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LA PHirOSOPIlIF PRATIQUE DE KA>'T

mais une supposition nécessaire par rapport au sujet, pour 1 observation de ses lois objectives, mais pratiques'. »

Par la nature de ce qu'il alTirme un postidat de la raison pratique est une proposition théorique ', car il porte sur V existence d'un objet, qui, tout en rendant possible la réalisation du souverain bien par notre volonté, n'a pas à attendre de notre volonté sa propre réalisation, d'un objet qui en lui-même devrait et pourrait être connu, si nous avions pour le connaîlre des facultés appropriées a ce qu'il est. L'affirmation d'un tel objet, quel (|uVn soit le motif primordial et quelle qu'en soit la valeur finale, reste donc, au regard de la raison sj)éculative et de ses exigences en fait de démonstration, une simple hypothèse, sans certitude apodictique : mais, au regard de la raison pratique, ce n'est pas une hypothèse simplement permise, comme est par exemple une hypothèse qu'introduit la raison spéculative quand elle veut, sans que la science le réclame strictement, pousser son usage jusqu'au l)oul et atteindre quelque principe dernier d'unification' : c'est une hypothèse nécessaire. On peut k dire subjective en deux sens : en ce sens d'abord, qu'elle ne comporte pas de preuve théorique suffisante ; en ce sens surtout, qu'elle dérive d'un besoin de la raison. Elle n'en est pas moins objectivement valable, s'il est bien entendu que la nécessité (jui lui confère cette valeur objective n'est ni aperçue, ni connue théoriquement, mais repose sur la loi pratique*. — Cependant,

1. V. p. II, note. — « La géométrie pure a des postulais, propositions pratiques qui ne contiennent rien de plus que la supposition, qu'on peut faire une chose, s'il est de quelque faron requis qu'on doiK'e la faire, et ce sont, dans cette science, les seules propositions qui concernent une existence. Ce sont donc des règles pratiques soumises à une condition problématique de la volonté Mais ici la règle dit qu'on doit purement et simplement se comporter d'une certaine manière. » \ , p. 3;^.

3. y. p. 5, p. 1^8. — Cf. Kntik der rei/ien Vernunft, lit, p. 5io sq. — Wris heisst sich ini Denken orientiren, I\, p. 3'j5.

\. V. p. 4-5, p. II, note, p. 60, p. 138, p. i3i, p. i38 sq., p. i^o sq. . p. i52 sq.

LA CRITIQUE DE LA RAISOX PRATIQUE

avait-on objecté à Kant', peut-on conclure d'un besoin à la réahté de son objet.^ Un amoureux tout plein de l'ima^^e d'ime beauté qu'il a vue en rêve aurait-il le droit de soutenir que cette beauté existe réellement :> — L'objection assimile faussement un besoin fondé sur l'inclination à un besoin fond(* sur la raison. La raison qui reconnaît dans la loi morale un principe absolument certain de détermination pour la volonté ne peut être pleinement satisfaite que si elle admet en outre les conditions sans lesquelles le souverain bien, prescrit par cette loi, serait impossible. Cette supposition n'est pas préalable à la loi morale : elle en découle, et elle est, en un sens, aussi nécessaire qu'elle ; mais elle en découle, selon un rapport logique, non spécifiquement pratique^ ; c'est-à-dire que si elle est nécessaire par rapport à l'obhgation, elle n'est pas elle-même obligatoire; ce ne peut jamais être un devoir d'admettre l'existence d'une chose ' : l'affirmation d'une existence est toujours, en droit, du ressort de la raison théorique ; s'il nous est impossible qu'elle devienne une connaissance, elle ne peut donc être qu'une croyance.

On voit par là comment Kant s'efforce de maintenir en étroite connexion le caractère subjectif et le fondement rationnel du poslulat. Le postulat est une vérité, dont la certitude est garantie par la loi pratique : mais c'est une vérité qui n'est pas donnée au sujet par un savoir, et dont l'affirmation par conséquent est pour lui un besoin ou un droit, ou une foi, ces divers termes servant à marquer qu'ici c'est la nécessité d'un acte f|ui fonde pour le sujet la nécessité d'un objet. Le postulat est une foi pure pratique de la

I. Cette objection avait été faite par Wizenmann dans un article du Musée allemand, février 1787. — V, p. i49-i5o, note.

3. Cf. Kvitik der Urthrilskraff :\( Cette preuve ne signifie pas : il est aussi nécessaire d'admettre l'existence de Dieu que la validité de la loi morale; par conséquent celui qui ne peut se convaincre de la première peut se croire dégagé des obligations de la seconde. Non !... » V. p. 465.

3. \. p. i3i-i32. — « Une croyance commandée est un non-sens. « V. p. i5o. — Cf. Lo-ik, VIII, p. G(i sq.

i^O LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KANT

raison '. kan! s'applique ici davantai^e à en mettre en évidence ce (piil a (le rationnel, et il n'opposerait plus sans doute aussi catéi^^oricpiement (pi'il Ta fait ailleurs" la certitude morale et la certitude logi(|ue : il persiste pourtant à penser (|ue ralïirmation eonteiuie dans le postulat, précisément parce (pTelle dérive d'un besoin de la raison, (prelle est liée à un intérêt immédiat pour la moialité. (pi'elle ne s impose vniiment au sujet (pi(^ sons riidluence de sa homie intention, peut revêtir une Ibruie personnelle: u l/lionnélc homme peut dire : j(* ceux (\u\\ y ait un Dieu, (pie mou existence en ce monde soit encore, en dehors de l'enchaînement des causes naturelles, une existence dans un monde intelligible pur. enfin (pie ma durée soit infinie. A cela je m'atta("he fermement, et ce sont d(^s croyances que je ne me laisse pas enlever : car c'est le seul cas où mon inléivt, dont il ne m'est />c'rm/5 de rien rabattre, détermine inévitablement mon jugement'. » De même encore la façon de se représenter les conditions de la possibilité du souverain bien dépend de la loi par un rapport (jui exclut toute option de notre part ; cependant si l'on songe (jne l'impuissance à comprendn» autiement (pie par rexistence de Dieu l'accord de la vertu et du Inudieur est au fond une impuissance de no/re raison, non une preuve absolue d'impossibilité, ([n'en outre notre raison peut concevoir, sinon déterminer une harmonie de la nature et de la moralité se produisant en vertu des lois de l'univers \ il est permis d estimer que rassentiment à un ordre d'affirmations (pii tourne au bériéfice de la raison pratique les limitations de la raison théorique a quelque chose du ne préférence el

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