en réalisant pleinement son objet par l'accord de la réalité avec la raison. Phdnonienologie des Geisles, 11, p. 451-47O. — Encjclopàdie, VI, p. lo-ii, p. 97-98,
la philosophie pratique a essentiellement à déterminer, est complètement indépendant de toute réalité donnée. Mais comment la philosophie pratique va-t-elle déterminer ce qui
doit êtrc.^
On s'exposerait peut-être à mal comprendre les démarches de la pensée de Kant dans cette seconde section de la (inmdlerjunr/, si Ton voidait y voir la mise en anivre d'une méthode unique, destinée à résoudre un problème unique. La \érité paraît être que Ivaut obéit là, simultanément ou allcrnatiN émeut, aux deux préoccupations qui se sont disputé l'objet de son livre : établir les principes généraux d'une Mélaphvsiqtie des mo-urs. esquisser une Critique de
,, i8() (V. dans II. Cohen, EtIii/>- des reinen Willpns, 1904, p. 3i/l, la défense du kantisme contre l'identification hégélienne du rationnel et du réel). — Schleiermacher aussi soutient contre Kant l'identile a la fois actuelle et progressive du devoir et de l'être pour ce motif que d'une part le devoir (das Sollen) qui n'aurait j.as un commencement de réalisation ne serait qu'une forme vide, et que d'autre part les diverses sortes d êtres ne réalisent qu'imparfaitement et (prapproxiniativement leur loi, en sorte que celle-ci reste pour elles un modèle et un idéal. Ueber den Unterschied ZMischen Nuturgesetz tind Sittengesetz, Zur Philosophie, 11, y 3()7-'ii7. — Pour Schopenhauer, le r.:.Gi-.oy '^sjoo: de Kant consiste a avoir voulu' chercher en morale des lois de ce qui doit arriver, ce qui doit arriver n'arrivàt-il jamais « Tout au rebours de Kant, je dis, moi, que le moraliste, comme le philosophe en général, doit se contenter d'expliquer et d eclaircir e donné, par suite ce qui est ou ce cpii arrive réellement, pour parvenir a le rendre intelli-ihle, et qu'à ce compte il a beaucoup à faire, beaucoup plus qu'on n'a fait jusqu'ici, après des milliers d'années écoulées. » Leher die l.riunllage der Moral, Werke, éd. Grisebach (Reclam), III, p. aoo. — Simmel soumet à une analyse psychologique et critique la distinction kaiitienne : il s'appli(|ue à monfrer que si parfois le devoir (das Sollen) parait tirer sa force de son opposition à la réalité donnée, quand il s'agit, par exemple, de faire prévaloir sur la morale courante un idéal nouveau, le plus souvent au contraire il n'est que l'expression des faits, de la pratique normale, imposant à l'individu les mœurs de la société ou de la race. En d'autres termes le devoir tire sa matière, selon les cas, de ce qui est ou de ce qvii n'est pas : preuve qu'il ne peut rien expliquer jiar lui-même, n'étant qu'un concept formel impuissant à se donner lui-même un contenu. Einleifnng in die MoraUvissenschafh iSqa-iSqS, t. I, p. 05-8^. — Sur les objections que Ion peut faire, au nom d'une science positive des mœurs, aux morales deduclives a priori, spécialement à la morale kantienne, considérée comme connaissance de ce qui doit être. v. Lévy-Bruhl, La morale et la science des mœurs, 2^" éd., iQo5, p. 14-19 (Paris, F. Alcan).
LA PIIIF.OSOPIIIE PKXTIQIE DE KANT
la raison praîiqne. Ce qui lait (|ue, malgré celte dualité d'intentions, les idées s'enchaînent assez pour donner à la Grundler/iinr/ l'apparence d*un ouvrage parfaitement lié, c'est qu'en employant la méthode analytique pour remonter jusqu'au concepl fondamental de la Critique, Kant rencontre des expressions de la loi morale au point où elles peuveiit servir de principes à la déduction des devoirs. Ainsi, d une part, il s'elforce de dégager par voie régressive les notions constitutives de la puissance pratique de la raison, de façon à atteindre cette puissance à son origine même : d'autre part, il end)ranche sur chacune de ces notions, à mesure cpi elle est découverte, le procédé déductif cpii peut, à partir d'elle, rendre compte d'un ensend)le d'ol)ligations. On comprend dés lors que si ces deux développements de la pensée de Kant peuvent, surtout au début, être assez concordants, ils ne sont pas cependant assez identiques de sens pour maintenir dans le fond, aussi intacte qu'elle paraît être, l'homogénéité des formules qui les expriment : et c'est sans doute aussi pour ne les avoir pas distingués que l'on a souvent mal interprété le contenu de la doctrine.
La conception initiale est celle de la loi pratique. Qu'il y ait une loi pratique, comme loi, c'est ce qu'exige le principe d'après knpiel toute chose dans la nature agit selon des lois. Qu'il y ait une loi pratique, comme pratique, c'est ce qui résulte de la faculté (pi'ont les êtres raisonnables, cl qu'ils ont seuls, d'agir selon la représentation des lois. Ainsi se définit proprement, en son pur concept, la volonté: elle est le pouvoir d'agir suivant des règles qu'elle se représente ; donc, comme la raison lui est indispensable pour dériver ses actes de lois, la volonté n'est autre chose que la raison prati(|ue. Kant semble prendre d'abord cette expression de niison prdtifjnc dans un sens indéterminé ; il nidentilie pas d'emblée la raison pratique à la raison morale : même en maints endroits il tend à présenter la raison pratique comme un genre dont la raison
FONDEMENTS DE L\ AlÉTAPlîYSlQtE DES MŒURS 349
pure pratique d'un côté, et de l'autre la raison techniquementou empiriquement pratique sont des espèces, d'ailleurs entre elles irréductibles. Mais ce qui doit être étabU par la démonstration ultérieure, c'est que seule la raison pure est véritablement pratique. Supposons dans tous les cas un être en qui raison et volonté ne feraient qu'un, ou, pour parler un langage plus usuel, en qui la raison déterminerait immédiatement la volonté : les actions de cet être seraient nécessaires subjectivement comme elles le sont objectivement ; sa volonté, autrement dit, ne choisirait jamais que ce que la raison, dégagée de toute influence étrangère, considère comme pratiquement nécessaire, c'est-à-dire comme bon. Mais si nous avons affaire à un être qui, tout en étant raisonnable, est fini, dont par conséquent la volonté est soumise aussi à des mobiles sensibles, c'est-à-dire à des conditions subjectives qui ne s'accordent pas toujours avec les lois objectives, alors, comme chez l'homme, la nécessité des lois objectives devient, pour une volonté qui ne s'y conforme pas inévitablement d'elle-même, une contrainte ; elle est un commandement ; elle a pour formule un impé-
ratlf\
Qu'est-ce donc qu'un impératif^ ?
Le caractère commun de tous les impératifs, quels qu'ds soient, ce qui fait qu'ils se traduisent par le verbe « devoir », c'est qu'ils énoncent le rapport de lois objectives (lu vouloir en général à rimperfeclion subjective de la volonté de tel ou tel être raisonnable, de la volonté humaine,^ par exemple ; ils ne s'appliquent donc pas à une volonté sainte comme est la volonté divine. A la volonté qu'ils gouvernent, ils ordonnent de se déterminer par des règles, et non par de simples impressions ou sensations ; ds lui représentent, contre son ignorance ou ses dispositions mauvaises, l'action à accompUr ; ils définissent ce qui est néces-
I. IV, p. 2G0-261. — Cf. Kritik der pvaklischen Veinunft, V, p. 19-21, p. 34.