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r\ DOCTRINE DE LA VERTU
il est pleinement son maître. Kant reprend donc la formule par laquelle les Stoïciens exaltent la sagesse humaine : mais il n'admet point cependant, comme nous le savons, que la sagesse humaine puisse par elle seule se créer tout son objet et consommer sa perfection. 11 repousse non moins la conception chimérique et fanatique de la vertu cjui jonche de devoirs tous les pas de l'homme comme d'autant de chausses-
t râpes '.
H montre en outre qu'il y a dans l'homme des prédispositions (( esthétiques )) a être affecté par l'idée de devoir. Ces prédispositions ne sont certes pas des conditions objectives de la moralité, mais des conditions subjectives qui y portent riiomnic. Elles résultent de l'inlluence qu'exerce la loi morale sur l'àmc ; ce ne peut être un devoir de les posséder ; mais c'est parce (pi'on les possède qu'on est sensible à l'action du devoir. C'est d'abord le sentiment moral, ou la faculté d'éprouver du plaisir ou de la peine par la seule conscience de l'accord ou du désaccord de notre action avec la loi morale; c'est ensuite la conscience, ou la faculté de juger ce qu'on doit faire dans tous les cas où s'applique le devoir — et ce jugement par rapport à nous ne peut être erroné, — ainsi que de s'approuver ou de se condamner selon ce que l'on a fait; c'est encore l'amour des hommes conçu comme sentiment indépendant du devoir et comme penchant à nous fiiire pratiquer envers nos semblables la bienveillance que le devoir ordonne; c'est enfin le respect considéré comme hé à la représentation de la loi. Ces prédispositions sont en nous primitivement ; ce qui dépend de nous, c'est de les entretenir et de les fortifier \
Les devoirs dont doit traiter l'Éthique se divisent, selon les deux grandes fins morales, en devoirs de l'homme en-
I. Vil, p. i83, p. 198, p. 909-210, p. 2ii-2i3, p. 200. 3. VU, p. 202-20C.
-28 lA pinrosopiiir prvtiqie de kant
vers soi-inemo et devoirs de riiomme envers ses semblables. Quant à lafoiine systénialiciue (jue doit revêtir la doctrine, elle comprend une doclrine rlrnientairc (jui contient, à coté dchidor/mafiriiieles problèmes de casinsli(/((c\ et une tnct/iodolor/lc (jui se divise en (l'ulucluiuc et en asccllfjue '.
N*est-il pas singulier que ncnis ayons des devoirs envers nous-mêmes? Puisque c'est envers nous (pie nous sommes obligés et que par conséquent c'est nous-mêmes cpii nous obligeons, ne pouvons-nous pas nous délier à notre gré de notre obligation ? Qu'on y prenne garde toutefois. Comme il n'y a pas de devoirs, même envers les autres, où nous ne nous obligions nous-mêmes en vertu d'une loi émanée de notre raison, s'd n'y avait pas de devoirs envers nous, il n'y aurait pas de devoirs du tout. Pour résoudre la difficulté, il suffît d'invoquer la distinction de l'être sensible et de l'être intelligible en nous ; l'obligation envers nousmêmes, c'est l'obligation envers l'être intelligible, envers riiumanlté dans notre personne ".
Les devoirs envers nous-mêmes concernent soit notre nature pbysique, soit notre nature morale : ils sont en outre, soit négatifs, soit positifs, c'est-à-dire qu'ils nous interdisent ce qui est contraire à la perfection de notre double nature et (pi'ils nous ordonnent ce qui peut y contribuer; ils sont, dans le premier cas. des proliibitions et, à ce titre, des devoirs parfaits, dans le second cas, des ordres extensifs qui nous laissent parsuite une certaine latitude, et, à ce titre, des devoirs imparfaits \
La nature pbysique de l'iiomme comporte trois espèces de pencliants : le pencbaîit par lequel elle tend à sa propre conservation, le penebant par lequel elle tend à la conservation de lespèce, le penebant par lequel elle tend à user de ses forces et à jouir de cet usage. De là trois grandes sortes de devoirs, moins possibles à caractériser par eux-