V. plus haut, p. 99, p. i6j, p
LA PIIII.OSOPTllE rRVTlQUF. DE K\>"T
sairo « selon le prineipe d'une volonté bonne en quelque façon )) : ils sont tous des expressions de la raison '.
Mais ils ne le sont pas tous de la même manière et au même titre: car ils commandent ou hypothétiquement ou catégoriquement. Les impératifs hypot/iéli/jiics ne déclarent 1 action pratiquement nécessaire que comme moyen en vue d'une fm : ils subordonnent donc ce qu'ils commandent à cette fin, comme à une condition. Quant à cette fin ellemême, elle peut dans certains cas être simplement possible, c'est-à-dire représenter tel objet plus ou moins directement en rapport avec le développement des facultés humaines ; c'est ainsi que les sciences, dans leur partie pratique, établissent que certaines fins sont possibles pour nous, et elles indiquent en même temps par des règles ou des impératifs les moyens de réaliser ces fins ; c'est ainsi encore ([uc l'éducation pré[)are à atteindre toutes sortes de fins que 1 ou j)eul avoir à se proposer dans la vie. mais ([ui peut-être en fait ne seront jamais poursuivies. Les impératifs hypothétiques qui commandent en vue de fins simplement possibles sont des inq)éral ifs y)/'o/yA7n'///YW^//irv// praliffucs ou des impératifs fcchniqnes : ce sont des règles de Ylinhileté ". Mais les impératifs commandent aussi en vue de lins réelles, comme
I. Sur ce i{uo lous les impératifs, et non pas seulement Tlmpératif catégorique, sont fondés sur la raison, v. encore Krilik <ler praktischen Vernunjh V, p. U).
3. Siguart critirpje la distinction établie j)ar Kant entre l'étliicjue et la technique pour celte raison (pie la pensée de toute action morale contient nécessairement im élément technique, c'est-à-dire raj)plication des lois de causalité expérimentalement découvertes à la connaissance des moyens appropriés; ii ne sullit pas même de [)rétcndre que la fin proprement <lite de notre conduite ainsi (jue la maxime qui nous la fait choisir sont purement morales ; car pour adopter raisonnablement une fin, il faut la considérer comme réalisable, et le problème de sa réalisation est un |iroblème technique (^Vorfragon dcv EtUik, i88G, p. 2(J-27). — A vrai dire, Kant n'a jamais nié ipie la réalisation matérielle de l'acte moral ne fût sous la dt-pendance de conditions techniques; il n'a sans doute jamais pensé que l'on dût se proposer /// concreto des fins reconnues irréalisables ; il a voulu définir quelle devait être en toute circonstance la maxime de notre conduite et déterminer par cette maxime seule l'élément moral de notre action. Sa pensée est simplement celle-ci : il faut qut; l'homme se décide selon le devoir avant de rechercher par quels moyens il peut accomplir matériellement ses devoirs.
celles que poursuivent effectivement tous les hommes sous le nom de bonheur: ils énoncent alors les moyens que nous devons employer pour nous rendre heureux ; les impératifs hypothétiques de ce genre sont asserioriquement praiiques ou pragmatiques; ce sont des conseils de Imprudence. En opposition avec les impératifs hypothétiques sous toutes leurs formes, il y a ïimpératij catégorique \ L'im-
I. La distinction de deux genres irréductibles d'impératifs, dans son expression formelle, est résultée, comme nous l'avons vu (p. 99), de la critique du concept AvoU!ien de l'obligation, critique qui avait amené Kant à marquer la ilillérencc essentielle de la nécessité problématique et de la nécessité Légale. Quant à la détermination de l'objet des impératifs et à la subdivision des impératifs hypothétiques, elles répondent à la conception que Kant s'était faite, pour ses leçons d'anthropologie, de trois doctrines ditTérenles sur les fins de l'homme, une doctrine du iDonhcur, une doctrine de l'habileté et une doctrine de la sagesse (V. la lettre à Marcus Herz de la fin de 1773, Briefivechsel, I, p. i38i3(), et Starke, Kant s Mensclienknnde, p. /i). — Ceci témoigne que Kant n'a pas introduit la notion des impératifs hypothétiques uniquement pour définir par contraste la notion de l'impératif catégorique.
