V. p. i3?>, p. ir>o
2. Kfiti/, (ipr rrifipti Vcrniin/t, III, p. b'iô-h'i'j. — V. plus haut, p. 244. Ce qui fait, dit Kant ailleurs, Ao-//. VIII, p. 70, qu'en malirrc de foi on doit plutôt dire : Je suis certain, c'est (|uc celte certitude étant incommunicable par des moyens objectifs, moi seul peux en juger la valeur et la solidité.
4. De même, et pour de semblables motifs, l'impossibilité de jramener an mécanisme ce que nous rapportons à la finalité est, d'après la Critii^ue de la faculté déjuger, simplement relative à notre raison limitée.
LA CRITIQIE DE LA RAISON PRATIQUE ^0 î
(I un choix : ainsi le pur intérêt moral, s'appuyant sur la censure de le Critique, fonde ce qu'on peut appeler une maxime de croyance: « Celte foi n'est pas commandée, mais elle dérive de 1 intenlifm morale même comme une libre détermination de notre jugement, avantageuse par rapport à la morahlé ((pii nous est commandée), et de plus conforme au besoin théori(pie de la raison... : par suite, si elle peut parfois chanceler même dans les âmes bien intenlionné(\s, elle ne saurait jamais déch(jir en incrédulité'. » \insi il semble que parfois Kant fasse dans le postulat une part plus large à l'élément pratique et voloutaire ; ce n'est pas cependant par restriction de l'élément îogi(pie et théorique. Seulement il lie les conditions de la possibilité du souverain bien tant(>t à la loi elle-même et au jugement rationnel qui s'en représente les consécpiences pour le sujet que nous sommes, tantôt à 1 intention morale, qui résolue à poursuivre l'objet total de la loi, adhère à tout ce (jui, selon la raison, est nécessaire pour que cet objet se réalise'.
1. V, p. i5o-i53. — Cette foi de la raison n'est, d'après ce que dit Kant ailleurs, nullement indispensable pour faire un lionnèlc homme, comme était, j)ar exemple, Spinoza, qui ne la professait point, el elle serait même pernicieuse si elle devait rendre intéressées les maximes delà conduite; mais j>ar l'absence de celle foi, l'eirort est limité, la puissance de la loi morale méconnue, elle sentiment de respect (jui s'attache a elle plus ou moins secrètement aiïaibli. — Kritik der Urtheilskraft, V, p. 4<'>">-^4<'>7.
2. A . notamment pour le premier cas. Y, p. i3<), pour le second, p. i[\(^. — Il arrivera à Kant, pour bien manifester l'élément prali([uc et volontaire du («oslidat, d'employer des formules parlicllcmenl en désaccord avec la pensée exprimée ici. Voici en eflbt ce qu'il dit dans VAniionce de la prochaine conclusion d'un traité de pair en philosophie, i7()(>: « Un postulat est un impératif [iratique donné a priori, qui n'est susceptible de recevoir pour sa possibilité aucune explication (par suite non plus aucune preuve). Ce qu'on postule donc, ce ne sont pas des choses ou en général Yexislence de quelque f'bjet, mais seulement une maxime (une règle) de l'action d'un sujet », VI, |>. 4i"', note. En même temps qu'il fait du postulat un impératif, kant paraît ionc indi(pier (juc la nécessité j>ropre au postulat poric direelement, non sur 'objet alfirmé, mais sur l'attitude du sujet qui alFirme. Cependant il emploie immédiatement a[)rès des expressions qui semblent le ramener à sa pensée itnlérieure : « Si donc c'est un devoir d'agir en Aue d'une certaine fin, il faut que je sois égalemerit en droit de supposer (so niuss ich auch herechtigt sein, anzunehnien) que les conditions existent, sous lesquelles seules cet accomplissement du devoir est possible. » (Ihid.) — Au reste, dans un écrit de
LA PFIir.OSOPHIE PRATIOIE DE KV^'T
A quelles airirmalions convieiit en somme le terme dr postulat? Inconleslahloment à rafTirmallon de l'immortnlilé et à celle de l'existence de Dieu : et il semble bien, par divers passages, cpie Kant entend le leur réserver exclusif
