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soit conforme à cette loi. Or ce qui est le propre d'une loi, c'est l'universalité : l'impératif catégorique ne peut donc se définir que par l'universalité de la loi, à laquelle la maxime de la volonté doit se conformer. Il s'énoncera ainsi : Agis nnlqnemcnt (Vaprès la maxime qui fait que ta peux vouloir en même temps quelle soit une loi universelle^
Cette détermination de l'impératif catégorique n'introduit ni fins, ni motifs qui soient empruntés à l'expérience, et dont la représentation resterait inévitablemeni subjective : elle est exclusivement formelle. Mais à supposer qu'elle soit propre à signifier comment nous devons agir, peut-elle spécifier ce que nous devons faire ? Dépourvue comme elle l'est de tout contenu matériel, comment pourrait-elle faire sortir d'elle les diverses applications de l'impératif catégorique'.^ 11 faut cependant, si elle n'est pas vaine, qu'elle
] IV, p. 267-269.-011 a souvent fait valoir contre cette règle de Kant l'idée de l'individualisation progressive ou nécessaire de la conscience. D'après Simmel, par exemple, Kant aurait dû séparer la forme impérativedu devoir de la forme de l'universalité, qui ne tiennent l'une à l'autre qu'en raison de l'origine sociale du commandement moral ; une plus grande dilïerenciation dans les rapports humains, un sentiment croissant de plus hautes nécessités idéales enlèvent au critérium de l'universalité une bonne part de sa valeur; au surplus ce critérium exchit de la considération de l'aclc les éléments qui le définissent dans les cas particuliers. Einlpitung in die MoraUissenschaft. II, p 20 sq , p. 5o sq. — Mais Simmel interprète trop la pensée kantienne comme si elle devait nécessinrement appuver un jugement universel sur un jugement simplement collectif; il parait croire en outre, bien à tort, que l'universalisation de la maxime ne peut porter que sur les éléments les moins spécifiés de l'acte ; elle doit comprendre de l'acte en réalité tout ce par quoi il donne lieu à une qualification morale dans une circonstance donnée. Enfin la règle de l'universalité ne serait incompatible avec la transformation des rapports humains que si elle avait prétendu définir matériellement une fois pour toutes la nature de ces rapports :
ce qui n'est pas le cas. ^ \r ^ \ r\
2. Ce £?enre de difficulté a été de bonne heure opposé à Kant. V . Joh. Lhr. Zw-anziger, Commentar uhcrUr. Prof. Kants Kritik d . pr. Vernunft, 1794, p. ^,0 sq. — Schleiermacher, GvundUnien einer Kritik der hishert-;en Sillenlehre. Philosophisclie Sc/niften, I, p. 97-98. — Herbart, >^/';- ^-^/"J vo// der Freiheif des menschlichen Willens, Vierfer Bnef, Ed. Kehrbach, X, p. 25^1. — Beneke, Crundlei^ung zur Physik der Sitteu, 1822, p. 27l^\, Hartmann, Pltdtiomenolo^iie des sittlichen fie^vusstseins, 1879, p. rv')9. — \ . les auteurs ot les ouvrages cités dans les notes suivantes concernant les formules de limpératif catégorique et leur application. — Sur ce problème général de la détermination du devoir dans le kantisme, v. une critique d'ensemble dans A. Fouillée, Critique des systèmes de morale, p. 197-239.
enferme le principe de tous les devoirs'. N'est-il pas inévitable que, pour ne point récuser son rôle, elle s'adjoigne par des procédés plus ou moins détournés des éléments étrangers, même des notions empiriques, au détriment de sa pureté ^
Mais avant tout il est nécessaire de savoir comment Kant concevait la question à résoudre. 11 ne s'agissait nullement pour lui de déduire nos actions, en ce qu'elles ont de matériel, de la forme d'une législation universelle -; il s'agissait de déterminer par cette forme uniquement les maximes dont doivent procéder ces actions pour être qualifiées de morale, et d'indiquer du même coup le critère qui permet de les reconnaître comme telles. Or là-dessus il s'est inspiré plus ou moins inconsciemment de la philosophie rationaliste traditionnelle: il en a seulement épuré les procédés et interprété les règles selon l'esprit de son criticisme.
En eflet, dans mainle doctrine rationaliste, la déduclion des devoirs s'opérait [)lus ou moins aisément grâce au rapprochement ou à l'idenlification de certains concepts. Par exemple, l'idée que la moralité est un accord avec soimême ou avec l'ordre de la nature, y était étroitemenl liée a l'idée que le système des choses exprime la loi de notre conduite, qu'il conforme les conséquences de nos actes à leur valeur, ([ue par suite, coniui dans sa vérité et accepté à ce titre, il représente la direction idéale de notre vouloir, en même temps qu'il fonde la certitude de l'utilité ou de la bienfaisance des actes acconq)lis sous son empire. Cependant, malgré l'apparente homogénéité de ces divers concepts, les doctrines de ce genre tendaient inévitablement et aboutissaient souvent en fait à l'empirisme et à un certain formalisme: à l'empirisme, en ce que la détermination des devoirs, loin d'être réglée par une notion de rutililé uni-
2. « Tous les cas qui se préscnlerit pour des actions [lossiblt-s sont scuIguiciiI empiriques. » Kritik d . pr. Ver/iunft, V, p. 72.
FONDEMENTS DE I.\ ME I \P11 YSIOIE DES MŒUUS
quement rationnelle, s'y opérait le plus souvent au nom des relations d'utiUlé exhibées ou confirmées par l'expérience; à un certain formalisme, en ce que la connaissance de loidre de la nature, impossible à réaliser par les intelli- .rences pour le détail du monde et de la vie, faisait place à la simple idée d'un ordre général des choses, servant de .Principe ou de modèle à la détermination de la volonté.
Or, si Kant est peu disposé à accepter ce syncrétisme de .'oncepts divers, surtout avec les expressions dogmatiques (luil revêt, il n'en a pas moins retenu la conviction de cerlains rapports entre l'idée de la législation pratique, celle ,\'uu accord de la volonté avec elle-même, celle d'un ordre universel de la nature, et celle même d'une utihté finale (l.s actes conformes à cet ordre. Et bien qu'il ail distmgué entre les usages à faire de ces diverses idées, et qu il en ait usé autrement, il en a suivi d'une certaine façon le courant, (luand il a voulu montrer comment de l'impératif unique précédemment énoncé on peut (( déduire comme de leur pilncipe tous les impératifs du devoir ».
Il est possible, en eflet, dès que l'on conçoit une loi universelle, de concevoir en même temps une nature, puisqu'une nature, au sens formel de ce mot, exprime l existrnce des objets, en tant qu'elle est déterminée par des lois. Comme nous savons qu'alors l'existence des objets e4 garantie par les lois mêmes, nous pourrons rechercher, pour ce qui est de nos actions, si la maxime dont elles procèdent peut, convertie en loi, leur conférer une existence en quelque sorte objective, et constituer avec elles comme un ordre de la nature. Au cas où il apparaîtrait que les maximes de la volonté ne peuvent, universaUsées, constituer un tel ordre, c'est qu'elles seraient mauvaises. D ou cette nouvelle faconde traduire l'impératif: Agis comme si la maxime de ton action devait par ta volonté être érigée en loi aniverselle de la naturel