‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 248 sur 345 · V. p. 127.- Cf. GriinJlegun-AW · texte numérisé non relu

V. p. 127.- Cf. GriinJlegun-AW

— Prolegonicna, IV, p. m

LA CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE

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une raison pure pratique capable de déterminer immédiatement à son point de vue l'Inconditionné : l'intérêt de la raison théorique doit donc le céder à l'intérêt de la raison pratique. Ainsi se justifie ce que Kant appelle le primat de la raison pure pratique dans son union avec la raison pure spéculative' : primat qui établit entre les deux raisons un rapport de hiérarchie, non de causalité, et qui n'autorise en aucune façon l'esprit dogmatique à tenter par quelque voie que ce soit la réduction de la raison spéculative à la raison

pratique"'.

La connaissance des Hmites de la raison spéculative, l'aveu de la suprématie de la raison pratique, loin de marquer un défaut dans l'ordre de la nature, expriment au contraire la plus sage appropriation de nos facultés à notre destinée. Serions-nous tentés de traiter la nature de marâtre, parce qu'elle ne nous a pas donné en partage la puissance d'esprit et les lumières que réclame notre inépuisable curiosité? Mais admettons qu'elle nous ait servis à souhait : douée d'une vue infiniment plus pénétrante, notre raison n'appliquerait plus tout son savoir, d'une part qu'à calculer les plus sûrs moyens de satisfaire à nos inclinations, d'autre part qu'à nous représenter avec une certitude qui les ferait comme tomber sous nos yeux Dieu et l'éternité dans toute leur majesté redoutable : la loi morale, si elle méritait encore ce nom, ne serait j)lusque la traduction d'intérêts liés, soit à la prudente administration de notre nature sensible, soit à l'extatique contemplation d'objets supra-sensibles. Au heu d'agir directement par elle-même sur nous, de nous pousser à la lutte et à l'efTort nécessaires, notre raison laisserait agir les mobiles extérieurs de la crainte et de l'espérance, elle laisserait se perdre cette valeur morale

2. On sait comment Kant désavoua plus tard la fdiation que Ficliie prétendait établir entre la Critique et la Doctrine de la science ; il demandait que son système fût compris selon ce qu'il était réellement et à la lettre, non selon le contresens que Fichte lui imposait en prétendant mieux en saisir, à travers la lettre, l'esprit. Mil, p. Ooo.

LA PIIILOSOPIIIE PRATIQUE DE R\NT

des actions qui seule fait le prix de la personne et même le prix du monde au regard de la suprême sagesse. (( La conduite des hommes, aussi longtemps que leur nature resterait ce qu'elle est actuellement, serait donc changée en un simple mécanisme, où, comme dans un jeu de marionnettes, tout gesticulerait bien, mais où l'on chercherait en vain la moindre vie sur les figures. Or, comme il en est tout autrement pour nous, comme avec tous les etTorts de notre raison, nous n'avons sur l'avenir qu'une perspective fort obscure et incertaine, comme Celui qui gouverne le monde nous laisse seulement conjecturer et non apercevoir, ni prouver clairement son existence et sa majesté ; comme au contraire la loi morale qui est en nous, sans nous faire avec certitude aucune promesse ni aucune menace, réclame de nous un respect désintéressé, sauf d'ailleurs à nous permettre, une fois que le respect est devenu actif et dominant, alors seulement et seulement parce moyen, des perspectives tout de môme assez voilées sur le royaume du supra-sensible, il peut y avoirplace pour une intention véritablement morale, ayant immédiatement la loi pour objet, et la créature raisonnable peut se rendre digne de participer au souverain bien, qui correspond à la valeur morale de sa personne et non pas seulement à ses actions. Ainsi ce que nous enseigne d'ailleurs suilisamment l'étude de la nature et de Ihomme pourrait bien encore ici se trouver exact, à savoir que la sagesse impénétrable, par laquelle nous existons, n est pas moins digne de vénération pour ce qu'elle nous a refusé que pour ce qu'elle nous a donné en partage'. »

Comme la Critique de la raison pure, la Critique de la raison pratique a une Méthodologie. Cette méthodologie consiste à déterminer ici, non plus les procédés à suivre

LA CRITIQUE DE LA RAISON PRATIQUE

pour constituer un système complet de la connaissance scientifique, mais l'ensemble des moyens à employer pour préparer aux lois morales un accès dans l'âme humaine et leur assurer une inlluence efficace sur les maximes de la volonté, c'est-à-dire pour rendre pratique subjectivement la raison objectivement pratique.

C'est le problème de la culture morale qui se pose par là, et il n'y a pas d'autre façon de le résoudre que celle ([ui se réfère strictement aux caractères de la loi. Ce qu'il faut toujours représenter en principe, sans faire appel à d'autres motifs, c'est la nécessité d'obéir à la loi uniquement par respect pour elle. Si pour tacher d'amener au bien une àme inculte ou dégradée, il est parfois permis de recourir à l'action des mobiles sensibles, il faut, dès que ce moyen provisoire et exceptionnel a produit quelque cdet, ne plus jamais évoquer que le motif moral dans toute sa pureté. Dira-t-on que la simple exhibition de la seule vertu est destinée à rester sans puissance? Si cela était, il faudrait désespérer de la moralité ; mais cela n'est point. Que l'on observe la finesse d'esprit et la compétence indiscutable avec lesquelles des hommes d'intelligence, d'éducation et de condition très diU'érentes savent répondre à toute question qui se pose sur la valeur de telle action, sur le caractère de telle personne. Egalement sincères, les uns peuvent se montrer indulgents, les autres sévères dans leurs jugements : mais qu'est-ce donc que la sévérité, sinon un hommage rendu à labsolue pureté de la vertu qui ne doit souffrir aucune concession déguisée à des motifs inférieurs ? Et qu'est-ce que lindulgence, sinon la confiance extrême dans la possibilité de la Acrtu, inévitablement compromise si Ion découvrait toujours dans tout bon exemple quelque secrète malice. Preuve certaine, que si notre esprit n'est pas fait en général pour les raffinements et les subtilités de la théorie, il lest admirablement pour l'exactitude et la pénétration des jugements pratiques. La moralité aura d'autant plus d'empire sur le cœur humain

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