la même auncc, Kaiil notait que l'impératif concerne l'action, non la foi. J'on eineni neuerdinsis erhohcncn K'onwhiuen Ton in dev P/iilosop/iie, \ l, n. '473. — V. plus loin comment dans la DiKtrine de la \'evtu(\\\. y. ^5i. p. 399) Kant, pour dénoncer l' « ampliibolie » rpi'il v a dans l'idée de devoirs envers Dieu, ramène la foi religieuse pure à un devoir envers soimême. — Il v a lieu peut-être ici de rappeler que la foi impliquée dans le postulat ne doit jamais, d'après Kant, ni être assimilée à tui«- opinion, ni être estimée comme une vraisemblance: l'opinion en effet concerne des chosps qui n'échajjpent à nos sens que momentanément ou à cause de leur imperleclion, mais qui par nature seraient susceptibles d'être données dans une expérience sensible; quant à la vraisemblance, elle n'est qu'une opinion plus ra|) prochée de la certitude. De toute façon, au regard de notre raison, ce qui dépasse l'expérience peut être tenu [)our possible ou impossible à devenir l'ob jet d'un savoir déterminé, mais non pour vraisemblable ; il ne faut pas prendre les limites expressécnenl reconnues de notre raison pour de simples bornes du développement empirique île notre pensée. Voilà pourquoi. .du reste, toute foi véritable, portant sur le supra-sensible, ne peut être que pratique ; c'est qu'il n'y a pas de milieu pour la raison pure entre la connaissance et la foi. — V^ Kritik der Urtkeilskrdft, V, p. '481-^87. — Von einem neuerdini^s erhohenen \'urnehmen Ton în der Philosophie, VI, p. !\-2-\-j?y, note.
Diverses doctrines qui se rattachent à Kant plus ou moins directement ont étendu et renforcé l'élément pratiqtio et volontaire de la croyance. C'est ainsi que Fichte, dans la Destination de l ho/nnie, on partant de l'idée « que la raison pratique est la racine de toute raison » {Die Bestnnmunf^ des Menschen, éd. Kehrbacb, p. 103), dévelop[)e au nom des exigences delà conscience un système de la croyance qui complète le système de la science en posant d'une [)art la réalité du monde qui est le théâtre de notre action et la matière de nos devoirs, d'autre part, la nécessité d'admettre, pour la réalisation de nos fins morales, un autre monde que celui-ci (p. d^'S sq ). — Ch. Secrétan soutient que la croyance au devoir, ainsi que toutes les convictions qui sont indispen sables pour expliquer sans le dénaturer le fait de la conscience morale, sont obligatoires et par suite libres. « ,Ie ne suis pas logiquement obligé de croire au devoir ; mais j'y suis tenu moralement » {Le principe de la morale, p. 137. — V. p. i34.— Cf. Vr. Pillon, /.a philosophie de Charles Secrétan, 1898, p. 63-67). — ^h. Renouvier et Fr. Pillon, fidèles à leur conception générale selon laquelle la certitude étant, non pas un simple état de l'entendement, mais un acte de la persorme entière, comprend, outre des éléments de représentation, des éléments de passion et de liberté, ont reproché à Kant do n'avoir pas assez marqué la place que doit occuper la croyance dans le système de la raison pratique. « Kant s'est trop souvent exprimé comme s'il y avait dans cette dernière raison quelque chose comme ce que ses adversaires préten daient trouver dans la raison théorique, ((uelque chose qui se poserait comme un axiome de géométrie et s'imposerait forcément à un agent moral au liei;
LA CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE
vement\ A ces deux postulats cependant il en ajoute parfois, d'une façon assez inattendue, un troisième, qui n'est pas toujours identiquement nommé: si bien que l'on a pu se demander s'il n'était pas porté par ses tendances personnelles, beaucoup plus que par la stricte logique, à développer sur le modèle de quelque catéchisme chrétien une
foi en trois articles".
