‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 29 sur 345 · Kritik der reinen Vernunft, lit, p · texte numérisé non relu

Kritik der reinen Vernunft, lit, p

Delbos.

sq.

Dira-t-on que l'idée de cet accord est un postulat arbitraire, uniquement propre à précipiter l'esprit vers des arrangements artificiels? Mais cette objection atteindrait, par delà Kant, la pensée pbilosopbique en général, dont l'activité ne peut se soutenir que par une foi profonde dans l'harmonie finale des principes auxquels obéissent les diverses disciplines humaines. Dira-t-on que cet accord n'a pu être réahsé par Kant que d'une façon tout extérieure, puisque la raison théorique ne fait en somme que réserver des possibihtés dont la détermination ultérieure n'est plus sous son empire? Mais on raisonne alors comme si kant n'avait mis dans sa philosophie pratique que des tendances personnelles sans justification et sans contrôle : on oublie trop les caractères propres du développement de sa pensée, et les voies par lesquelles il est arrivé à la constitution de sa morale. Moins qu'un autre Kant s'est abandonné, dans ses réflexions sur la morahté, aux suggestions de son sens propre et au cours naturel de ses idées ; moins qu'un autre il a été svstématicpie par avance: le souci d'analyse qu'il a apporté dans les questions de tout ordre la mis en garde contre ces svnthèses prématurées par identification de concepts, qui étaient en honneur dans la métaphysique antérieure à lui. Et c'est peut-être pour avoir déhbérément répudié, par suspicion légitime, une notion de la morahté que les philosophes avaient construite en vue de leurs doctrines, pour avoir voulu dépasser l'idée d'une harmonie préétablie entre le degré de morahté et le degré de connaissance claire, qu'il a été le plus exposé au reproche de relier arbitrairement dans son système sa philosophie pratique à sa philosophie théorique. Mais en accordant que la liaison qu'il a établie entre les deux ne résiste pas à toute épreuve, laquelle de ces deux dispositions vaut-elle le mieux scientifiquement, ou de celle qui consiste à transposer, pour les rendre plus facilement assimilables à une doctrine intellectualiste de la science et de la raison, les notions de la conscience morale commune, ou de celle qui

considère d'abord ces notions morales telles quelles, qui tend à en discuter le sens et à en découvrir le lien avant d'en déterminer la place dans une doctrine d'ensemble. Par des moyens qui peuvent ne plus être les nôtres, mais qui procèdent d'une pensée méthodique juste, Kant a essayé de remplir cette double tache : analyser la vie morale dans sa réalité spécifique, ensuite en unifier le principe avec ceux de la science. Le savoir qu'il a cherché a abolir n'était que ce prétendu savoir de l'absolu, qui au fond ne réalisait l'unité de la connaissance et de la moralité que par l'indistinction, et la croyance pour laquelle il a réclamé, due à des exigences pratiques, outre qu'elle ne produit en aucune façon une science contre la science, tend à s'intégrer de plus en plus dans la raison. C'est mal voir la philosophie kantienne que de se la représenter comme s'intléchissant à partir d'un certain point dans une direction arbitraire : il faudrait plutôt se la figurer comme travaillant à établir la convergence de deux doctrines constituées séparément \ Pour reprendre l'image par laquelle on l'a critiquée, elle n'offre pas un système pourvu de deux centres de gravité, et mis par là en dehors des lois rationnelles : il semble plutôt qu'elle cherche à fixer idéalement le centre de gravité d un système universel dans lequel viendraient se composer avec leurs forces respectives indépendantes deux systèmes originairement distincts.

Il serait donc injuste de méconnaître les précautions que Kant a prises contre lui-même, en faveur de la vérité objective, dans la constitution progressive de sa morale, et dans la recherche du rapport qui lie, pour une philosophie intégrale, la morale à la science. On peut bien relever l'inlluence de son caractère sur certains traits tout à fait saillants de sa doctrine, on peut bien dire que la façon dont lobligation morale se présentait à lui a du déterminer la façon dont il a défini l'obhgation morale en elle-même et

1 . Em. Boiitroux, Rôle de la Dialectique transcendanlale, dans les Leçons de la Sorbonne, publiées par la Revue des Cours et Conférences, \^ année (1895-96), 1"" série, p. 632-633.

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pour tous. iVIais sans rappeler une lois de plus à quelle discipline Kant s'est toujours elTorcé de soumettre ses vues spontanées, il n'est pas du tout sur que certaines tendances personnelles très fortes ne soient que des maîtresses d'illusion, qu'elles n'évoquent pas heureusement, pour la recherche intellectuelle, des objets jusqu'alors négligés ou non aperçus. Que la profondeur du sentiment moral chez Kant l'ait entraîné à vouloir découvrir ce qui appartient en propre à la vie morale, sans mélange et sans altération, puis à faire valoir directement pour l'action pratique cet esprit d'universalité dont la métaphysique antérieure avait si puissamment révélé la valeur souveraine, au bénéfice de l'inteUi'^ence: cela est vrai sans aucun dc^ute : mais ce qui est peut-être vrai aussi, c'estqu'à étudier la morahté telle quelle dans la conscience comnmne, qu'à la définir, non plus selon l'ordre transcendunt des choses, mais selon l'ordre mimanent de l'humanité, la pensée s'est rapprochée davantage des conditions d'une analyse et d'une synthèse scientifiques. Il n'est pas jusqu'au rigorisme de Kant cpii n'ait suscité en lui un désir d'épuration intellectuelle et de critique, un besoin de prévenir, parallèlement à la confusion des mobiles de l'activité, la confusion des idées et des méthodes '. Enfin si la personnalité de kant s'est projetée dans sa doctrine morale, ce n'a pas été par une force d'expansion immédiate, ni aveugle ; le temps inémequ'il lui a fallu , dans ce cas, pour se reconnaître tout entière, a contribué à la mettre sous la dépendance d'habitudes d'esprit sévèrement méthodiques : car c'est un fait remarquable, qu'elle a imposé sur des problèmes tout spéculatifs, avant de la manifester sur les problèmes moraux, sa puissance propre de critique et de rénovation. Kant tentait une «^énérahsation hardie de la science newtonienne, il saisissait vivement, en essayant de la résoudre, l'opposition de la science newtonienne et de la métaphysique leibmzienne, tandis que, sur les sujets concernant les fins de l'action hu-

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