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r.\ RELIGION! D\NS LES LIMITES DE LA SIMPLE RAISON 6^17
sont comme des décisions par lesquelles se fixe tel ou tel point de doctrine ; il a la puissance de sauvegarder à travers toutes les crises politiques et toutes les révolutions la foi (jui est fondée en lui. Quel bonheur c'est, quand un tel Livre, venu aux mains des hommes, se trouve renfermer, à côté de statuts positifs, la doctrine religieuse la plus purement morale dans toute sa plénitude, et les met ensemble le plus complètement d'accord. Certes, en raison de la fin qu'il permet ainsi d'atteindre, en raison delà difficulté qu'il yak expliquer par des lois naturelles l'immense lumière qu'il a projetée sur l'espèce humaine, on peut dire qu'il mérite d'être tenu pour révélé ' .
Cependant qui interprétera le Livre et comment Tinterprétera-t-on .^ On ne saurait s'en remettre pour cela au sentiment de chacun, car ce sentiment est de nature trop individuelle pour être la pierre de touche de la vérité. La seule façon de concilier la foi historique et empirique que le hasard a faite nôtre avec les principes de la foi morale, c'est d'interpréter la révélation qui nous est donnée dans un sens conforme à ce que doit être la Religion selon la raison pra-
I. VI, p. 9o4-2o5. — Quels sont, se demande Kant dans le Conflit des Facultés, les titres de créance de la Bible ? Ils ne peuvent être dans le fait, que l'auteur déclare avoir entendu la voix de Dieu, car comment par les sens décider que la voix que l'on entend est la voix divine ? Ils ne peuvent être non plus établis par des récits et des témoignages, qui auraient besoin d'être confirmés à leur tour, et qui ne pourraient jamais l'être positivement. Ils ne peuvent être tirés de l'inspiration reconnue à l'auteur, car l'auteur était un homme, sujet à se tromper; et en outre ce caractère d'inspiration, en s'étendant dès lors également à toutes les parties du livre, ne pourrait manquer d'en affaiblir l'autorité. Ils ne peuvent résulter que de l'intluence exercée par le livre sur la moralité de ceux qui le lisent ou plutôt qui en suivent la direction. C'est par là que la Bible mérite d'être conservée, non seulement comme organe de la pure Religion de la raison, mais encore comme testament d'une doctrine statutaire destinée à servir de guide pendant des siècles, quelque diminution que subissent au point de vue théorique les arguments qui ont trait à son origine et à sa nature historiques. La divinité de son contenu moral rachète suffisamment pour la raison l'humanité de >on récit historique. Il en est d'elle à cet égard comme d'un vieux parchemin, illisible çà et là, que l'on réussit à comprendre au moyen d'accommodations et de conjectures en accord avec l'ensemble. On est donc autorisé à conclure que la Bible doit être traitée comme si elle était une révélation divine, qu'elle doit être pieusement gardée, moralement utilisée, mise au service de la Religion pour aider à la répandre. — A II, p. 378-882.
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LA PHirOSOPniE PRXTIQIE DE K W'T
tique. Il se peut que cette inlerprétation du texte paraisse souvent forcée et le soit en elïct : mais dès qu'elle est seulement possible, elle est préierable h une inlerprétation littérale qui ne serait en rien favorable à la moralité ou même Ipii lui serait contraire. Cette manière d'en user avec les livres sacrés n'est pas d'ailleurs nouvelle ; cliez les Grecs et les Romains, les pbilosoplies et les moralistes surent trouver dans les légendes du polythéisme et les récits de la mythologie l'indication voilée d'une morale plus pure ; pareil procédé a été api)liqué au Véda et au Coran : le Judaïsme d'une époque plus récente et lé Christianisme môme reposent en partie sur des interprétations forcées, mais orientées vers l'idée de croyances valables pour tous les hommes. Ce genre d'explication n'a rien de déloyal, car il ne prétend pas reproduire ce que les textes et les récils avaient en quelque sorte primitivement Tintention de signifier ; il développe seulement une certaine possibilité de les comprendre, en accord avec ce qu'exige l'amélioration morale de l'humanité '. C'est dans cet esprit de perfectionnement qu'il
I. V. plus haut, p. (bS. — Dans le Conflit des Facultés Kanl pose 4 principes phijosopliiques de rintcrprétation de rÉcriture : i" les passages contenant des doctrines théoriques qui dépassent tout concept de la raison, même tout concept moral, peuvent être interprétés dans le sens de la moralité : doivent rélr*- les passages contenant des propositions qui sont en désaccord avec la raison |>rati(iue; 2° la loi à dos doctrines révélées ne peut être considérée ni comme un dooir ni comme un mérite, car d'abord la foi en principe ne comj)orle pas d'impératif, et tonte foi qui ne se rapporte pas et ne se subordonne pas aux conditions de la vie morale ne peut être un élément essentiel de la lieligion ; 3" l'action de l'homme doit être regardée comme résultant de l'usage de ses forces morales propres, non de l'inlluence d'une Cause opérant du dehors et d'en haut; tout passage de l'Ecriture qui contredit radicalement cette règle doit être interprété dans le sens d'une attribution aux facultés humaines de ce qui était rapporté à la puissance divine ; 4" lorsque l'action propre de l'homme ne le justifie pas pleinement «levant sa conscience, la raison est autorisée à supposer qu'une assistance surnaturelle s'v ajotitera, sans chercher à déterminer en <|uoi elle réside et comment elle opère.*— \ II, p. 356-30 1. — Cette méthode d'interprétation, ajoute plus loin Kant, n'est ni le procédé allégorique, ni lo procédé mvslique : c'est faute d'elle, au contraire, qu'on use des explications allégoriques pour ne pas être obligé, en prenant à la lettre les récits de l'Ancien Testament, de croire que la véritable Religion était déjà là tout entière : on v voit alors à tout prix des représentations symboliques de ce que sera la Religioi à venir. De même, c'est lorsque rinterprélation de l'Ècrilure n'est pa
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faut, au point de vue religieux, lire l'Ecriture ; l'élément historique, dès qu'il ne concourt pas h cette fin, a quelque chose de pleinement indilTérent, que l'on peut traiter comme bon semble.
