Cf. Der Streit der Facultàten, VII, p. 38o
faire état des miracles ni dans la pratique de la vie, ni dans l'usage de la raison, alors même que l'on n'a pas à en nier la possibilité, ni la réalité. C'est-à-dire que l'honmie qui reconnaît comme son devoir de travaillera son amélioration morale, ne doit pas Taire entrer la foi aux miracles dans sa maxime, et qu'il doit toujours se comporter comme si tout changement d'intention et tout progrès dans la conduite ne provenaient que de lui seul'.
L'homme de bonne volonté lutte pour être délivré de la domination du mauvais principe, et il lient cette délivrance pour le plus grand bien qu'il puisse se promettre. Cependant il n'en reste pas moins exposé à de perpétuelles tentations, dont la cause principale est le contact avec ses semblables. Ce n'est pas qu'il reçoive nécessairement d'eux de fâcheux exemples : mais c'est assez qu'il vive en communauté avec eux pour cpie naissent et se développent en lui des passions telles que l'envie, la soif des honneurs et des richesses, auxquelles sa simple et primitive nature serait restée étrangère. Kant retrouve encore ici, au point de départ de ses considérations, la pensée de Rousseau. Quel moyen donc employer pour assurer le trionq^he du bon principe sur le mauvais? Il n'y en a qu'un, autant que nous en puissions juger, et il consiste dans la fondation d'une société morale régie par les seules lois de la vertu, n'ayant d'autre fin que l'avènement de la vertu, et qui devrait s'étendre de façon à comprendre tout le genre humain. L'union organisée des bonnes volontés : telle est l'idée que la raison législatrice nous représente comme nécessaire, en dehors des devoirs qu'elle prescrit à chacun de
I . M, p. 180-185. — Cf. Polilz, KanVs Vorlesungen iiber die Metaplnsik^ p. 118 sqq. ; Vorlpsungen liber die pliilosophische Religionslehre, 2^ éd., p. 906-207. — Reicke, /.ose lilatter, B 5, I, p. 96-97 ; E 43, II, p. 166, p. 168; G l'i, III, p. 47- — Heinze, Vorlesungen Kants ûber Metaphysiky p. 1 43-1 48 [6a3-628J. — kant, Ueber Wunder, IV, p. 5oo-5o2.
nous, pour triompher des attaques incessantes du mauvais principe.
Une association des hommes sous les seules lois de la vertu, quand ces lois sont publiques, peut s'appeler, par opposition à la société juridico-civile, une société éthicocivile ou encore une république morale. La république morale peut parfaitement se fonder dans une société juridique existante et comprendre les mêmes membres qu'elle ; à vrai dire elle ne peut même se constituer que si cette autre société existe déjà. jVIais quelques rapports qu'il y ait par Ta et quelques analogies que l'on découvre entre ces deux formes de société, la république morale n'en a pas moins, avec sa fin propre, ce caractère propre, que les lois publiques par lesquelles elle s'étabht ne peuvent être des lois contraignantes. Par rapporta elle comme par rapport à la société politique il y a un état de nature, dans lequel chacun se donne à lui-même sa loi, reste son propre juge et ne reconnaît aucune autorité qui lui soit commune à lui et à ses semblables. Or les citoyens d'une société politique organisée peuvent parfaitement être, au point de vue moral, dans l'état de nature et ont pleinement le droit d'y rester ; les forcer d'entrer dans une république morale qui, comme telle, exclut précisément la contrainte, ce serait contradiction. Que les pouvoirs pohtiques souhaitent de voir s'établir selon les lois de la vertu un gouvernement spirituel pour bien disposer les, cœurs dont ils ne sont pas les maîtres, cela se comprend : mais malheur au législateur (jui voudrait réahser par la force une constitution ayant pour objet des fins morales î De son coté, le citoyen qui consent à entrer dans une république morale n'a pas d'ordre à recevoir des pouvoirs politiques sur la façon d'en régler le fonctionnement : il ne doit respecter que cette condition, de ne rien faire à ce nouveau titre qui aille contre ses obligations civiques.
