‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 277 sur 345 · I. V. p. 429-430, p. 393-39G, p. 4ii, p · texte numérisé non relu

I. V. p. 429-430, p. 393-39G, p. 4ii, p

3. « C'est une glorieuse tâche que de parcourir au moyen d'une anaiomie comparée la grande création des êtres organisés, afin de voir s'il ne s'y trouve pas quelque chose qui ressemble à un système, et cela par rapport au principe d(.' la génération, en sorte que nous ne soyons pas obligés de nous en tenir à un simple principe du Jugement (qui ne nous fournit aucune lumière pour l'intelligence de la génération de ces êtres) et de renoncer sans espoir à toute prétention de pénétrer le secret de la nature dans ce champ. La concordance de tant d'espèces d'animaux dans un certain schème commun qui paraît leur servir de principe non seulement dans la structure de leurs os, mais encore dans la disposition des autres parties, l'admirable simplicité de plan qui par le raccourcissement de certaines parties et l'allongement de certaines autres, par l'enveloppement de celles ci et le développement de celles-là, a pu

fi««S!*wassiaH«^

Mais pas plus que le mécanisme ne peut nous permettre de concevoir sans un principe téléologique la possibilité des êtres organisés, le principe téléologique ne nous permet de concevoir sans le mécanisme la possibilité de ces êtres, comme êtres de la nature. Uoccaslonalisme, c'est-àdire la doctrine selon laquelle, à l'occasion de chaque accouplement, la Cause suprême du monde communique à la matière, qui en est en elle-même dépourvue, la forme et la vertu de l'organisation, détruit par là tout rôle de la nature et fait de la vie un miracle. Il doit donc céder la place à la doctrine qui, sans nier l'existence de dispositions premières en vue de la conservation et de la propagation de la vie, réserve à la nature toutes les conditions qui mettent ces dispositions en œuvre, et cette doctrine est le prestahiVisme. Mais le prestabilisme peut s'exprimer en deux théo-

produire une si grande variété d'espèces font luire dans l'âme, quoique faiblement, l'espérance de pouvoir ici arriver à quelque chose avec le principe du mécanisme de la nature, sans lequel il ne peut y avoir de science de la nature en général. Cette analogie des formes, on tant qu'elle paraît malgré toute leur différence avoir été [)roduile conformément à un type commun, fortifie la supposition d'une parenté réelle de ces formes, sorties d'une première mère commune, une espèce se rapprochant graduellement d'une autre, depuis celle où le principe des fins semble le {)lus avéré, c'est-à-dire l'homme, jusqu'au polype, et depuis le polype jusqu'aux mousses et aux algues, enfin jusqu'au plus bas degré de la nature que nous puissions saisir, juscpi'à la matière brute ; c'est d'elle et de ses forces que paraît dériver d'après des lois mécani(pies (semblables à celles d'après lesquelles elle agit dans les productions de cristaux) toute la technique de la nature, si incompréhensible pour nous dans les êtres organisés que nous nous croyons obligés de concevoir pour elle un autre principe. — Libre donc ici à V archéologue de la nature, au moyen des vestiges subsistants de ses plus anciennes révolutions, d'après le mécanisme qu'il lui connaît ou qu'il lui suppose, de retracer la genèse de cette grande famille de créatures (car c'est ainsi qu'il faudrait se les représenter si ladite liaison de parenté générale est bien fondée). Il peut faire sortir du sein de la terre, qui elle-même est sortie de son état chaotique (comme un grand animal), d'abord des créatures d'une forme moins réglée par des fins, de celles-ci d'autres à leur tour qui se sont développées d'une façon mieux appropriée au lieu de leur naissance et à leurs relations réciproques, jusqu'à ce que cette matrice, raidie, se soit ossifiée, ait réduit ses enfantements à des espèces déterminées, incapables de dégénérer dans la suite, en sorte que la diversité de ces espèces subsiste comme elle s'est trouvée au terme de l'opération de sa féconde puissance formatrice. — Mais il faut toujours en définitive attribuer à celte mère universelle une organisation en vue de toutes ces créatures ; sans quoi la forme de finalité que présentent les productions du règne animal et du règne végétal ne pourrait en aucune façon être conçue dans sa possibilité, » V, p. 43i-'i32.