Kant a-t-il toujours maintenu dans les mêmes termes la distinction de l'impératif catégorique et des impératifs hypothétiques, ainsi que la subdivision des impératifs hypothétiques en règles de l'habileté et en conseils de la prudence ? Dans la Critique de la raison pratique, il paraît tendre à faire rentrer les conseils de la prudence dans les règles de l'habileté (« les impératifs hypothétiques contiennent simplement des principes de l'habileté ». V, p. 90); il remarque en outre que les règles universelles d'habileté impliquées dans les principes de l'amour de soi sont des propositions techniques (nous avons vu que dans la Grundlegung les impératifs de l'habileté sont dits techniques), et (ju'à ce titre elles sont théoriques, non pas essentiellement [)ratiques : elles ne concernent pas en efTet la détermination de la volonté en elle-même; elles fournissent seulement à cette volonté, quand elle veut une certaine fin, la connaissance des moyens propres à l'atteindre (V, p. 26-27). On dirait donc que Kant, en même temps qu'il fait rentrer tous les impératifs hypothétiques dans le genre de l'habileté, établit entre les impératifs hypothétiques et l'impératif catégorique la même distinction qu'entre les principes théoriques simplement appliqués, par suite techniques, et les principes spécifiquement pratiques. Les ouvrages ultérieurs paraissent présenter encore plus nettement sous cette forme le caractère général des impératifs hy[)olhétiques et leur rapport à l'impératif catégorique. Ainsi dans X Introduction de la Critique de la faculté de juger, Kant distingue les principes techniquement pratiques et les principes moralement [)ratiques ; les premiers, « qui sont ceux de l'art et de Ihabileté en général, ou encore de la prudence, considérée comme une habileté à avoir de l'influence sur les hommes et sur leur volonté », se rapportent à la philosophie théorique ; ils montrent comment la volonté peut produire un elîct selon les règles de la causalité naturelle ; au contraire les principes moralement pratiques concernent la détermination de la volonté en elle-même, indépendamment de toute fin préalable, et appartiennent à la philosophie pratique strictement entendue (V, p. 177-178). De même, V Introduction de la Métaphysique des mœurs renvoie à la philosophie théorique tout ce qui dans la
LA rHTLOSOPIIlE PRATIQUE DE KANT
pératlf catégorique représente une action comme nécessaire objectivement, sans rapport quelconque à une condition ou
conduite est airalre d'art et réserve à la philosopliie pratique rétablissement des lois propres de la volonté (VII, p. i4-i5) ; elle lait correspondre à la distinction des impératifs inconditionnés et des impératifs conditionnés celle des impératifs pratiques et des impératifs techniques (p. 18-20). Cf. ileinze, Vorlcsun-
gen Kants, p. itu [04il-
Partant de là, on a soutenu qu'il sétait produit sur ce sujet dans la pensée de Kant une transformation, d'ailleurs juste, mais dont la conséquence logique serait la ruine de la doctrine des impératifs. D'une part, en effet, les impératifs hypothétiques, d'abord ramenés à une seule espèce, aux impératifs de l'habileté, puis résolus en propositions théoriques, ne méritent plus le nom d'impératifs ; ce sont dos formules des nécessités naturelles ([ui enchahicnt les déterminations de la volonté aux besoins et aux désirs (ju'elle tend à satisfaire : ce sont des lois, au sens scientifique et vraiment rationnel. Mais d'autre i)art, les impératifs catégoriques ne sont pas des lois; le fait de commander à une volonté, même sans condition et sans réserve, n'implique en soi rien d'universel, suppose mémo plutôt une décision d'espèce, et arbitraire (Cari Stange, /><?/• /ie<^riffdera hypotlietischeti Imperative » in der Ethik Kants, kantstudicn, IV,^p. 232-2'i7; Einleitung in die l-Ahik, I (1900), p. 120, p. i3()-i3i).