A cette façon d'interpréter l'Ecriture s'en ajoute une autre, mais qui lui est subordonnée : c'est la science proprement dite des livres saints. Comme il n'y a pas d'art humain, ni de sagesse humaine qui permette de monter jusqu'au ciel pour vérifier si le premier docteur a été dûment accrédité dans sa mission, il faut rassurer ceux qui trouvent dans une révélation de quoi confirmer leur foi morale, leur montrer comment les ouvrages dans lesquels cette révélation a été consignée méritent historiquement créance, comment par suite l'origine historique de l'Eglise fondée sur le livre saint n'a rien en elle qui empêche de rattacher cette Église à une révélation divine. 11 faut d'ailleurs encore que le sens littéral de l'Ecriture puisse être déterminé par ceux qui sont incapables de la lire dans le texte. D'où un rôle indispensable que rempHssent des savants, qui peuvent, eux, en même temps que la lire et l'éclaircir, en établir aussi, grâce à leurs connaissances historiques et criticjues, par l'état moral et social de l'époque, la signification immédiate.
Ainsi la Religion de la raison et la critique biblique fournissent les seules interprétations admissibles de l'Ecriture, l'une qui est l'interprétation essentielle, l'interprétation authentique, l'autre qui est l'interprétation accessoire, l'interprétation doctrinale '. Il va sans dire que cette double exégèse doit être entièrement libre : l'État doit se contenter de veiller à ce qu'il ne manque pas d'hommes vertueux et instruits pour la poursuivre. Et ceux-ci, grâce à cette hberté, et sous l'inlluence du jugement pubhc, seront de plus en plus obh-
réglce par les concepts définis de la raison pratique quelle est livrée à la fantaisie arbitraire des mvstiques et des ilhuiiinés. — Vil, p. 362-363.
I. V. plus haut, p. ()o6-6o7. —Cf. Der Stveit dcr FacuUàten, VII, p. 365, p. 383-384.
r\ PHILOSOPHIE PRVTIOIE DE K \>T
gés de développer leur interprétation dans le sens moral : ce qui atténuera rineonvénient que présente toute foi historique de n'être trop souvent qu'une foi aux théologiens et à leurs façons de voir '.
De la sorte apparaît plus clairement la fonction que doit remplir une Église existante. Reposant sur une foi historique, elle ne saurait prétendre à Tuniversahté et à la nécessité de la véritable Église, de celle qui est pleinement conforme à l'idée de la pure Religion delà raison: elle doit envelopper la conscience de sa particularité et de sa contingence. Toutefois si, alTectant la Religion pure comme moyen et comme véhicule, elle reconnaît qu'elle n'est en ellet ([ue moyen et cjue véhicule, si elle admet en elle un principe de développement c[ui la dégage de plus en plus de ses formes extérieures pour la rapprocher toujours davantage de cette Religion, elle mérite d'être appelée la vraie: sans doute, comme elle ne peut dès maintenant supprimer les coidlits entre les diverses doctrines de foi historique, elle est encore militaidc, mais avec la perspective d'être un jour l'Eglise immuable et universelle où tous auront place, l'Eglise triomphante.
Cependant une dilTîculté, ou même une contradiction su^rgit, qui paraît mettre aux prises la foi réglée par l'Eglise et la foi delà raison. La foi sanctifiante comprend en eflet deux croyances : la première, c'est la croyance à une satisfiiction donnée par delà notre pouvoir propre pour que nos pécbés antérieurs nous soient remis : la seconde, c est la croyance à la possibilité de devenir par notre conduite personnelle agréables à Dieu. De ces deux croyances, au reste étroitement unies, laquelle conditionne l'autre.^ Est-ce parce que nous nous croyons rachetés que nous nous considérons comme capables de nous bien conduire P Estce parce que nous avons foi dans reiïicacité de la bonne intention que nous comptons être rachetés '.^ 11 y a là, dit