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LES PREMIÈRES CONCEPTIONS MORALES DE KANT

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Les écrits de Kant antérieurs à 1760 ne révèlent chez lui aucune préoccupation méthodique des problèmes moraux ; ils ne touchent à ces problèmes qu'indirectement, et selon leur rapport, soit à une conception scientifique, soit à une interprétation métaphysique ou religieuse de l'ensemble des choses ; ils ne témoignent à coup sûr d'aucun progrès accompli par la pensée abstraite et doctrinale dans cet ordre plus spécial d'idées. Ils ne sont le plus souvent instructifs que par le contraste qu'ils présentent avec les œuvres ultérieures. Çà et là cependant ils esquissent certaines attitudes d'esprit qui plus tard seront dessinées plus délibérément. Ce qui relève alors d'une inspiration plus indépendante et plus large ne consiste guère qu'en pressentiments poétiques et qu'en divinations. C'est ainsi que dans V Histoire universelle de la Nature et théorie du CieV le vigoureux élan intellectuel qui entraîne Kant à pousser jusqu'aux dernières limites possibles l'explication scientifique de la nature, imprime par contre-coup un mouvement à son imagination et aboutit ainsi à des rêves de mondes merveilleux pour nos destinées ultra-terrestres. Ce qui relie l'une à l'autre l'invention positive et la libre vision, c'est ce sentiment profond de

I. Allgemeine Naturgeschichte itnd Théorie des Ilimmels, 1755.

rinliriité de l'univers, qui lait redire à Kant le vers du « plus sublime des poètes allemands », de Haller :

inendlichkeil ! wer missel dich * ?

Embrassé par une science plus complète, le ciel étoile ne perd rien de sa puissance de fascination sur lame, et il y a comme un accord piovidcntiel de sa magnificence avec la sublimité des aspirations et des espérances humaines.

L'idée maîtresse du livre est que le monde a du se former en vertu des lois mêmes qui le conservent, et que le système newtonien, limité par son auteur à la constitution actuelle de l'univers, peut cl doit, par rexlension de ses principes propres, en e\pli(pici- les origines. Paru de là, kant expose une cosmogonie mécaniste qui maintes fois a été comparée, plus ou moins justement, à riiypothèsc de Laplace. Toutefois, alors même ([u'il reconnaît le plus expressément le droit de la science à rendre compte des premiers commencements des choses, il prétend que la croyance religieuse, respectable avant tout, doit être mise hors de toute atteinte". Pour résoudre 1 apparente antinomie qui pourrait résulter de cette double disposition d'esprit, il introduit une distinction importante dont sa philosophie ultérieure fera, sous une forme renouvelée par la Critique, un fréquent usage: c'est la distinction entre la causalité déterminable dans le temps, qui ne permet de remonter qu'à un état relativement premier du monde, et la cause absolument première, indépendante du temps, raison déterminante de toute la suite régulière des choses. Ainsi il est possible de maintenir l'action divine comme fondement de 1 univers mécaniquement expliqué. L obligation méthodifjue de poursuivre jusqu'au bout la détermination des forces mathématicjuement calculables, d'exclure en conséquence toute intervention de Dieu que Ion voudrait

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