‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 221 sur 345 · m, p. ôi · texte numérisé non relu

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LA DEUXIÈME ÉDITION DE LA CRITIQI E f\OÇ)

miner, alors qu'il est donné, et dans ce cas elle est connaissance théorique : ou bien elle a à le rendre réel, et dans ce cas elle est connaissance pratique. Dans les deux cas — et ici Kant reproduit les considérations initiales de la Grundlegung — la partie pure de la connaissance doit être traitée à part, sans mélange avec ce qui vient d'autres sources ' .

Cependant cet affermissement et même cette augmentation du rôle de la raison laissent subsister plus que jamais la nécessité d'en h miter l'usage spéculatif l\ l'expérience réelle ou possible. Ce qui nous pousse à dépasser l'expérience, c'est ridée de l'inconditionné que la raison exige justement pour tout ce qui est conditionné afin de parfaire ainsi la série des conditions. Or. si les objets de notre expérience étaient des choses en soi, cette idée ne pourrait plus être conçue sans contradiction, puisqu'elle devrait se trouver au sein du conditionné même". Par là est vérifiée la thèse, que les objets de l'expérience ne sont que des phénomènes ; par là aussi il apparaît que le seul moyen de découvrir ce que la raison peut tenter en dehors d'eux, c'est de mesurer d'abord et de fixer la puissance qui lui appartient par rapport à eux'. En d'autres termes, si la raison doit suivre une marche dogmatique, elle ne justifie pas pour cela le dogmatisme : car le dogmatisme, c'est la raison procédant dogmatiquement sans avoir soumis sa puissance propre à une critique préalable'.

Par cette stricte détermination du rôle théorique de la raison, la Critique sert les intérêts de la morale. Dans la première édition, l'utilité de la critique, hors l'établissement des principes de l'expérience possible, était présentée comme négative '. La Critique, disait Kant dans son Intro-

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F,A PHILOSOPHIE PR \TIOrF DK K A>T

dnction, en restreignant l'exercice de la raison et en la préservant de toute erreur, n'est pas une doctrine, mais simplement une propédeutique dont l'utilité n'est que négative, si réelle qu elle soit : « au point de vue de la spéculation », ajoute la seconde édition, marcpiant par là qu'à un autre point de vue cette utilité peut devenir positive '. De fait, tandis que la première édition se contentait de réserver, au nom de la Critique, 1 usage pratique de la raison ", la Préface de la seconde édition alFirme nettement que la limitation de la raison dans son usage spéculatif est directement solidaire de 1 extension de la laison dans son usage pratique. L'utilité négative de la (aitique est l'envers de son utilité positive. Si en effet on ne se contente pas d'un coup d'(eil superficiel sur ses résultats, on ne peut manquer de reconnaître que les principes sur lesquels s'appuie la laison spéculative pour s'égarer hors de ses limites ont pour conséquence, non pas d'élargir, mais de rétrécir 1 emploi de notre raison ; car ces principes, tenant en dépit de tout la raison enfermée dans l'expérience sensible, en détruisent indirectement l'usage prati(pie nécessaire. Dire donc que la Ciitique ne rend pas de service positif en limitant les préientions spéculatives du dogmatisme, c'est

1. m, p. 4o — Marlenslein a omis de prévenirqne c'était là une addition de la 2*^ édition. — Cette addition montre d'autant plus la préoccupation actuelle de Kant qu'elle est en dehors du développement ré^'ulier des idées dans ce passage ; il est même curieux de constater dans les notes jetées par Karil sur son exemplaire de la Crillffuc de la raison f/arf (i"' édition) (pi'il avait ajouté ici pour expliquer «pie la (Critique ait siniplenuMit une utilité né|;'ali\e ; « originairement et immédiatement. anfan^Uch uitd anmittflhnr » (Krdmann, Xarlitrà^e zii Kaafs Kr, //. tciiiea Vernan't, i88i, j>. ii): voulant sans doute marquer plutôt «jue I utilité dérivée serait dans la constitution d'iui système doctrinal de la raison pure, ce qui serait en etlet mieux en harmonie avec l'ensemble de ce passai^e. — Cf. Vaihinger, Commentai-, I. p. 406-^^7-

2. ni, p. :>6<), p. .")3i-r)3-i, — Les /^roléi^omènes, tout en redisant que la Critique a l'avantage de réserver un espace libre aux idées morales (\ . [)lus haut p. :i55) semblent aller un peu plus loin quand ils l'ont valoir en outre l'iitililé intrinsèque d'une philosophie qui. comme celle-ci, a puise aux sources pures de la raison, où l'usage spéculatif de la raison dans la métaphysiq>ie et son usage pratique <lans la morale doivent nécessairement trouver leur unité ». IV, p. 111.

