VI, {) 198-yoo
l'homme, en tant qu'il est membre d'un Etat divin sur la terre et qu'il doit coopérer à l'existence de cet Etat, qui est une Eglise, la question de savoir comment Dieu peut dans une Eglise être honoré ne saurait être résolue par la seule raison : elle ne peut l'être que par une législation statutaire dépendant d'une révélation. En effet, la société morale des hommes qu'anime une même foi implique un système public de devoirs ainsi qu'un genre d'organisation en eux-mêmes trop contingents pour avoir l'autorité nécessaire s'ils ne se présentent pas comme prescrits par un statut divin positif. Ce n'est point qu'il y ait lieu de considérer la détermination de la forme de l'Eglise comme l'œuvre de la volonté de Dieu, car tout effort pour l'améliorer semblerait alors inulile et même sacrilège. Mais d'un autre côté il y aurait témérité à prétendre que l'organisation d'une Eglise qui se trouve dans le plus grand accord avec les exigences de la Religion morale n'a pu être le résultat d'une institution divine spéciale. Cependant la tendance des hommes est toujours de subordonner dans l'Eglise l'élément moral a l'élément statutaire : et de fait, la foi dans les prescriptions liées à la forme de l'Eglise a toujours précédé la foi rehgieuse pure ; les temples, c'est-à-dire les édifices consacrés au culte, ont précédé les éghses, c'est-à-dire les lieux où l'on se réunit pour s'instruire et pour vivifier ses intentions morales ; les prêtres, c'est-à-dire les ministres des pieuses pratiques, ont précédé les ecclésiastiques, c'est-àdire les docteurs de la Religion morale ; et c'est encore suivant cet ordre que la plupart établissent la hiérarchie des éléments de leur foi '.
Cette nécessité, naturelle à l'homme, de rattacher l'existence de l'Éghse à des statuts positifs est ce qui engendre la diversité des confessions rehgieuses. On dit qu'il y a diverses religions : expression singulièrement impropre, car il n'y a qu'une Religion, s'il y a diverses espèces de