Ce troisième postulat qui parfois s'ajoute ainsi aux deux autres ou s'intercale entre eux. c'est tantôt le monde intelligible ou règne de Dieu \ tantôt le souverain bien à réaliser p^r nous\ tantôt la liberté'. Mais la conception d'un
de se proposer à sa foi et d'être soumis, comme toute autre croyance, à sa libre
acceptation » (Ch. Renouvier, Les labyrinthes de la métaphysique dans
la Critique philosophique, 8^ année, 1879, I, p. ..97)- Contre ces restes de
dogmatisme rationaliste, il y a lieu de dire que la hberto est affirmée par un
acte de liberté, le devoir par un acte de devoir. « La loi morale suit la volonté
en tous ses actes ; elle ne peut s'imposer à la volonté sans s'imposer du même
coup à l'entendement. De là vient que nous posons la croyance a 1 obligation,
non comme nécessaire, mais comme obligatoire, que nous repoussons le
doute sur la valeur des prescriptions de la conscience non comme absurde,
mais comme immoral. C'est en vertu de la liberté et de 1 obhgation que nous
croyons à l'obligation et à la liberté. C'est au nom de la loi morale que nous
affirmons la réalité de la loi morale et de ses postulats. On croit au devoir non
parce qu'on ne peut pas ne pas y croire, on y croit parce qu on se sent tout a
a fois libre et obligé d'y croire. Et cette foi obligatoire au devmr a une portée
plus grande encore que^i'avait pensé Kant. Elle soutient tout l édifice de la
î-oprésentation, données empiriques et catégories.. .(H. Pillon, La place
de la morale en philosophie. Critique philosophique, 1- année, 187a, 1. p.
•553) « La croyance au devoir conduit à la croyance a la liberté, parce .pi elle
la suppose, et cette dernière croyance se présente elle'-même comme un devoir
dès qu'elle est vue dans celle relation, puisque la réalité de son objet est une
condition de la réalité de l'objet de la première. » (Ch Renouvier, Lssai
d'une classification systématique des doctrines philosophiques, dans
la Critique religieuse, supplément, p. 496.)
, \. notamment : V, p. 4, p. 5, p. i3o. - Lorsqu il explique le sens et la portée d'un postulat de la raison pure pratique, Kant parait même souvent Lvoir uniquement en vue l'existence de Dieu. V. en particulier: \, p. 148.
. E. Laos, hauts Stellun^..., p. 1617. - ^- f f]' ^'\^^ du Credo en trois articles, par lequel est professée la lo. de la raison pure pratique (L'e/>^/- die Fortschritte der MetaplnsiL VIN, p. obo).
\ \ p '/31 — Dans la Critique de la faculté de jui^er, Kant comprendra'aussi, parmi les choses de foi, en même temps que l'immorfahte et l'existence de Dieu, le souverain bien à réaliser dans le monde par la liberté, dont elles sont les conditions. V, p. 48^- ^, , r. ^.
5 V p. .38. |>. i3,>|>. .io. [,. ,'„j,-Cf.BennoEr,lmann,/{e/;ex,o«en
Kanis. II, n» i50i, p. 435.
