‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 214 sur 345 · V. plus haut, p. 218-228, p. 245-246, p · texte numérisé non relu

V. plus haut, p. 218-228, p. 245-246, p

FONDEMENTS DE LA METAPHYSIQUE DES MŒURS SqÔ

raie, la règle de la décision propre du sujet \ Ici il apparaît que la liberté, comme faculté législative universelle, doit être rationnellement antérieure à la liberté, comme faculté de commencer suivant une certaine maxime une série d'actes. Ainsi entendue, la liberté est, dans toute la force du mot, une vérité : elle est, du moins pour nous, la vérité première.

Aussi n'y a-t-il pas lieu, quand on a expliqué par la liberté comment l'impératif catégorique est possible, de rechercher comment est possible la liberté elle-même. Car là 011 cesse une détermination par les causes naturelles dans quelque expérience réelle ou possible, là cesse aussi toute explication. Or la liberté est une idée incapable de s'exhiber dans aucune expérience et qui en conséquence ne peut être ni connue par concepts ni aperçue par intuition : elle ne vaut que comme supposition nécessaire de la raison, fondée sur la conscience d'une volonté distincte des désirs sensibles. Tout ce qu'elle peut falie au point de vue théori{{ue, c'est juslllier de sa possibilité en établissant qu'elle n'est pas contradictoire, c'est par conséquent se tenir sur la défensive. En elle-même elle ne peut pas plus être expliquée que ne peut être expliqué — ce qui du reste revient iui même — l'intérêt Immédiat que nous prenons à la loi morale, c'est-à-dire la législation universelle impliquée dans les maximes de notre volonté, sans recours à un autre moi)ile. Assurément il y a en nous un sentiment de plaisir ou 'le satisfaction lié à l'accomplissement du devoir, il y a ce entiment moral, dont quelques philosophes ont fait à tort la mesure de nos jugements moraux ; mais c'est précisément la même insoluble question, de savoir comment une nure idée rationnelle telle (|ue la loi morale peut par ellemême produli'cun effet sur la sensibilité et créer en celle-ci

I. La théorie du caractère intelligible est absente de la Gruudlegung'. elle ï'-parailra, avec certaines modifications assez sensibles, semble-t-il, dans la Cri- (fiio delà raison pratique et aussi, mais très elFacée, dans la Religion. > . plus loin, p. 451-457, p. <3i(j.

des dispositions. Il est Impossible de faire comprendre théoriquement la nécessité d'un principe pratique inconditionné, d'expliquer pourquoi la raison pure est pratique par elle-même. Mais cette impossibilité n'est pas l'objet d'une déclaration arbitraire ; elle est tirée du caractère Interne de la raison humaine, qui, d'un cAté, ne peut pas chercher dans le monde sensible, au préjudice du principe moral, un Intérêt saisissable, mais empirlciue, qui, de l'autre côté, ne peut pas s'aventurer dans le monde Intelligible pour chercher à y atteindre des objets hors de ses prises : trop heureuse encore lorsque, obligée d'admettre au terme de son effort une nécessité inconditionnée, elle peut, sans s'évertuer Inutilement à en rendre compte par ailleurs, découvrir le concept ou la loi qui s'accorde avec cette nécessité et la détermine. Et ainsi, si nous ne conq^enons pas la nécessité pratique inconditionnée de l'impératif catégorique, nous comprenons du moins son incompréliensibililé, et c'est tout ce qu'on peut exiger d'une plillosophie qui veut bien aller jusqu'aux extrêmes limites de la raison humaine, mais qui garde k souci de ne pas les dépasser \ Au reste, remarque kant, et très discrètement il indique Ici le complément que doit recevoir sa doctrine de la loi morale par une conception du souverain bien, a l'Idée d'un monde intelligible pur, conçu comme un ensemble de toutes les intelhgences, dont nous faisons partie nous-mêmes comme êtres raisonnables (sans cesser d'autre part d'être en même temps membres du monde sensible) reste toujours une idée d'un usage possible et licite en vue d'une croyance rationnelle, quoique tout savoir s'arrête aux trontières de ce monde ; par le magnifKiue idéal d'un règne des >.s en soi (des êtres raisonnables), dont nous ne pouvons faire partie comme membres qu'en ayant soin de nous conduire d'après desmaxunes de la liberté comme si elles étaient des lois de la nature,

elle est destinée à éveiller en nous un vif intérêt pour la loi morale ' ».

Ainsi, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs, la recherche d'un premier principe de la moraUté a conduit Rant à défmlr systématiquement l'Idée d une raison pure pratique, et cela, dans le double sens, à la fols négatif et positif, qu'exige ou qu'autorise la Critique de la raison pure ; et elle l'y a conduit de façon à pouvoir fournir le point de départ d\me Critique de la raison pratique et même à pouvoir dessiner déjà cette nouvelle Critique. L'analyse qui a graduellement ramené la notion de la bonne volonté et du devoir à celle de l'autonomie a exclu de la détermination du principe moral tout élément qui ne serait pas (( pur », et elle a dégagé aussi le motif Interne d'efficacité par lequel la raison pure a la puissance de se réaliser d'elle-même et devient ainsi (( pratique». En outre la position de la liberté comme faculté pratique a priori, rexpllcatlon delà loi pratique universelle considérée comme la condition grâce à laquelle la liberté acquiert une valeur objective, répondent à l'exigence de toute Critique, qui réclame qu'on découvre l'origine pure des concepts rationnels et que l'on en définisse aussi l'usage Immanent.

Cette morale que Kant venait d'exposer était donc en son fond pleinement rationaliste ; elle l'était même plus que toutes les autres morales qui prétendaient l'être, puisqu'elle rejetait d'une façon (( rigoriste » tout mélange de l'expérience ou des mobiles sensibles avec la raison. Cependant elle combattait le dogmatisme de ces morales, non seulement sur le point où elles admettaient comme principes déterminants de la volonté des objets de la senslblhté antérieurs à la loi, mais sur le point aussi où elles admettaient

I. IV, p. 3o7-3ii. — V. la critique de ces observations finalesde Kant par llerbart.'zar Lehre von der Freiheit, Vierier Brief, X, p. 253.

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