I. V, p. II2-II
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LA CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE
Le souverain bien peut s'entendre de deux façons, selon le sens que l'on donne au mot souverain. Souverain peut signifier suprême ^sapremum; ou complet (consummatum). Dans le premier cas, il désigne une condition qui est ellemême inconditionnée ; dans le second cas, un tout qui n'est point partie d'un tout plus grand de la même espèce. Le souverain bien est donc, d'une part, la vertu telle qu'elle résulte du strict accomplissement de la loi morale ; il est, d'autre part, en même temps que la vertu, le bonbeur en proportion avec elle. Si Ja vertu est le bien suprême, elle n'est pas le bien complet, objet de la faculté de désirer propre à des êtres raisonnables finis; elle réclame l'adjonction du bonbeur'. C'est elle, du reste, qui joue le rôle de condition puisqu'elle est par elle-même absolument bonne, tandis que le bonheur est le conditionné, puisqu'il n'est bon qu'à certains égards et qu'il n'est véritablement justifié que par une conduite vertueuse. Kant, pour marquer cette connexion des deux éléments du souverain bien, reprend une de ses anciennes définitions de la vertu", que la Grundlerjung avait négligée, sans en elfacer pourlant tout à fait la trace ' : la vertu est ce qui nous rend dignes d'être heureux '\ Le problème du souverain bien continue donc d'appartenir par certains côtés à la philosophie pratique, et dans les termes mêmes où Kant l'avait précédemment posé, c'està-dire comme le problème d'un juste accord entre la' vertu et le bonheur \ Par son énoncé comme par les dispositions
1. Cf. Grundiegung : « La bonne volonté peut donc n'être pas le seul bien m le bien complet ; mais il faut y voir le bien suprême (das hochste Gut), et a ce titre la condition que suppose tout autre bien, même toute aspiration au bonheur >, IV, p. 34/*. -V. une critique des divers sens du terme «souverain bien » et de son application dans Em. Arnoldt, Ueber Kants Idée K'om hochsten (,ut, 1074.