monde intelligihle. ou règne de Dieu, au sens où Kanl la définie un peu aunaravanl ', ne (ail guère qu'exprimer la possibihlr du souverain hien, en insislant seulemenl sur la néeessitéet redieaeité de rinler>enti()n de Dieuj)our nous l'assurer. Quant à la possibilité du souverain bien ellemême, outre (pielle est liée direelement à la loi morale, comme objet de la volonté (|ue eelle-ei détermine, elle paraît moins pouvoir devenir un postulat distinct (jirétre l'affîrmalion générale dont certaines conditions sont spécifiées par les postulats. Pour ces deux premiers cas, ce (|u'il laul relever, c'est, avec cpielcpie inconsécpience, surtout un double emploi. La cpiestion est plus délicate pour le cas, le plus frécpienl et le plus signilicatir. où Kant admet comme autre postulat la liberté. « Ces postulats, dit-il, sont ceux de VimmortalUé, de la lihcrlc, considérée positivement (comme causalité d'un être en tant (pi'il appartient au monde intelligible) et de l'existence de Dieu.,. Le second découle de la supposition nécessaire de l'indépendance à l'égard du monde sensible et de la lacullé de déterminer sa volonté d'aj)rès la loi dun monde intelligible, c'est-à-dire de la liberté '. » Celte façon de traiter la liberté comme un postulat. (|ui n'apparaît (pi(^ dans la Dia/cc/i^ii/r. j)araîtétre en contradiction avec les tbèses de [\\/t(ilYli(jue, selon lesquelles la liberté identi(|ue à la loi. si elle est pour nous certaine par elle, est également certaine comme elle, et devieni à ce litre le londement des postulats '.
I. « Le mondo dans loquol les èlres raisonnables se vouent de toute leur unie à la loi moraU- est comme un /•/•-//*> (/,> Dtcu, où par la |)nissance d'un Klre saint, qui rend possible le souverain bien dérivé, la n;.luro et les nupiirs sont dans une harmonie que chacun des deux éléments ne produirait pas par hii-méme. » \, p. liv'j- 13.").
y. V, p, i,>S. ~ « Omunenl la liberté est-elle seidement possible, et comment doit-on se représenter théoriquement et positivement cette espèce de causalité, c'est ce qu'on n'apenoit point par là, mais seulement (pi'il y a une telle liberté, postulée par la loi morale et en vue d'elle. » \, p. i3<).
3. <( Le concept <le la liberté-, en tant que la réalité en est établie par luie loi apodictique de la raison pratique, forme la clef de voùtt' de tout l'édifice d un système de la raison pure, y compris la spéculati>.', et tous les autres
LA CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE ^g5
Pour lever la difTîculté, on pourrait être tenté de dire (pi'il va eu là de la part de Kant un usage simplement approximatildu terme de postulat, puisque après toutou peut lire aussi dans VAtialytifjue que les lois morales « sont nécessaires comme postulats pratiques *. » Mais ici l'applicalion de ce terme à la liberté ne peut être accidentelle, puisqu elle est faite en même temps à l'immortalité et à l'existence de Dieu. On pourrait plus justement observer que le groupement de ces trois afllrinafions sous un même titre a pu être imposé à Kant par l'iiabitude qu'il avait de présenter ensemble Dieu, la liberté et l immortalité comme les objets suprêmes de la métaphysique ', et, en cherchant derrière cette babil ude même un motif plus profond, on pourrait invoquer l'intention qu il avait de montrer comment les trois postulats correspondent juste aux trois idées
concepts se lient à celui-ci, et reçoivent avec lui et par lui consistance et réalité objective... De toutes les idées de la raison spéculative, la liberté est la seule dont nous puissions comialtre a prioni la possibilité, sans toutefois l'apercevoir, car elle est la condition de la loi morale, que nous connaissons. Les idées de Dieu et de Vimmortalité ne sont pas les conditions de la loi morale, mais seulement celles de l'objet nécessaire d'une volonté déterminée |tar cette loi... Par là les idées de Dieu et de l'immortalité reçoivent, au moyen (lu concept de liberté, une réalité objective... » V, p. 3-5. — V, p. iio.