LA CRITIQUE DE LA FACULTÉ DE JUGER

ries de valeur très inégale. Selon lune, ce qui est préformé, c'est déjà l'individu tout entier, et le rôle de la nature, dans l'acte de la génération, consiste uniquement à le (aire passer del'état d'enveloppement à l'état de développement ; l'individu est donc une « édaciion » plutôt qu'une production de la nature. Cette théorie, on le sait, était celle de Leibniz. Kant soutient qu'elle est en réalité un retour à l'occasionalisme. puisqu'elle fait de la nature plutôt le lieu que la cause de la production des êtres vivants ; elle a le "mérite de vouloir ne pas tomber en pleine liyperpliysique, en mettant simplement à l'origine cette action créatrice que l'occasionalisme renouvelle à chaque moment dans le cours du monde ; elle y tombe plus peut-être que l'occasionalisme même, en étant obhgéc de supposer pour l'apparition de l'individu préformé tout un ensemble d'arrangements surnaturels, sans lesqiiels il n'échapperait pas à l'action des forces destructives de la nature : elle est en outre obligée de se compliquer artificiellement pour rendre compte des hybrides. L'avantage définitif reste donc à cette forme du prestabilisme, qui est la théorie de Véplgenese ; selon elle, ce qui est préformé, c'est uniquement une disposition originaire à l'organisation ; quant à la puissance formatrice qui fait apparaître au moyen de la génération les individus, elle appartient tout entière à la nature : et c'est une puissance réelle qui ne se borne pas à favoriser la mise au jour d'êtres préexistants, mais qui véritablement met au jour des êtres nouveaux. Ainsi la théorie de l'épigenèse, tout en réservant les droits du jugement téléologique, l'empêche de s'égarer à la recherche de forces et d'interventions surnaturelles ' .

Mais il ne résulte pas de là que le jugement téléologique

Delbos.

■HWWWp—i ^pwiii

678 LA PHILOSOPniK PRATIQLE DE KANT

nous enferme clans les bornes de la nature proprement dite ; déjà la simple analyse de ce (|u'lmpli(|ue une lin nous les fait franchir. Une fin, c'est le concept dun objet, considéré comme cause de la réalité de cet objet ; or, un concept, c'est quelque chose de sujua-sensible, qui ne peut être représenté (|ue dans une intelligence et réalisé que par elle. Par suite, quand nous disons (|ue selon notre faculté de ius:er 11 y a des fins de la nature, nous devons rattacher à côs fins l'idée d'une production intentionnelle par une Cause intelligente. Kant. on le sait, est lenneini de la notion d'une linalilé inconsciente de la nature, et s'il prélerc le théisme à l'Iiylozoïsine, c'est parce (juc l'hylozoïsme ne peut sans se renier dc|)ouiller les formes du dogmatisme, et que le théisme le peut. Donc limpossihilité d'admettre, pour les productions que nous no pouvons concevoir que comme des fins, Vaulocralie de la matière a pour conséquence la nécessité d'admettre un entendement archilectonique ; ce n'est pas ébranler réellement cette nécessité que de dire avec Hume (|ue nous ne pouvons coni|)rendre par (|uelle combinaison de facultés se constitue un tel entendement', car nous nous bornons à supposer de lui ce qui le rend propre à re[)résenler et à réaliser celte unité originale dans la liaison des éléments, qui est 1 organisation".

En outre, dans l'ordre de ces concepts tpii sont les fins, il est légitime de poursuivre l'ineondilionné. c'est-à-dire de se représenter une fin dernière et de chercher pour cette idée une détermination immanente. C'est là, selon kant, un développement normal du problème de la finalité, fondé sur ce (lue celte notion de finalité a de rationnel. Déjà nous avons vu la notion de finalité dépasser pour ce motif les bornes contingentes dans lestpielles a lieu notre observation des êtres organisés et prétendre à bon droit exprimer sous

1 V. plus haut, |>. 25i-355, p. 257. — ■ *''f lleinze. i'oilesuiifteii h'ants, p. 107 |587|.

Page 1