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dilionneun inconditionné'. La recherche d'un rapport de causahte entre la vertu et le bonheur donne naissance à une antinomie. On peut en effet, si on laisse à ce rapport un caractère plus ou moins indéterminé, et si d'autre part on invoque certaines liaisons équivoques données dans la conscience entre la moralité et le sentiment, prétendre au même titre, soit que le désir du bonheur engendre les maximes de la vertu, soit que les maximes de la vertu engendrent le bonheur. Les deux propositions, dans le sens ou elles se présentent, sont également fausses : la première parce qu 1 est absolument impossible, ainsi que l'a démontre 1 nnalylu^ue, que le désir <lu bonheur produise un principe de détermination véritablement moral ; la seconde parce que renchaînement des causes et des effets qui résulte dans e monde des actes de la volonté ne se règle pas sur les mtenhons de celle-ci, mais sur les lois générales delà nature telles que les étabht l'enlendement théorique. Ainsi la réalisation du souverain bien paraît devoir être tenue pour impossible ; mais si elle l'est, elle entraine la fausseté de la loi morale, à qui elle est hée comme objet nécessaire d une volonté déterminée par cette loi. Il faut donc, puisque la certitude de la loi morale est inébranlable, que l'antinomie puisse être résolue '.
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/J-JÔ lA PHILOSOPIIII. PRATIQUE DE KANT
Elle peut l'être, selon KanI, toujours grâce à la distinction heureusement fondée du monde sensible et du monde Intelligible. Et elle peut l'être en un sens qui. comme pourl'antinomie de la raison spéculative sur la liberté et la nécessité, ne rejette pas tout en bloc des propositions soutenues. Cependant, bien que Kant s'applique à présenter les solutions de ces deux antinomies comme correspondantes et symétriques, il institue en réalité une nouvelle façon d'écbapper auconllit de la thèse et de l'antithèse. Après examen des antinomies mathématiques, comme on sait, thèses et antithèses restaient également fausses : après examen des antinomies dynamiques, thèses et antithèses étaient considérées comme vraies, mais à des poinis de vue différents. Après examen de ranlinomie de la raison pratique, la conception (pii fait dériver la vertu de la recherche du bonheur demeure absolument fausse, tandis qu(» la conception qui fait dériver le bonlieur de la vertu n'est fausse qu'à un point de vue, et peut, à un autre point de vue, être admise comme vraie. L'idéalisme criti{[ue trace ici sa ligne de démarcation, non plus entre les thèses antagonistes, mais entre deux expressions antagonistes d'une même thèse, à l'exclusion préalable et absolue de l'autre. Si l'on admet que c'est suivant les lois du monde sensible ([ue la vertu engendre le bonheur, la thèse reste fausse : mais si l'on reconnaît que la \ertu suppose dans la loi morale un principe de détermination purement inlellecluel, il n'est plus impossible que la moralité de rinlenlion soit la cause intelligible d'un effet sensible, qui serait le bonlieur en proportion avec elle, dette connexion causale serait nécessaire, tout en n'étant pas immédiate, toutenexigeant, pourdcvenir efficace, l'action de l'Auteur de la nature. En tout cas, l'antinomie de la raison pratique ne serait plus insoluble, l'une des thèses étant légitime, à la condition de ne pas prendre pour un rapport entre des phénomènes plus ou moins considérés comme des choses en soi un rapport entre des choses en sol et des phénomènes. En outre la solution de l'anli-
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nomie marque bien contre divers philosophes tant anciens que modernes l'impossibilité de trouver dans cette vie même, c'est-^-dire dans le monde sensible, une juste proportion entre la vertu et le bonheur, en même temps qu'elle permet d'interpréter en termes exacts les liens que l'on croit apercevoir dans la conscience entre le sentiment et la moralité. Dire en eifet. dans le sens élevé qu'Epicure donnait à sa pensée, que la vertu est le plus sûr moyen d'arriver au bonheur, c'est admettre que le sujet ne se sentira heureux que dans la mesure où il aura conscience de son honnêteté, c'est supposer derrière le mobile sensible auquel il paraît obéir une intention morale logiquement antérieure et irréductible à ce mobile. D'un autre côté, les sentiments de satisfaction qui accompagnent l'accomplissement du devoir ne revêtent la forme d'attraits sensibles et de motifs d'action que grâce à l'illusion fréquente qui nous fait confondre ce que nous faisons avec ce que nous sentons. Si enfin, pour être épurés, ils se laissent ramener à une sorte de contentement intellectuel de nous-mêmes, ils ne peuvent jamais désigner sous ce nom qu un état négatif, la conscience d être affranchis des penchants et de n'avoir besoin de rien; ils ne nous apportent pas ce bonheur positif que la vertu réclame comme son droit. Le rapport réel entre la vertu et le bonheur ne peut donc être qu'un rapport pratique déterminé entre notre existence intelligible et notre existence sensible '.