Cependant il est inexact de parler de transformation dans la pensée de Kant sur ce sujet; car, dans la Criindlcgung, la prudence, au sens le plus strict, est détlnic « l'habiloté dans le choix des moyens qui peuvent nous conduire à notre plus grand bien-être i>ossiblo » (IV, p. '}X)\)\ en outre le rapport est déjà bien marqué entre les règles de l'habileté et les propositions théoriques de la science (p. 203). On ne peut même pas dire que la Critif/ue de la raison pratique ait ramené décidément à l'unité les deux espèces d'impératifs hypothétiques, puis(iue la Préface maintient la distinction des impératifs en principes de détermination prohiématiffurs, assertorif/ues et apodictit/ues (\ , p. n, note). Et l'on peut observer d'autre part que dans la Critique de ta raison pure (III, p. 5^3) se trouve déjà la distinction simplifiée de l'activité pratique de l'homme en habileté et en moralité. En réalité les rapports entre ce que Kant entend par prudence et ce qu'il entend jtar habileté ne sont [)as toujours constants, et il semble qu'il y ait tantôt un objet de la prudence distinct de celui de l'habileté, tantôt un objet de l'habileté beaucoup plus général que celui de la prudence, et le com[>renant comme un cas [)articulier (V. Grandlei^ung, IV, p. 204, note; Starke, Kants Mensclienkiinde, p. 4-5). Peut-on dire que Kant ait ramené la prudence à l'iiabileté ? Mais V Anthropologie qu'il a publiée, et qui se propose de déterminer l'usage le plus habile que l'iiommo puisse faire de ses connaissances, est intitulée « au point de vue pragmatique », non au point de vue technique. Il semble en définitive que Kant n'ait ramené les conseils de la prudence aux règles de l'habileté que lorsqu'il considérait surtout les procédés de culture également imlispensables à la recherche éclairée du bonheur et au dévclo|)pement des a[)titudes humaines en général, mais qui! ait plutôt fait du besoin de bonheur le stimulant de l'habileté, sauf à admettre que la culture par laquelle s'acquiert et se fortifie l'habileté est souvent eu conflit avec le bonheur individuel et n'assure tous ses avantages que dans l espèce. Mais de toute façon il ne paraît pas avoir entièrement résolu les impératifs hypothétiques dans des lois théoriques n'exprimant que des nécessites naturelles ; si ces impératifs ne sont pas prati(iues au sens strict du mot, ils le restent en un sens large ; ils expriment l'usage de certaines propositions théoriques par une volonté, qui ne se borne pas à poursuivre certaines fins inevi-
à une autre fin, comme bonne en soi '.lia trait, non pas
tables, ou simplement possibles, mais qui doit encore les poursuivre selon la raison : voilà pourquoi ils se traduisent par le verbe « sollen », non par le verbe « niûssen ». Kant a pu dire que les impératifs hypothétiques ne sont pas des lois, mais simplement des préceptes pratiques, parce que des lois de la volonté doivent la déterminer comme telle indépendamment de toute inclination ou de toute fin présupposée en elle ; seulement il a toujours soutenu que sans être des lois, ils viennent cependant de la raison, hors de laquelle il n'y a que des mobiles subjectifs et contingents, non des maximes et des règles. — Quant à prétendre que la notion d'impératif ne comporte aucune universalité, et que par suite un impératif catégorique ne peut être une loi, c'est abuser de la métaphore enveloppée dans le mot, et c'est oublier que la notion d'impératif a été dégagée par Kant du contlitqui peut exister et qui existe en fait chez un être raisonnable fini entre sa raison et sa sensibilité.
I. C'est une des objections adressées à Kant avec le plus d'insistance, que celle qui invoque contre sa doctrine l'autorité despotique qu'il aurait conférée au devoir, et qui voit là une simple reproduction ou transposition des façons de couimander du Décalogae. Schopcnhauer s'est plu particulièrement à dévelo[)per celte objection. Il note que le premier exemple donné par Kant : tune mentiras point, du sollt (sic) nicht lUgen transcrit littéralement la formule biblique selon la traduction allemande consacrée. « A l'introduction en morale du concept de loi(Gesetz), àe précepte (Vorscitrift), de devoir (SoU),]e ne connais d'autre origine que celle-ci, qui est étrangère à la philosophie, le décalogue de Moïse... Quand un concept ne peut se réclamer d'une autre origine ([ue celle là, il ne saurait de but en blanc s'imposer en intrus dans l'éthique philosophique ; mais il doit être repoussé jusqu'à ce qu il se présente accrédité par une preuve régulière » {Ueher die Grundlage der Moral, p. 5oi-5o2 ; V. aussi un peu plus loin p. 5o2, p. 5o5). C'est pour une part dans le môme esprit que M. Fouillée examine la morale kantienne dans sa Critique des systèmes de morale contemporains : « Kant persiste à faire du devoir un impératif catégorique, un ordre absolu, une loi despotique émanée d'un Sinai intelligible » (p. 3o()). « Le kantisme est la religion hors des limites de la raison; Kant est le plus sublime et le dernier des Pères de l'Église » (p. 4o4). — M. lirochard dit pareillement: « Kant a eu le tort de ne [Joint soumettre à la critique l'idée fondamentale de sa doctrine... Fonder le bien sur le devoir, laire précéder l'idée du bien de l'idée d'un commandement absolu et injustifié, dire que l'impératif catégorique est en dernière analyse un sic solo, sic jubeo ou une consigne arbitraire, c'est une gageure que Kant a bien pu tenter, mais qu'il paraît difficile de tenir jusqu'au bout. En tout cas c'est une question de savoir si, en posant ainsi le problème, ce grand esprit n'a pas été dupe d'une illusion, et si, voulant constituer une science purement philosophique et rationnelle de la morale, il n'a pas pris pour point de départ une idée toute religieuse que lui suggérait son éducation protestante » {La morale ancienne et la morale moderne, WexuQ Philosophique, LI, 1901, p. 8-9; v. aussi La morale éclectique, \\Q\ne Phil., LUI, 1902, p. i3i-i33).