r\ DErxrÈME édition de la critioïe

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comme si l'on soutenait que la police n'a point d'utilité positive parce que sa fonction consiste à empêcher les violences ou usurpations éventuelles. Au surplus, en décidant que toute connaissance se réduit aux seuls objets de l'expérience, la Critique fait une réserve importante : à savoir, que si nous ne pouvons connaître des objets comme choses en soi, nous pouvons du moins les penser comme tels. Autrement on serait conduit à cette assertion absurde qu'il y a des mamtestations phénoménales sans qu'il y ait rien qui se manifeste'. Mais dès que la Critique a montré qu'il y a une distinction fondamentale entre les choses données dans l'expérience et les choses en soi. les idées suprêmes de la Métaphysique, c'est-à-dire Dieu, la hberté, l'immortalité, parce qu'elles ne peuvent donner lieu à des vues transcendantes, peuvent et doivent être admises selon le besoin qu'en a la raison dans son usage pratique nécessaire. La raison spéculative ne peut en effet dans ce cas rien opposer à leur possibilité, elle reconnaît donc le droit qu'a la raison pratique de les déterminer en vertu des exigences de la morahté. Ainsi la liberté peut être sauvée réellement du mécanisme de la nature sans d'ailleurs l'endommager à son tour dans son domaine propre, au lieu d'être vainement défendue par des distinctions verbales comme celle de la nécessité pratique objective et de la nécessité pratique sub-

I. H est certain ,|ue pour répondre aux accusations d'idéalisme Kant a intégre de plus en plus positivement la chose en soi dans son s;)stème : là-dessus la thèse générale de Benno Erdmann {op. cit.) reste juste, alors même qu'elle est |»arlois fondée sur de faux arguments, comme celui qui consiste à interpréter 'ans a Réfutalwn de l'idéali.^me (a'' édition) les choses hors de moi comme lies choses en soi (Cf. \. Deibos, Sur la notion de l'expérience dans la /'■>ilo.^op/ue de haut. Bibliothèque du Congrès international de philosophie, '^, 1902, p. 07^). Est-ce là, comme le prétend Benno Erdmann, une régression vers la vieille ontologie, favorisée par la force croissante des préoccupations 'n..raleschez kant .^ Nullement, à ce qu'il semble. Car les déterminations praiques des choses en soi en refoulent de plus en plus les déterminations onto- 'ogiques. Ce qui paraît plus vrai, c'est que l'esprit de Kant est de plus en plus piMblement en marche vers un système complet de la raison pure, capable de '^•urmr, selon les conditions fixées par la Critique, l'équivalent positif des anciennes métaphysiques.

TA PHIT.OSOPHIE PRATIQUE DE KANT

jeclive ' : c'est alors la claire idée de nos devoirs, en opposition avec les mobiles sensibles, qui nous en donne la conscience. De même, ce n'est pas la preuve tirée de la simplicité de sa substance qui peut nous assurer de la persistance de l'ame après la mort, ])as plus que ce n'est la preuve tirée del'idée d'un Ktre souverainement réel ou toute autre preuve qui s'y réiere, qui peut nous assurer de l'existence de Dieu. Mais que l'on rappelle à l'bomme cette disposition naturelle ([ui fait (jue rien de temporel ne peut le satisfaire et remplir entièrement sa destinée : qu'on l'invite à contempler l'ordre magnifique et la prévoyance qui éclatent de toutes parts dans la nature : de là naîtra irrésistiblement la croyance pratique, fondée sur des principes rationnels, en une vie future et en un sage auteur du monde. La Critique ne porte atteinte ([u'au monopole des écoles et à leur prétention arrogante de tenir seules le déj)ol de la vérité : elle est en parfait accoid au contraire avec l'intérêt profond et universel de l'humanité, pour laquelle elle réclame le droit à l'insouciance des disputes théologiques et métaphysiques, qu'elle rend à ses convictions pratiques spontanées. Donc. (|uan(l elle se livre à une recherche approfondie des limites de la connaissance, elle n'est pas une école nouvelle : elle met fin plutôt au scandale de la lutte des écoles. Elle détruit dans leurs racines le matérialisme, le fatalisme, l'athéisme, aussi bien (pie l'idéahsme et le scepticisme : elle seule peut victorieusement combattre l'incréduhté des esprits forts et le dogmatisme des visionnaires. Lorsque les gouvernements se mêlent des affaires des savants, ils feraient mieux, dans leur sollicitude pour les sciences comme pour les hommes, de favoriser la liberté d'une critique qui seule est capable de développer en une trame solide l'ouvrage de la raison, au heu de protéger le despotisme ridicule des écoles, toujours prêtes a

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