IV, p. 275-276, p
\ Damla^ Critique de la raison pratique, qui doit éclaircir de la façon la plus rigoureuse les principes purs de la moralité, la notion de 1 humanité fui
FONDEMENTS DE LA METAPHYSIQUE DES MŒl RS 3^^
maintes fois répété, d'avoir introduit la nature humaine comme matière, et même comme principe dissimulé de rimpératif catégorique ' . Dans sa pensée cependant, l'humanité ne doit être considérée comme fin en soi que parce (fu'elle est la forme sous laquelle la nature raisonnable nous est donnée. Est-il donc besoin de rappeler son affirmation catégorique, que la loi morale doit être définie en fonction (le R'tre raisonnable, et non pas seulement de l'homme? C'est comme expression donnée de la nature raisonnable que l'humanité doit être comprise comme fin en soi, et dans Ihumanité, tous les hommes ^ A ce titre l'homme a une valeur qui ne se mesure pas, comme celle des objets de nos inchnations. par l'usage que nous en pouvons faire pour lo contentement de notre sensibilité, une valeur qui n est pas simplement relative et conditionnée comme celle qu'ont les êtres de la nature dépourvus de raison, justement nommés pour cela des choses ; il a une valeur absolue qu'il tient de sa raison et qui fait de lui une personne. De là cette nouvelle fornmle de l'impératif catégorique : Agis de telle sorte que ta traites V Immunité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin et Jamais simplement comme un moyen ^
en soi n'apparaît qu'incidemment (V, p. 91-92, p. 187- 138), et en tout cas elle n'intervient point comme ici pour servir de lien entre la formule de la législation universelle et la formule de l'autonomie (v. V, p. 46). En revanche, dans la Métaphysique des mœurs qui suppose une constante application desprincipes, Kant fait de cette notion un grand usage.
I. Schleiermacher, Kritik der bisherigen Sittenlehre ip. ^9- — ^ende lenburg, Historische Beitrâge, lïl, p. 187-188. - Paul Janet, La Morale p. ^,-^.52. — A Fouillée, Critique des systèmes de morale, p. 220-
' l[ La' raison législatrice, dira Kant dans la Doctrine de la ^ertu {YU, p. 259), qui enveloppe dans son idée de l'humanité en gênerai 1 espèce entière,
et par suite moi... » ,. , , 1 -i ** t-
3 IV p 2-6-2-7 — Contre une façon assez fréquente de citer cette tormule en'supprimant les mots « en même temps » et « simplement » il est bon de remarquer que Kant ne conteste en aucune façon la nécessite, soit naturelle, soit sociale, pour l'homme d'être un moyen au service de certains besoins ou de certaines inclinations ; il réclame seulement que l usage que 1 homme tait
LA PHILOSf)PHIF, PRATIQUE DE KANT
Appliquant cette nouvelle formule aux mêmes exemples que précédemment. Kaut montre que l'homme qui se suicide dispose de 1 humanité en sa personne comme si elle était uniquement un moyen de lui rendre la vie confortable et supportable, que celui qui fait une promesse trompeuse dispose des autres comme s'ils n'étaient pas fins en soi et comme s'ils devaient être simplement des instruments pour ses desseins, que celui qui néglige de se cultiver, en ne collaborant pas à la plus grande perfection possible de l'humanité, considère qu'il peut user de l'humanité en lui selon ses goûts, que celui enfin qui se refuse à être bienfaisant, s'il n'empêche pas l'humanité de se conserver, la laisse être fin en soi, mais ne la veut pas telle par son concours positif.
Ainsi l'impératif catégorique implique la subordination de toute valeur à la valeur absolue de la personne. Cette notion de la personnalité prend désormais dans la [)1h1osophie pratique de Kant une importance extrême, et elle y imprime profondément les caractères par lesquels, logiquement et historiquement, elle se définit. Dans son expression la plus abstraite, elle est fondée par Kant sur l'idée de l'existence de sujets raisonnables, capables d'agir par leur raison même ': elle est donc radicalement distincte de tout ce qui, sous le nom de besoins et d'inclinations, constitue^ notre simple indi\idualilé ; elle est plutôt 1 identification avec l'universel \ C'est pratiquement qu'elle se détermine, et elle ne requiert nullement, comme nous savons, la détermination, du reste impossible, des sujets connue
alors de sa personne resle libre et ne contredise pas non plus la loi essentielle de celte liberté intérieure.
Scliopenhauer reconnaît à celte formule le mérite de dép:aper avec beaucoup de finesse un des traits les plus (aracléristi(pies de l'égoïsme liumain, la pensée toujours présente, même quand elle se dissimule hypocritement, d'employer autrui pour ses propres fins (Uf/jer die Grundia^e der Mural, p. 5^4-^4^)-