Peut-être n'est-il pas sans intérêt d'observer tout d'abord qu'entre sa doctrine et le Décalogue Kant a eu j)lutôt conscience d'une opposition profonde ; •e Décalogue, tel qu'il est compris dans la foi juive, est lié à un système théocratique ; s'appuyant sur l'autorité extérieure, il ne réclame aussi que l'observance extérieure et ne fait appel qu'à des sanctions extérieures ; c'est au chnslianisme qu'il revient d'avoir introduit le principe intérieur de l'intention morale {Die Religion, VI, p. 224 sq.). Cependant Kant semble justifier le
Dl-LBOS. 23
à la matière de l'action et aux conséciucnces qui y sont liées, mais à la forme de l'action el à l'intcnlion dont elle dérive, quel qu'en soit le résultat eirectifou éventuel. Il est apoilirl'Kjnement prallrjue, ou moral : il énonce les ordres de la moralité, llègles de l'habileté ou conseils de la prudence, les impératifs Inpotliétiques permettent qu'on s'ailVancliisse de leurs commandements, puisciue la fin qui eu est la con-
reproche (lui lui a été fait quand il exprime l'autorité de la loi par le sic r«/o. sic iuheoŒrittk der pvaktischcn Veinunit, V, p. 33). ou quand il dit encore • « l/impéralif caté-orique. d'où procèdent dictatorialement ces lois, ne saurait entrer dans la tète de ceux qui ne sont accoutumés qu aux explications nh>sioloLM(iues, bien qu'ils se sentent eux-mêmes irrésistiblement contraints par \u\\uru^'encHelue, Vil, p. 180). Selon Kant, dit Paul Janel. « le devoir est sa raison à lui même, l.a loi est la loi. SU pro ralinne voluntas. ^lais une loi qui n'est qu'une loi, qui commande sans domier de raison, est toujours quehpie chose d'arbitraire ... La loi du devoir, s'imposant à la volonté sans dire pourquoi, ne serait encore qu'une tyramiie » {La Morale, icS;'», p- »3)- >la's le lit pro ratione voluntas ainsi ajouté ou sous-entendu, c esta dire 1 identitication du devoir à un décret absolu, est une interprétation de la pensée kantienne tout à fait inexacte, même quand on la rencontre chez des adeptes de rimpératir catégorique (V. Vallier, De l'inlention monde, pn)). \^c sic i'olo, SIC fiiheo ne s'adresse qu'à la sensibilité, à lacjuelle et al encontre de laquelle il signifie la l.)i de la raison. On est trop porté à regarder l imperalil caté-orique comme le dernier mot de la doctrine kantienne. i\ien de plus inexact II n'est qu'une formule plus précise du problème lui-mcme, qui est iustement de rechercher comment un impératif catégoruiue est possible ; il n'est donc pas, tant s'en faut, la solution finale. Loin de présenter le devoir comme une loi sans raison, Kant se proi>ose au contraire de le londer en raison contre ceux-là même « qui ne sont accoutumés qu aux ex|>lications physiolo -iques )) — Cf Km. Boutroux, /.a morale Je haut et le temps présent. îievue de Métaphvsique et de Morale, \II, 190^4, p. 529-530. — Ch. Reiiou vier, Kant et Scliopenhauer, Critique philosophique, 9'' année, 1880, 1, p. l>.)
