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y aurait porté riiomme. car alors il n'aurait pas été librement accompli, mais qu'il est né du péché, c'est-à-dire de la transgression de la loi morale conçue comme précepte divin. Avant le péché, l'homme était dans un état d'innocence ; créature aflectée d'inclinations sensibles, il ne pouvait recevoir la loi morale que comme une défense. Au lieu de suivre exactement cette loi en la considérant comme un mobile sulïisant par lui-même, il s'est cherché d'autres mobiles (pii ne pouvaient être bons que conditionnellement et sous l'autorité de la loi même, et c'est par eux qu'il a prétendu se déterminer pour accomplir le devoir, non par l'idée du devoir même. Tl a donc commencé par mettre en doute la rigueur du commandement moral, 11 a fait de l'obéissance à ce commandement un simple moyen au service du principe de 1 amour de soi, et par cette prépondérance des impulsions sensibles sur la loi dans la maxime de sa volonté, Il a consommé le péché. Mufalo noinine de te Jabula narraliir. C'est là ce (pie nous faisons tous les jours : voilà pounpioi il est dit (pie nous avons tous péché en Adam. Ainsi l'Ecriture nous dévoile la nature et l'origine véritables du mal : elle slgnllie clairement que la méchanceté innée en nous a pour principe le péché, (jue l'acte par lequel le [)éché fut accompli est antérieur à notre naissance; elle le rapporte au premier homme, en figurant sous la forme du temps cette antériorité essentielle qui est toute de raison, tout actuelle ; elle mar(]ue ce qu'il y a d'incompréhensible dans celte origine du mal en présentant le mal comme s'étaiil produit au commencement du monde, non dans riiomnie, mais dans un esprit surhumain déchu de sa destination première, et qui fut le Tentateur. — Est-ce là ce (|ue l'Ecriture hislornpiement a aouIu dlre.^ Au point de vue où nous sommes placés, la question est indifférente : il sulllt que nous puissions adaptera la lettre du récit biblique cette interprétation, conforme aux intérêts moraux".
i. \ 1, p. i33-i38. — On peut comparer cette interprétation du récit
Ainsi l'homme est radicalement mauvais : peul-il devenir bon et comment le peut-il? Ou'il puisse devenir bon, la loi morale le prouve en l'exigeant aclueliement '. Il doit pouvoir rétablir dans sa force la disposition piinn'tive au bien : et cVst parce que ce rétablissement sera l'œuvre de sa volonté (pi'il aura un caractère moral, lion ou mauvais, riiomme ne doit qu'à son libre arbitre d'être ce qu'il est. Pour être bon, il n'eut pas du se contenter à l'origine de laisser agir d'elle-même sa disposition au bien; iUùt du recevoir dans sa maxime les mobiles qu'elle contient. Etant mauvais, il doit pouvoir se refaire bon. Mais comment peut-il détruire en lui le mal et inaugurer en lui le bien.» Comment l'arbre mauvais peut-il porter de bons fruits?
Parce que ce passage du mal au bien nous reste incomprébensible. ce n'est pas une raison d'eu nier la possibilité : est-ce que la cliule ne nous est pas incompréliensible, elle aussi? Sans doute pour que cette restauration obligatoire soit possible, il faut (pi'un germe du bien ait subsisté en nous hors de l'atteinte et de la corruption du mal: mais nous savons que le mal engendré par nous, s'il est un mal radical, n'est pas un mal absolu ; il est le renversement de l'ordre véritable des mobiles par la subordination de la loi morale à l'amour de soi; par suite il n'est pas la destruction de la loi. L'existence du mal lui-même suppose la permanence en nous du mobile moral; nous n'avoiLs donc pas à
biblicjuc avec celle que Kant avait déjà donnée dans ses Conjectun's sur le commencement de l'histoire de r/tumanité (\ . plus liant, p '^oi-ocp)dans les deux cas l'origine du mal est rapportée, non pas seulement àM'im'perfeclion de notre être, mais à une action positive de notre raison ; seulement dans le premier cas le mal n'était con.;u que conmie relatif, que comme inhérent a la vie artificielle créée par la raison dans sa [.rétention à satisfaire nos besoins et à d.-velopper nos facultés hors des limites de nos inslinctMiaturels • le mal était le commencement de l'histoire et devait à travers les soullVances et les luttes des individus tourner finalement au bien de l'cspiVe ; ici lo mal est pleinement tel, en ce qu'il ne peut pas de lui-même aller au bien et qu'il exi^^e pour être vaincu un acte nouveau de liberté ; il résulte, non pas seulement de ce que la raison en général, mais de ce que la raison moralement législative s est subordonnée à la sensibilité.
le faire revenir on ne sait d'où : nous avons seulement à le rétablir dans sa pureté absolue, et c'est là la conversion.
La conversion n'est pas uniquement, comme beaucoup l'imaginent, une réforme progressive par laquelle l'iiomme se ralïcrmit de plus en plus dans la résolution d'accomplir des actes matériellement d'accord avec le devoir et se fait de riiabitude de ce ferme dessein une vertu ; car sa conduite ainsi envisagée n'a qu'une valeur légale et ne concerne que son caractère empirique. On peut changer ses mœurs sans changer son cœur. L'intempérant peut s'imposer la modération par souci de sa santé, le menteur la sincérité par souci de sa réputation, le malhonnête homme la loyauté bourgeoise par souci de son repos ou de son intérêt. Mais c'est le principe du bonheur qui règle ces modifications dans les façons de faire. Voir là un changement moral, c'est une déplorable erreur, malheureusement très répandue, et dont sont complices les systèmes d'éducation en vigueur. En réalité, pour être moralement bon, il faut être vertueux dans le caractère intelligible même. Donc la conversion du mal au bien ne peut être une améhoration graduelle ; ce doit être une révolution s'opérant au fond de l'intention humaine ; c'est un homme nouveau qu'il faut foire sur^^ir par une sorte de régénération ou de création nouvelle". Làdessus Kant reconnaît ailleurs que les piétisles ont bien posé le problème'. Pour nous délivrer du mal radical il fout une rénovation radicale. Or cette rénovation radicale, la doctrine kantienne de la liberté la rend possible, en ce qu'elle s'appuie sur l'idée d'une causalité inconditionnée et qu'elle rejette celle d'une spontanéité se développant graduellement entre les contraires; elle s'affranchit toutefois ici de la conception antérieure qui, dans la philosophie de Kant, faisait de l'immutabihté de la chose en soi une propriété de l'action libre '.