‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 302 sur 345 · Cf. Der Streit der Facuitdten, VII, p · texte numérisé non relu

Cf. Der Streit der Facuitdten, VII, p

Kant, une remarquable antinomie de la raison avec ellemême. Cette antinomie ne peut être résolue ou du moins expliquée (jue tout autant que l'on s'est prononcé sur la (piestion de savoir si la foi historique, réglée par l'Eglise, doit toujours se surajouter, comme élément essentiel de la croyance sanctifiante, à la foi religieuse pure, ou si elle n'est qu'un moyen d'action provisoire destiné finalement à se résoudre en elle, quelque éloigné qu'en soit le jour. Examinons le premier cas. Supposons qu il y ait eu une satisfaction donnée pour les péchés des hommes : on conçoit que tout pécheur veuille se la rapporter, et puisqu'il ne s'agit que de croire à la rédemption pour être racheté, nul n'hésitera un moment. Mais comment un homme raisonnable qui a conscience de sa culpabilité pourra-l-il sérieusement admettre qu'il suffise d'accueillir docilement la nouvelle d'une rédemption accomplie en sa faveur pour en devenir le bénéficiaire et pour avoir le péché extirpé en lui radicalement? S'il avait une telle confiance, elle ne pourrait encore que lui venir du ciel toute gratuite, sans que sa raison y eût aucune part. La vérité est que l'annonce de la Rédemption ne peut, s il est sincère, lui faire désirer de s'en approprier les mérites qu'après qu'il s'en est rendu digne par sa conduite. — Examinons le second cas. Supposons un homme corrompu foncièrement ; comment pourra-t-il se croire en état de devenir jamais agréable à Dieu, quek|ue effort qu'il fasse, si dune part il a conscience de l'impossibilité où il est de réparer entièrement sa faute, si d'autre part il ne croit point ([u'il y ait une autre personne pour satisfaire à la justice dont il a éveillé en lui le sentiment, s'il n'est pas comme régénéré par cette croyance de façon à pouvoir entrer dans une vie nouvelle. — Nous n'avons aucun moyen d'aplanir ce contlit par une vue théorique des causes qui font que la liberté d'un homme se décide pour le bien ou pour le mal : car ceci dépasse le pouvoir de notre raison. Il n'est pas douteux non plus qu'au point de vue pratique nous ne devions partir de ce qui est notre devoir

et non pas de la ibl à ce (jue Dieu a fait en notre faveni . Cependant l'antinomie n'en paraît pas moins subsister : cai si I une des deux thèses fait de la gràee la condition de l;i bonne conduite, et ainsi ouvre la porte à la superslilion. l'autre thèse, en tenant la conduite exemplaire pour indiCféreule et même pour hostile à toute révélation, Tavoiise l'incrédulité naturaliste. Pour résoudn^ l antinomie, on du moins pour montrer (|u elle n est (pi'apparente, voici ce (ju'il est nécessaire et sullisanl de remarcjuer : La foi dans le fils de Dieu, par ([ui nc^us sommes rachetés, c'est la foi dans le modèle de l'himianilé agréable à Dieu : elle se rapporte elle-même à une idée de la raison, conçue non seulement comme la règle, mais encore comme le molûle de notre volonté : c'est donc tout un de prendre pour point de départ cette foi ratioimelle ou le principe de la bonne conduite. G est seulement la foi en ce modèle se réalisant sur la terre, autrement dit la foi empiii([ue ou historicjue en riIomme-Dieu, cpii ïi est pas identicjue avec le principe de la bonne conduite, toujours nécessairement rationnel. Toutefois l'apparition de riïomme-Dieu ne peut tirer sa preuve de l expérience ; elle ne peut être reconnue comme telle que par l'accord d'un exemple (|ue l'expérience fournit avec 1 idée rationnelle d'un modèle de l'humanité. La rédemption et la régénération ne sont donc j)as deux idées dilférentes au fond, mais une seule et même idée pratique, envisagée en deux sens dinérenls selon qu'on la rapporte à une origine divine ou qu'on en fixe le siège dans la conscience humaine. Si l'antinomie s évanouit ainsi dès qu'on reconnaît que la foi hisloiicjue n'est qu'un véhicule de la Religion pure, elle reste insoluble dès (pie l'on prétend faire dépendre le salut de la croyance à la réalité historique de l'Iïomme-Dieu. Cette idée de la justification par une foi indépendante de la régénération intérieure, par la simple observance du culte, aboutit à présenter la foi comme un don arbitraire de Dieu à cpudcpies privilégiés, a 11 a pitié de qui il veut ; il endurcit qui il veut. » Celte parole, quand

elle ne signifie pas seulement que la bonté ou la méchanceté de l'homme échappe en son origine à notre connaissance, est le sallo movlale de la raison humaine \