D'un tout autre point de vue, tierbart, tout en louant beaucoup Kaiil d'avoir répudié l'eudémonismc {liede, geludten an Kant's Cehiirtsta^, \Verke,éà. Kehrbach, lil, i>. (S^y-o \ Bemerhuniren iiber die Ursacken, ^yelche das Lunerstandmss, etc., 111, p. i^'^5), même d avoir vu que ce n'est pas une matière de la volonté, mais seulement la forme qui peut être robiet de déterminations morales {Ceburtstagsrede, lit, p. 70 ; ^»'Y.'/ '.^*^,r II p 5i^). lui reproche d'avoir posé originairement le devoir et l imperati! catégorique; l'impératif catégorique a le grand défaut de supposer une scission de la volonté en volonté qui commande et en volonté qui obéit {All-emeiih' nraklische Idulosophie, II, p. 337-338; I/andschriftlirhe fiemerkun^en. 11 p '168; Bemerkungen ùher die Ursac/ien, etc., III, p. 23b) et d einprunler sa forme à la logique (lieplik, etc , II, p. 5i4). - Cependant le dualisme dont Kant est parti, outre qu'il ne s'est pas exprimé dans le sens que lui prête Ilerbart, pourrait sans doute être défendu comme plus [.roche (K'"' données de la conscience morale que l'idée d'un vouloir homogène et absolument égal à tout autre vouloir.
dition est laissée à la décision arbitraire de la volonté. Au coniraire, l'impératif catégorique, parce qu'il commande à la volonté indépendamment de tout but, la lie immédiatement, sans admettre en droit la possibilité d'une détermination opposée, à l'action qu'elle doit accomplir: par où il apparaît qu'étant seul inconditionnellement nécessaire*, il est seul proprement une loi", tandis que les impératifs hypothétiques sont simplement des principes ^.
Le problème capital qu'il nous faut résoudre est celui-ci : comment un impératif catégorique est-il possible? La signification et la portée de ce problème seront plus claires, si nous nous demandons par contraste comment sont possibles des impératifs hypothétiques. Le caractère que nous avons à explicjuer dans tous les impératifs, quels qu'ils soient, c'est la contrainte qu'ils exercent sur la volonté. Or il nous est aisé de rendre compte de ce caractère, quand il s'agil des impératifs hypothétiques. C'est ainsi que les impératifs de l'habileté supposeut simplement que qui veut lafin veut les moyens ; ils partent du concept préalable d'une iin poursuivie par une décision plus ou moins arbitraire, et ils en déduisent le concept des moyens qu'il faut raisonnablement employer pour l'accomplissement de cette fin ;
1. Schopenhauer soutient que l'idée d'un devoir inconditionné, du moment qu'elle est séparée de toute hypothèse théologique, est une contradictio in adjt'cto ; un devoir n'a de sens que par son rapport à une menace de châtiment ou à une promesse de récompense ; nul n'accepte un devoir sans salaire; toute obligation acceptée crée un droit (^Ueher die Grundlage der Morfd, p, 5o2-5o5 ; Die ÏVelt, 1, p. 356, p. C62-GG3 ; Neue Paralipomena, Kd. Grisebach (lieclam), p. i55). — Sur cette façon évidemment très restrictive d'entendre le terme de devoir pour le rendre incompatible avec l'idée de l impératif catégorique, v. Zange, Ueber das Fundameiit der Ethik, p. 2/1, et Otto Lehmann, Ueher Kant's Principien der Ethik, etc., p. 79-100,
2. La Critique de la raison pratique verra dans l'impératif catégorique plutôt une sorte d'expression ou d'a[)plication de la loi que la loi inconditionnée elle-même. Du reste Kant dira ailleurs expressément que l'impératif catégorique se distingue d'une loi pratique en ce que celle-ci représente la nécessité d'une action en elle-même, sans décider si cette action est intrinsèquement propre au sujet et nécessairement produite par lui, comme c'est le cas chez un être saint, ou si elle n'est pas ntkessairement réalisée, comme c'est le cas chez l'homme (Metaphrsik der Sitten, Einleitung, VIÏ, p. 19).