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LA miLOSi^PIllK PUVTIQLE DE R4NT
posée comme absolue, hors de toute relation définie avec le sujet agissant', l'idée de perfection ne peut constituer cpi'un principe ibrmel à la façon du principe d'identité. Elle est une autre façon d'exprimer qu'il y a en général une obligation morale, mais elle ne peut spécifier les obligations réelles. De même que des principes formels de nos jugements en matière de connaissance théorique rien ne sort, quand les principes matériels ne sont pas donnés, de même de la règle énoncée ne découlera aucune nécessité d'agir particulière, s'il ne s'y ajoute des principes matériels indémontrables de la connaissance pratique'.
Mais d'où découleront alors ces derniers principes ^ Grâce à l'apparente détermination que l'on prétait dans tous les sens possibles à des concepts indéterminés, il a paru naturel d'identifier sous le nom de raison la faculté de connaître le vrai et la faculté de discerner le bien. Mais du moment
I On voit déih, dans l' Unifiuc fondement possible d'une démonstration de ^existence de Dieu, comment Kant, à l'cnconlre de l'école Icibnizicnne, incline à dépouiller le concept de perfection de son caractère onlolo-..,ue et absolu pour lui attribuer avant tout un caractère pratique et relatit. u Dans toute la suite des raisons (lue j ai rapportées jusqu'à présent et qui sont requises par ma démonstration, je n'ai jamais mentionné le terme de perfec ion. Le n'est pas qu'à mon sens toute réalité soit par cela seul l oqu.yalont de toute perfection, ou même que la plus gran.le harmonie en vue de 1 unito la constitue J'ai de sérieux motifs de m'écarter beaucoup de ce jugement, qui est celui de bien d'autres. Avant depuis longtemps institué d'attentives rcclierclies sur le concept de perfection en général ou en particulier, je me suis aper^'i que dans une connaissance plus exacte de ce concept, il se trouve enveloi^.e une infinité de choses, qui peuvent éclaircir la nature de notre esprit, notre propre sentiment, et même les concepts premiers de la philosophie pratique. — J ai reconnu que le terme de perfection a sans doute dans quelciues cas, en raison de l'incertitude de toute langue, à souIVrir des corruptions de son sens propre, assez L-randement éloignées de ce qu'il exprime, mais que dans la sigmhca ion que chacun considère principalement, même avec ces déviations il suppose touiours un rapport à un être qui connaît et (lui désire » H, p. i6S-i6i. - Uans V/ssai sur le concept des quantUés négatives, Kant combat également la tendance à identifier perfection et réalité : « C'est toujours une grande méprise (luand on considère la somme de réalité comme identique a la grandeur de perfection. Nous avons vu plus haut que la douleur est tout aussi positive que le plaisir ; mais qui donc l'ai.pellerait une perfection? » H, p. lOO. — Précédemment dans ses Considérations sur l'optimisme, Kant avait admis, conformément à la doctrine leibnizionne, l'équivalence des concepts de perlection et de réalité. Il, p. SS-Sq.
CRITIQIE DES COXCEPTS MORAUX
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que la faculté de discerner le bien n'est pas, au sens strict du mot, un savoir, ce n'est pas la raison qui la constitue, c'est le sentiment, a C'est de nos jours seulement qu'on a commencé à s'apercevoir que la faculté de représenter le vrai est la connaissance, qu'au contraire la faculté d'avoir conscience du bien est le sentiment, et que les deux ne doivent pas être confondues. De même qu'il y a des concepts indécomposables du vrai, c'est-à-dire de ce qui se rencontre dans les objets de la connaissance considérés en eux-mêmes, de même il y a aussi un sentiment indécomposable du bien (ce sentiment ne se trouve jamais dans une chose prise absolument, mais est toujours relatif à un être qui sent) ' . » Le concept du bien est complexe et obscur : le propre de l'entendement, c'est de l'analyser et de l'éclaicir, c'est-à-dire de le résoudre dans les sentiments irréductibles auxquels il emprunte son contenu. Toutes les fois qu'une action est représentée immédiatement comme bonne, sans qu'elle puisse être ramenée à quelque autre action qui en justifierait la valeur, la nécessité de cette action constitue un principe matériel de la moralité. 11 y a donc autant de principes matériels de la morahté qu'il y a de sentiments irréductibles. Le propre de ces principes matériels, c'est de pouvouêtre immédiatement subsumés sous la règle formelle et universelle de l'obligation ; mais il reste entendu que sans ces principes et avec cette seule règle rien ne pourrait être déterminé en morale : de telle sorte qu'en fin de compte c'est bien le sentiment qui nous fournit la révélation positive de nos devoirs".
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Le mérite d'avoir inauguré les études qui doivent mettre en lumière ce rê»le du sentiment revient, selon Kant, à Hutchesonetàquelquesaulrcs qui ontdcjà présentélà-dessus
LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE hAM'
de belles remarques '. Cette iiulication est complétée dans le Programme des leçons pour le semestre d hiver 1760-1 7GG ^ (( J'exposerai pour le moment la Philosophie praliqne générrde ci \d Théorie de la vertu, toutes deux d'après Raumgarten. Les Essais do Sliaftesbury, d'IIutcliesoii et de Ilume, qui, bien qu'incomplets et défectueux, ont cependant encore pénétré le plus avant dans la recliercbe des premiers principes de toute moralité, acquerront cette précision et cet aclièvement cpiileur manquent : et comme dans la doctrine de la vertu Je rapporte toujours liistoriqueinent et pliilosopliiquement ce qui se fait avant d'indiquer ce qui doit se faire, je rendrai claire ainsi la métliode d'après laquelle il faut étudier Tbomme, non pas seulement riiomme qui est dénaturé par la forme varial)le que lui imprime sa condition contingente, et qui comme tel est presque toujours méconnu même des pliilosoplies, mais la nature de l'bonune, qui reste toujours la même, et sa place propre dans la création, afin que l'on saclie quelle perfection lui convient dansVétat de simplicité sans culture, quelle autre dans l'état de simplicité selon la sagesse ; ce qui est au contraire la règle de sa conduite loixpie, francliissant ces deux sortes de limites, il tàclie d'atteindre le plus liant degré de l'excellence pbysique et de rexcellence morale, mais est plus ou moins éloigné de toutes les deux. Celte métliode pour la recliercbe morale est une belle découverte de notre temps, et, si on la considère dans toute l'étendue de son plan, entièrement inconnue des anciens * »
D'une façon générale, cette métliode consiste à analyser les concepts moraux pour les réduire à des éléments impliqués dans l'expérience interne. L'observation psycbologique est donc ici le plus précieux instrument de connaissance, kaiit en emprunte le modèle aux pliilosoplies anglais