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V. Anthropologie in pragmatischer Hinsicht, Nil, p

Delbos. 46

LA PIIII.OSOPHIE PRATIQUE DE KA?iT

LA DOCTRINE DE LA VERTU

d'après laquelle l'espèce humaine est naturellement destinée à s'améliorer sans cesse: c'est la conception que kant appelle (( eudémoniste » ; la troisième, d'après laquelle l'humanité n'avance que pour reculer d'autant et ahoutit donc en lait à piétiner sur [)lace : c'est la conception que Kant appelle 1' « ahdérilisme ». Ces trois conceptions ne peuvent telles ([uelles se soutenir. Si Thumanité allait de mal en pire, il y aurait un moment où elle s'anéantirait elle-même. Si l'humanité allait s'améhorant toujours, il faudrait qu'elle put diminuer à l'inllni la quantité de mal et accroître à linhni la (|uantité de hien qui est dans ses dispositions naturelles. Si enhn l'humanité ne pouvait qu'accomplir un mouvement de va-et-vient, elle serait en dehors de la raison qui réclame d'elle des démarches décisives vers un hut et non une représentation hurlesipie de la lahlc du rocher de Sisyphe. La vérité est que ces trois conceptions sont invérihahles par l'expérience prise dans son ensemhle, puisque les actes des volontés humaines peuvent démentir les prévisions qu'elles énoncent. Mais la vérité est aussi que la raison, exigeant prati(iuement le progrès de l'espèce humaine, doit rechercher si elle ne trouverait pas un fait par lequel la réalité et la nature morale de ce procurés se manifestent. Y a-t-il donc un lait de l'histoire qui témoigne ([ue dans l'humanité l'idée du droit peut l'emporter sur la force des préjugés, sur la résistance des inclinations égoïstes? Ce lait existe maintenant. (( La Uévolutioii d'un peuple aux riches facultés spirituelles, cette Révolution que nous voyons s'accomplir de nos jours sous nos yeux, peut réussir (m échouer: elle peut avoir accumulé des misères et des forfaits à tel point cpi'un liomme raisonnal)le. même avec l'espoir de conduire à hien une seconde entreprise de ce genre, ne pourrait |)Oiiitant se résoudre à tenter l'expérience à pareil prix : et cependant cette Uévolution. dis-je. é\eille dans les aines de tous les spectateurs (de ceux-là même qui se trou\ent à l'écart de la scène) une sympdihic dans les \(pu\. ([ui conline à 1 en-

thousiasme*. » Or, cet enthousiasme désintéressé, et qui ne peut par suite se porter que sur ce qui est idéal et moral, n'est pas moins significatif (jue le fait qui le provoque ; il est suscité au fond par une douhle idée : la première, c'est qu'un peuple ne doit jamais être empêché par des puissances étrangères de se donner la constitution civile qu'il juge honne : la seconde c'est que cette constitution, la constitution républicaine, est la seule (jui soit à la fois politiquement et moralement juste, celle qui éloigne le plus un peuple de l'idée d'une guerre offensive et qui favorise le mieux, au moins d'une façon négative, le progrès humain. Un tel phénomène dans l'histoire de l'humanité ne saurait s'oublier; il a découvert une faculté de tendre au mieux qu'aucun politique n'avait soupçonnée jusqu'à présent et qui seule est capable d'unir dans l'espèce humaine selon des principes juridiques internes la nature et la hberté. Qu'il y ait dans la suite des reculs et des réactions, peu importe : l'entreprise fut trop considérable et trop intimement liée aux plus grands intérêts de l'humanité, elle a eu trop d'influence dans le monde, pour quelle ne se représente pas à l'esprit dans des circonstances meilleures et pour qu'elle ne soit pas renouvelée. Voilà la prédiction que l'on peut faire sans être un voyant".

La Doctrifie du droit et la Docirine de la vertu ont un objet commun : les lois de la liberté. L'une et l'autre posent que la maxime de notre conduite doit pouvoir être érigée en loi universelle : seulement la Doctrine du droit ne considère que l'action extérieure, tandis que la Doctrine de la vertu considère le principe intérieur de la inavime de nos actions ; la Doctrine du droit ne s occupe que des conditions formelles de la liberté extérieure el laisse par suite

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