Mais de même que l'état de nature antérieur à la société juridique est un élat de guerre de tous contre tous,
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dont riioiiime doit sortir pour former la société juridique, de même 1 état de nature antérieur à la république morale est un état de faiblesse contre linvasion du mal et un étal de corruption de tous par tous, dont riiomme doit sortir pour former la république morale. C'est là un devoir d'un caractère particulier, non [)lus le devoir de riiomme envers l homme, mais le devoir du genre humain envers lui-même. Toute espèce d êtres raisonnables doit, selon la raison, poursuivre le bien su[)rcme (jui est commun à tous. Mais comme le bien moral su[)irme ne peut être réalisé par 1 elïbrt de la personne travaillant isolée à son perfectionnement, comme il exige une union des personnes organisées en un Tout pour la poursuite des mêmes fins, il y a là une idée dilVérenle des lois morales ordinaires : les lois morales ne concernent (jue ce ([ui est en notre pouvoir, et nous ne savons pas. nous, comment et dans (|uelle mesure nous pouvons agir sur ce Tout. Aussi ce devoir nouveau implique une autre idée, celle d'un Etre moral supérieur qui ait tout disposé pour faire concourir à un elTet commun les forces, insufïîsantes en soi, des individus.
Tel est donc le concept d'une république morale : en principe elle doit comprendre tous les hommes. Les associations partielles qui se sont instituées dans cette intention sont loin de la réaliser : elles n en sont que des expressions bornées ou des réductions. Elles ont, par rapport à l idéal qu'elles poursunent. le défaut de laisser subsister entre elles un état de nature, analogue à celui qui subsiste entre les nations en l'absence d un droit des gens.
La république morale ne peut recevoir sa législation des membres qui la composent, à la façon des sociétés politiques où la volonté générale établit les lois qui sont au besoin sanctionnées pai' la force. Ici. en elFel. il s'agit, non pas de la légalité des actions, mais de leur moralité. Or la législation de la moralité ne peut consister en statuts extérieurs : elle ne peut consister que dans les devoirs mêmes représentés comme commandements di\ins. Dieu qui nous
commande de la sorte a en même temps la faculté de sonder les cœurs afin de traiter chacun selon son mérite. L'idée d'une république morale, c'est donc l'idée d'un peuple de Dieu". Cette idée subhme, impossible à réahser pleinement, se rapetisse dans les mains de l'homme qui en soumet 1 accomplissement aux conditions de sa nature sensible. C'est de Dieu, non de riiomme. qu'il faudrait en attendre l'exécution. Mais comme l'homme ne doit pas rester inactif, il doit faire comme si la tache était en son pouvoir, avec l'espérance, que la suprême sagesse couronnera son effort. Le vœu de tous les hommes d'intention droite est : Que le règne de Dieu arrive. Que sa volonté soit faite sur la terre. Mais quelle disposition prendre pour que ce vœu soit exaucé:^ Une république morale sous des lois divines est une Eghse qui, dans sa conception pure, n'est pas objet d expérience, qui est donc l'Éghse invisible, modèle de 1 Eghse visible. L'Éghse visible est la société effective des hommes en vue de faire arriver sur la terre autant que possible le règne de Dieu. Les caractères auxquels on peut la reconnaître pour véritable sont les suivants : i" l'universalité : c'est-à-dire que si elle est divisée en des confessions différentes, elle doit pourtant être instituée d'après des principes tels qu'elle puisse les accorder universellement dans une Eglise unique ; 2« la pureté ; c'est-à-dire qu'elle ne doit admettre d'autres mobiles à son existence que des mobiles moraux exempts de toute superstition et de toute exaltation imaginative ; 3« la hberté : c'est-à-dire qu'indépendante en elle-même à l'égard des pouvoirs politiques, elle ne subordonne pas à une hiérarchie les relations intimes des membres de l'Eglise, pas plus qu'elle ne les laisse se rompre par l'iUuminisme des inspirations individuelles : ^" l'immutabilité dans sa constitution : c'est-à-dire que si elle ne doit pas s'opposer aux changements exigés par les circonstances, et qui, du reste, ne portent que sur