I. V, p. 4(). — « Le principe fondamental de la moralité, dit Kant dans la Critiffue de la raison pratique, dont dérivent tous les postulats, n'est pas lui-même un postulat » (V , p. i38); ce qui ne l'empêchera pas d'écrire dans la Critiffue de la faculté de juffer: « Si le principe suprême de toutes les lois morales est un postulat, la possibilité de leur objet suprême, par suite aussi la condition sous laquelle nous concevons cette possibilité, se trouvent par là du même coup postulées » (V, j). 4*^^)-
:>.. \ . en |)articulier Kriti/* der rei/teu Vernunff, HT, p. i^8 ; 2^ éd., p. 07 et p. 271 (Cf. \aihinger, Commonlar, I, p. :^3o). — l)ans la (ritique de la faculté de /u<(er, a|)rès avoir rappcdé de la même façon que Dieu, la liberté et l'inuuortalilé sont les trois problèmes essentiels de la métaphysique, iiprès avoir dit à nouveau que ces problèmes ne peuvent recevoir de solution 'lélerminée qu'au point de vue pratique, Kant ajoute cependant cette observation, qui remet la liberté à part : « Il reste cependant en ceci toujours remarquable, que parmi les trois idées pures de la raison, Dieu, la liberté, et Vininiortalité , celle tie la liberté est le seul concept tlu supra-sensible, qui prouve sa réalité objective en la uianifestant dans la nature (au moyen de la causalité *|ui est conçue en lui) par lelfet qu'il peut avoir dans cette même nature ; et c est précisément par là qu'il rend possible la liaison des deux autres avec la iialure, et le rapport de toutes trois ensemble à la Religion. « \ , p. '188- '.89.
4q6 LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KA>T
transcendantales, ridée psychologique, l'idée cosmologique, l'idée tliéologique, et leur coulèrent une réalité objective pratique '. Il n'en reste pas moins à se demander pourquoi Kant. après avoir attribué à la liberté une place privilégiée et unique, la remet ailleurs au niveau des autres postulats.
C'est qu'à vrai dire la liberté, telle qu'il la considère ici. non plus identique à la loi. mais (( postulée parla loi ». n'est pas la faculté qu'a la volonté pure d'être autonome el dinstituer une législation uni\erselle. mais le pouvoir dévolu au sujet d'acconqilir sa tàclie morale sous l'empire de celte législation, de l'accomplir contre les obstacles qui peuvent lui venir de la nature, avec la pleine conilancc qu'il a tout ce qu'il faut pour l'accomplir et qu'en l'accomplissant il acquiert un droit à l'existence eiTective des autres conditions du souverain bien. Que ce pouvoir ait sa racine dans la volonté autonome, kant certes maintenant ne peut que l'admettre : mais ce pouvoir s'en distingue toutefois, en ce qu'il est relatifà l'état du sujet humain el ([u'ilaavant l(Hil à opérer son œuvre dans ce monde. Ce qui dans ce pouvoir reste théoriquement inexplicable et ce ([ui est un objet nécessaire de foi, c'est la sufllsanle ca|)acité qu'il enveloppe de produire dès ici-bas la \erhi el de prouKmvoir par elle tout le (( règne de Dieu ». Ainsi, malgré sa référence à l'idée cosmologique, la liberté est ici plu lot conçue sous la forme que réclame l'obéissance à la loi. non plus comme la puissance pratique en soi, mais comme la puissance pratique humaine assurée de pouvoir faire tout ce qu'elle doil si elle le \eut. et de recevoir pour la réalisation de sa lin totale la subvention de Dieu à ce qui lui manque : elle est un principe premier d'action qu'accompagnent, chez r(Mr(' raisonnable tini, en même temp^i que le respect de la loi(|U! la garantit et l'obéissance à cette loi, la croyance à la vertu et à l'avènement de toutes les conséquences que la vertu
LA CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE ^97
requiert'. Elle est donc absolument indépendante de toutes les déterminations que relient inévitablement la chose en soi, môme quand la chose en soi est sinq)lement posée sans pouvoir être connue ; si elle est expressément rattachée à l'idée cosmologique d'un monde intelligible, il semble qu'elle en refoule l'élément, a vrai dire, encore spéculatif, par lequel cette idée devenait ailleurs le fondement de tout le système de la raison, pour y introduire une signification exclusivement élhico-religieuse. Elle ne paraît point se manifester par un caractère constitué une fois pour toutes: elle est plutôt l'origine d'un progrès dont le terme est l'accord de la moralité parfaite et de la parfaite félicité; elle est, en somme, le premier commencement d'une destinée.