Mais les principes ([ui rendent ce rapport possible sont pour une part sous notre empire, pour une part hors de notre pouvoir bien qu'encore exigibles en notre faveur. Nous devons et nous pouvons sans doute conformer nos intentions à la loi morale ; seulement le souverain bien implique en outre que cette conformité soit parfaite. Or de cette perfection, qui est la sainteté, aucun être n'est capable dans le monde sensible à aucun moment de son existence :
la pureté et la fermeté de l'intention morale y ont toujours à lutter contre rinfluence des maximes suggérées par les inclinations. Dès lors, puisque ce parlait accord de la volonté avec la loi morale ne peut jamais être donné et qu'il reste cependant pratiquement nécessaire, nous devons admettre qu'il doit se réaliser par un progrès indéfini. Mais ce progrès indéfini n'est possible que si Ton suppose une existence et une personnalité indéliniment persistantes de l'être raisonnable, que si l'on admet, en d'autres termes, l'immortalité de l'àme. L'affirmation de l'immortalité n'intervient donc pas ici, comme précédemment ', pour garantir d'emblée l'accord de la vertu et du bonheur, mais pour assurer au sujet moral la condition indispensable à la perpétuité obligatoire de son ellbrt. En outre, de la limite que la loi du devoir imposait à nos prétentions morales" elle paraît faire maintenant une limite mobile qui remonte, sans jamais y atteindre, vers le terme véritablement dernier, la loi de sainteté. Mais en représentant comme une fin nécessaire, quoique pour nous irréalisable dans sa plénitude absolue, l'achèvement de la vertu par delà les restrictions et les obstacles de notre nature sensible, loin de contredire la doctrine de la raison pratique, elle la confirme et la complète. Car elle fournit, selon kant, le plus sur moyen de résister, d'une part à la tentation impure de dépouiller la loi morale de sa sainteté pour l'accommoder à notre faiblesse, d'autre part à la tentation illusoire d'embrasser dès cette vie, selon des rêves théosophiques, l'objet inaccessible de la volonté, dune façon générale, à toutes les doctrines qui directement
1. y. plus haut, p. 171-173, p. 2^0. —Cependant celte affirmation est présupposée par l'alïirmation ultérieure de Dieu, conçu comme principe d'un juste accord entre la vertu et le bonheur. En outre, ici même, Kant parle incidemment de l'avenir de béalitude réservé à l'homme dont les intentions sont immuablement dirigées vers la sainteté (V, p. 129, note). — Kant, môme plus tard, dira encore de l'immortalité, qu'elle est « un état dans lequel le bonheur ou le malheur doit échoir à l'homme, en rapport avec sa valeur morale. » Verkùndigung des nahen Abschlusses eities Tractats zum ewigen Frieden inder Philosophie, VI, p. 494.
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OU indirectement bornent ou arrêtent l'efibrt par lequel nous devons tendre à l'observation parfaite des prescriptions inflexibles de ]a raison. La seule chose qui nous soit donc possible, mais la chose nécessaire aussi, c'est le progrès constant des degrés inférieurs aux degrés supérieurs de la morahté, au cours duquel nous acquérons la conscience d'une intention éprouvée et d'une résolution immuable : par là nous pouvons avoir (( la consolante espérance, sinon la certitude » de conserver en nous ces dispositions essentielles, même dans une autre vie que la vie présente ; et d'un autre coté, pour le jugement de Dieu qui saisit dans une seule intuition intellectuelle la totalité de ce que nous voulons être, le progrès nous vaut la possession achevée de ce à quoi il tend ^
La réahsation nécessaire- du souverain bien postule, après l'immortalité, par laquelle s'achève la vertu, l'existence de Dieu, par laquelle se réahse l'accord de la vertu et du bonheur. « Avoir besoin du bonheur, en être digne, et pourtant ne pas y participer, c'est ce qui ne peut pas du tout s'accorder avec le vouloir parfait d'un Etre raisonnable qui aurait en même temps la toute-puissance, lorsque nous essayons seulement de concevoir un tel être'. » En ces termes généraux, une pareille foi, dictée, prétend Kant, par « le jugement d'une raison impartiale », était aussi celle des philosophes et des écrivains de VAufklàrung. Mais elle s'exprimait chez eux en des formules superficiellement optimistes et dogmatiques qui choquaient dans Kant et son esprit critique et son Christianisme. Croire que le développement de la vie présente suffit pour proportionner le bonheur à la vertu, c'est concilier confusément et sans droit les deux ordres hétérogènes de lois théoriques et de lois pratiques qui le gouvernent; et c'est rendre Dieu inutile. Il suflît au contraire de marquer exactement ce que sont