C'est au contraire une conséquence normale des dispositions de notre nature, que toute religion se dégage de ses formes empiri(pies, de ses statuts historiques, et se consomme dans la loi rationiielle pure. La lisière des traditions sacrées, à mesure que l'humanité grandit, devient inutile pour la conduite : maintenue au delà du temps nécessaire, elle devient une entrave et une servitude. L'humanité (( devenue homme » ne peut que déposer ce qui tient à l'enlance. Mais il ne faut pas attendre cette transformation d'une révolution extérieure ; car l'ordre nouveau que celte révolution produirait selon le hasard des circonstances, dans le tumulte et la violence, aurait immanquablement des vices qui se feraient douloureusement sentir pendant des siècles et qui ne pourraient être corrigés que par d'autres révolutions. Le progrès sers l'avènement de la Rehgion de l'esprit commence certainement et se continue régulièrement dès que les Éghses existantes, reconnaissant que c'est là leur lin, tendent davantage à tenir pour accessoires leurs praticjues propres et les formes de leur culte. A coup sûr, il ne faut pas compter quelles réalisent jamais pleinement cet idéal qui serait le triomphe de la véritable Aiif/ddrung, où l'unité de croyance dans l'Église se concilierait avec la pleine hberté dans la foi ; il en est d'elles comme des nations diverses, dont il est malaisé d'espérer qu'elles renonceront chacune à sa soif de domination pour s'unir par les hens d'une constitution juridique universelle. Cependant dès que rhumanité religieuse est en marche vers cet idéal, si éloiuné soit-il, il y a lieu de penser que toute amélioration ac(uiise trouve dans la disposition naturelle de l'homme au bien de ([uoi se soutenir et se propager, que l'union des

I. Contre la doctrine de la prédestination selon saint Paul, v. encore Dcr Streit der h'acultàtcn, MF, p. 358.

âmes et leurs communs efforts vers la perfection, loin de se laisser briser par les obstacles venus à certains moments de causes politiques et sociales, ne feront que croître en solidité et en énerorie '.

Présenter une histoire universelle de ce pro<nès serait iiaturellement impossible, si Ion entendait parla le progrès du pur esprit religieux; car le [)ur esprit religieux n'est pas un état public, et chacun isolément peut prendre conscience des progrès qu'il > fah. Mais il en est autrement de la croyance adhérente à une Église, qui. elle, se transforme publi(|uement. et dont les transformations se peuvent apprécier par jeur rapport à la foi religieuse de la raisoii. A cet égard l'Église visible véritable dalle du moment où la croyance positive reconnaît (|u'elle dépend de la croyance rationnelle et qu'elle doit s'en approcher toujours davantage. Aussi ne peut-on pas faire rentrer le judaïsme dans riiistoire de la véritable Église: le judaïsme n'est point en effet proprement une religion: il réclame simplement l'observation extérieure de ses dix commandements sans exiger, comme le fait le Christianisme, l'intention morale: il professe que chacun reçoit sur cette terre, soit en luimême, soit dans sa postérité, le prix de ses œuvres : ce qui est une règle de prudence politicpie, non une maxime de justice : il n'enseigne point la croyance à l'immortalité : il se borne à la laisser apparaître par les mêmes causes qui l'ont fait se produire chez d'autres peuples, même chez les plus grossiers. Loin d'être un moment de l'Église universelle, il a exclu le genre humain de toute comnmnautéavec lui. tenant (pi'il ne pouvait y avoir qu'un peuple élu. Quant au monothéisme dont on lui fait honneur, outre qu'ail se retnmve sous la mythologie de la plupart des peuples, il ne prêt^e ici à Dieu qu'une autorité législali\e extérieure, et par là il est inférieur à certaines variétés du polythéisme qui au moins laissaient pénétrer dans la Divinité des altri-

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