C'est qu'elle est directement liée, non plus à la loi inconditionnée par laquelle se détermine une volonté pure, mais au système des conditions qui rendent possible pour la vo-
I. Cette interprétation me paraît confirmée par le rapprochement de divers passages empruntés à des écrits ultérieurs de Kant. Dans son travail sur les progrès de la tnétaphysufue depuis Leibniz et ^'olffy Kant traitant des trois idées qui constituent « la connaissance pratiquement dogmatique du suprasensible », l'idée de la liberté, pour ce qui est du supra-sensible en nous, l'idée de Dieu, pour ce qui est du supra-sensible au dessus de nous, et l'idée de l'immortalité, pour ce (|ui est du supra sensible après nous, remarque que l'idée de la liberté com[)rend, outre Vauiouoniie de la raison pure pratique, Vautocratie, c'est à-dire « la faculté d'atteindre ici bas dans la vie terrestre au but final moral, pour ce qui en est la condition formelle, à savoir la moralité, et cela [)armi tous les obstacles que peuvent nous susciter les intluences exercées [)ar la nature sur nous comme êtres sensibles, mais grâce à la qualité que nous avons d'être en même temps des êtres intelligibles. Cette faculté est la foi en la vertu comme principe en nous dirigé vers le souverain bien. » \ III, p. 507. — « Pour des êtres finis, qui sont saints, dit-il encore dans Y Introduction de la Doctrine de la vertu (c est-à-dire qui ne peuvent même jamais avoir la tentation de violer le devoir), il n') a pas de doctrine de la vertu, mais simplement une doctrine des mœurs, et cette dernière est une autonomie delà raison pratiipie, tandis que la première contient en m^'mc temps [autocratie de cette raison, c'est-à-dire une conscience de la faculté de pouvoir triompher de nos inclinations contraires à la loi, conscience qui n'est pas sans doute immédiatement per<j'uc, mais qui est justement conclue de l'impératif catégorique moral. » Vil, p. 1 80- 187. — Dans Vannonce de ta prochaine conctu.sion de la paix pei'petuelle en philosophie, la liberté, mise au nombre des trois postulats, est délinie « la faculté qu'a l'homme de soutenir l'accomplissement de ses devoirs (comme s'ils étaient des commandements de Dieu) contre toute puissance de la nature ». VI, p. 494.
Dei.bos. 32
^q8 la philosophie prvtioue de K.A.>'T
lonté d'un ctre raisonnable fini, l'accomplissement d'un objet prescrit par cette loi. Kant, il est vrai, reprend pour les concepts théoriques qui correspondent à ces conditions la thèse qu'il avait prccédeinment soutenue pour le concept de la causaHté inconditionnée, à savoir ([ue ces concepts reçoivent de la loi pratique apodictique un usage immanent et une réalité objective ; mais il ne fait plus de la hborté telle qu'il l'entend ici le concept premier dont l'extension se communique aux autres ; il la classe parmi les postulats, qui, loin d'être préformés dans les idées, simplement « y conduisent )), et qui, en fin de compte, n'apportent de solution aux (( problèmes » de la raison spéculative qu'après avoir entièrement résolu des problèmes pratiques'. Certes il présente le plus souvent en des termes univoques l'acte par lequel la raison pratique confère l'objectivité aux idées, (( qu'elles soient conteinies a/^nor/dans la détermination nécessaire de la volonté ou qu'elles soient inséparablement liées à l'objet de cette volonté". » Pourtant cet acte, dans le premier cas, unit plus intimement l'idée et sa réalité objective, car l'idée d'une causalité inconditionnée est un sujet adéquat à la détermination que fournit la loi inconditionnée : dans le second cas, au contraire, les idées ne sont objectivement déterminées qu'en perdant bon nombre de leurs attributs théoriquement concevables et qu'en se référant à des prédicats pratiques formés pour la plupart en dehors de ce qu'elles représentent directement. Que la réahté objective pratique se manifeste aux deux termes extrêmes de la doctrine sous deux formes si diverses, d'abord, par la conscience de la loi, avec la cer-