V, p. 6, p. 45, p. 5i-52, p. 99 sq
Cependant cette solution met-elle fin à la difficulté traditionnelle tirée des rapports de la liberté humaine avec l'existence de Dieu conçu comme Cause première et toutepuissante .^Sans avouer que cette difficulté est peut-être extérieure à son système, et même en reconnaissant qu'elle est mal aisée à écarter entièrement, Kant soutient qu'en tout cas sa doctrine peut mieux que toute autre la lever. Assurément, si les actions de l'homme qui s'accomphssent dans le temps étaient des actions de l'homme comme chose en soi et non pas seulement de l'homme comme phénomène, il n'y aurait pas de salut possible pour la liberté. L'homme serait comme une marionnette ou comme un automate de Vaucanson, façonné et mis en mouveuient par le Maître suprême de toutes les œuvres d'art.. Automate pensant, il serait dupe d'une illusion en prenant pour la liberté la spontanéité dont il a conscience, et qui cependant de procîhe en proche doit se résoudre dans la puissance d'impulsion d'une force étrangère. On n'échappe pas à cette conséquence en considérant, avec Mendelssohn, le temps et l'espace comme des conditions qui ne sont inhérentes qu'à l'existence des êtres finis comme tels, et en prétendant élever Dieu au-dessus de ces conditions. Car dès que l'on ne distingue pas dans les êtres leur existence comme phénomènes et leur existence comme choses en soi, la causahté divine dans son rapport avec les créatures est inévitablement assujettie à leurs conditions ot perd de la sorte son indépendance et son infinité. La logique oblige donc de faire de l'espace et du temps des déterminations essentielles del'Être premier, et de regarder, avec le spinozisme, toutes les choses qui dépendent de cet Être comme des accidents qui lui sont inhérents, et non comme <les substances. Posons au contraire, par l'idéalité du temps comme de l'espace, la distinction des phénomènes et des choses en soi : d'un côté Dieu pourra être dit véritablement créateur, la création ne se rapportant alors qu'à des noumènes : de l'autre, ce n'est pas à lui, mais au sujet agissant conçu comme chose en soi que devra être attribuée l'ori-
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cr'me de la nécessité 4111 gouverne les phénomènes visibles : la liberté de l'homme, restant le fondement transcendantal de son existence empirique, sera donc sauvegardée '.
Voilà comment la philosophie critique est en mesure de résoudre une question que les métaphysiciens dogmatiques ont plutôt éludée qu'abordée. A vrai dire, il semble bien que cette question doive se poser pour eux plus que pour Kant, et qu'elle soit introduite ici comme une question d'école, non comme un problème issu du développement normal de la C ri tique ' . Kant en effet prend soin de nous déclarer que ralïirmalion de la liberté est pour nous la vérité première, par rapport à laquelle d'autres vérités sont sans doute possibles pour nous, mais au delà de laquelle nous ne pourrions essayer de remonter sans nous perdre. Si nous voulions tenter de réaliser l'idée de Dieu comme Etre nécessaire, selon la thèse de la quatrième antinomie, sans passer préalablement par l'idée de la liberté, nous précipiterions notre pensée dans l'abîme de l'inconnaissable, puisque nous prétendrions atteindre un Être posé en dehors de nous, et dont la relation avec le monde sensible nous resterait absolument inexplicable. (( Le concept de la liberté est le seul qui nous permette de ne pas sortir de nous-mêmes afin de trouver pour le conditionné elle sensible l'inconditionné et l'inleUigible. Car c'est notre raison elle-même qui par la loi pratique suprême et inconditionnée se connaît, ainsi que l'être (|ui a conscience de cette loi (notre propre personne), comme appartenant au monde inlelligible pur. et même détermine à vrai dire la Tavondont cet être, comme lel.peut
agir^. ))
Qu'en plaçant ainsi l'idée de la liberté, non l'idée de Dieu, au sommet de son système. Kant reste fidèle à l'inspiration de la Critique de la raison jnire, cela est