CHAPITRE V
LA GKITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE
Il était naturel c^u'aprcs avoir écril les Fondements de la MétaphysKjue des mœurs kaiit songeât à préparer une Critique de la raison pure prali(|ue: non seulement parce que. d'après sa déclaration même. 11 eslimalt une telle Critl(|ue nécessaire pour la constitution légitime d'une Métaphysique des mœurs '. mais encore parce qu'il devait être désireux de poursuivre méthodiquement rexécullon de son programme philosophique, c'est-à-dire de soumettre à l'examen de la Critique tous les usages possibles de laraison pure". La Gru/idlef/iuuj avait sans doute esquissé dans sa dernière section celle seconde Crltnpie : mais là n avait pas été, semble-t-il. son objet principal. Dans sa plus grande partie, elle était consacrée à établir la formule du principe moral : tache importanle. à coup sûr nouvelle, quand bien même l'on se plairait à relever (pie la nouveauté est seulement dans la formule et non dans le principe: car il est bien vrai d'un coté que le monde n'a pas attendu la phllo-
i. (iruudle^ung, IV, p. 239.
■2. Kant écrivait à Schùtz, le i3 seplembre 1785 : « Je vais maintenant sans plus de délai m'occuper de rachèvcment complet de la Métaphysique des mœurs. » {Brief\vechseL I, p. 383.) Vdickes conclut de ce passage que kant n'avait pas eu d'abord l'intention de faire suivre la Grundlcgiiiig d'une Critique de la raison pure pratique. {Knnls Systeniutik, p. i38.) Cette conclu >ion ne me paraît pas certaine ; outre que le contexte ne donne pas ici plus de précision à la phrase, il ne faut pas oublier que Kant concevait dans un sens large la Critique comme une œuvre de métaphysique; c'est, disait-il à 1 occasion, la Métaphysique de la métaphysique (Lettre à Marcu^ Herz, du 11 mai 1781, litiefiicchsel, 1, p. 2Ô'2).
LA CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE
Sophie pour sortir de l'erreur ou de l'ignorance sur le devoir ; et il sulïlt d'autre part de se rappeler ce que signifie en mathématiques une formule, et comment elle a l'avantage de déterminer exactement les moyens de résoudre un problème, pour ne pas traiter d'insignifiante et d'inutile une formule qui détermine de même tout devoir en «vénérai '. Il n'en reste pas moins que la formule du devoir, après avoir été posée, réclame d'être justifiée ; si dans la Grundlefjung cette justification a été finalement tentée, elle n'a pu l'être que d'une façon incomplète et comme l'imposait la méthode analytique précédemment suivie : elle n'a mis à l'œuvre la méthode synthétique que pour répondre à la question dégagée de l'analyse de la conscience commune : comment un impératif catégorique est-il possible ' .^ Mais, pourrait-on dire pour interpréter la pensée de Kant, dans l'ordre de la science, la loi générale de la gravitation, telle qu'elle est chez Newton, n'est pas seulement vraie parce qu'elle permet de comprendre les lois de Kepler : elle est vraie en elle-même '. Ou encore la vérité du «Je pense» n'est pas relative à la simple nécessité de fonder la science mathématique de la nature ; elle repose essentiellement sur elle-même, et c'est de là que lui vient précisément sa vertu de démontrer la certitude de la science au heu de l'accepter simplement comme un fait. Ici donc le devoir, avec la formule qui l'énonce, devra être déduit d'une fac^jlté a priori delà raison, ou pour mieux dire, de la raison pure elle-