‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 69 sur 345 · Kiino Fischer · texte numérisé non relu

Kiino Fischer

2. l\iehl en particulier sestéle\é contre 1 ojunion de Kuno risclier qi allribue à Kant une intention de pur persillage, qui dit que Kant a fait en riant d'une pierre deux coups. « Le rire dans cet écrit n'est pas le rire abandonné, le rire de simple moquerie, c'est un rire humoristique mêlé de sérieux. » Der philosophische Kriticismus, I, p. 239, note. V. Em. Boutroux : Les idées morales de Kant asaiit la Critique, Revue des Cours et Conférences, 9*^ année, 2^ série, p. G.

3. Dans V Introduction qu'il a mise en tête d'une réédition d'une partie de la Métaphysique publiée par Polilz, Cari du I^el s'est appliipié à montrer dans Kant un précurseur de la « mystique moderne », et il assigne comme objet à la mystique moderne « les domaines du magnétisme, de l'hypnotisme, du somnambulisme et du spiritisme », Immanuel Kants Vorlcsun<^en iiher Psychologie, p. xi. Cette thèse, contraire à l'esprit et à la lettre «lu Kantisme (v. en particulier le chajtilre m de la première partie des lié\'es) dénature, pour l'amplilier démesurément, l'influence réelle que Swedenborg a pu exercer sur Kant.

4. On ne saurait, je crois, objecter la lettre à Mendelssohn du 8 avril 17GO, dans laquelle Kant déclare qu'il ne faut considérer ses conceptions sur les e5|)rils que comme une fiction (fictio heuristica, hrpolhesis'), qu'il ne faut pas prendre au sérieux le rapprochement qu'il a fait entre l'attraction maté-

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aux philosophes de traiter toujours les choses sérieusement, eu\ fpiidans l'invenliou de leurs hypothèses, coninie vous le reuiarquez si hien, font l'essai des forces de leur esprit'. )) Des ses preuiières tentatives de spéculation, Kant a eu le goût très vif, qu'il a toujours (pielque peu gardé, des conjectures qui représentent sous une forme à demi fictive ou problématique ([uelqne tendance essentielle ou quelque pressentiment profond de la pensée. Rappelonsnous les brillantes et aventureuses imaginations qui terminent, comme par un mythe platonicien, la Théorie du Ciel, De même (pie le mythe inlervient souvent chez Platon par delà le savoir proprement dit pour en combler les lacunes, pour annoncer aux hommes, en un langage quils puissent saisir, une vérité probable ou impossible à juslifier scientifiquement", ainsi, pour Kant, il y a des vues de l'esprit qui ne sauraient se faire valoir comme connaissances et qui enveloppent cependant des idées vraies en un sens, — vraies par leur rapport à certains intérêts de l'ame. Et ces vues se produisent tout naturellement, comme il le semble aussi des mythes de IMaton, dans des discours à double entente,

rielle et rattraction morale (/irief\vechscL I, p. O9). Kant vent marquer surtout l'impossibililé de démontrer de pareilles conceptions, et la bien faire sentir à un pliiloso|)he liabitué à traiter dogmatiquement les idées. Son attitude paraît être celle (pi'il a définie plus tard dans le ciiapilre de la Critique de la liaison pure, intitulé Discipline de la liaison pure par rapport aux hypothèses, à propos d'hypothèses spéculatives, dont l'une précisément reproduit avec une entière fidélité la conception des Iiè\'es : ce sont, dit-il, des hypothèses qu'il est utile d'employer comme armes contre ceux qui nient tonte vérité hors du champ de l'expérience sensible ; si elles ne peuvent pas être démontrées, elles ne peuvent pas être contredites, et elles témoignent que la réalité empiricjuo est loin d'é|)uiser tout le possible, ÏII, p. 5i5-5i7.

1. « Neque enim philosophorum est rem serio semper agere, qui in fingendis hvpotliesibus, uti bene mones, ingeniisui vires ex[>crluntur ». Lettre à l^falT, 2 mai 171O. Acta eruditoruni de Leipzig, mars 1728, p. 12.5. — Cf. ce que dit Kant au début de ses Conjectures sur le commencement de l'histoire de l'humanité : « Les conjectures ne peuvent pas élever trop haut leurs prétentions à l'assentiment ; elles doivent s'annoncer uniquement comme une démarche permise de l'imagination accompagnée de la raison, pour le divertissement et la santé de l'esprit. »

2. Ed. Zcller, /Jie Philosophie der Criechen, II, 1, 4*" éd., p. 58o-58i. — V. Brochard, f.es mythes dans la philosophie de Platon, dans l'Année philosophique, publiée par F. Pillou, ii*= année, p. 5 sq.

PUESSENTIMENTS I) L'^E METAPHYSIQUE NOUVELLE

011 la part du divin et de l'humain, de la vérité en soi et de la vérité pour nous se mêlent en des proportions variables, malaisées à fixer du dehors. Ce qu'elles ont de relatif est révélé ici par l'ironie qui en accompagne les formules les plus proches des sens et de l'imagination ; mais lorsque Kant, plus tard, aura mieux conçu que la relation de certaines croyances au sujet peut être rationnellement fondée, sans que le caractère relatif de ces croyances disparaisse, ni doive être marqué par la vanité des intuitions plus ou moins arbitraires qui les accompagnent, il pourra exprimer, d'une façon critique, en dehors de toute représenlation par conjectures ou par mythes, ridée de la vérité appropriée. La doctrine des postulats de la raison pure pratique n'a été parachevée qu'après plusieurs degrés d élaboration : cependant il n'est pas invraisemblable qu'elle ait eu son origine et son soutien dans la disposition de Kant à imaginer ce que peut être pour l'homme un autre ordre de vérités que celles de l'expérience et de la science, qu'elle se relie, tout au moins indirectement, à ses premiers essais d'eschatologie et de pneumatologie*. Dans le cas présent, Kant a soin de prévenir cpje ces conjectures, quelque éloignées qu'elles soient de l'évidence, ne sont pas sans donner quelque satisfaction à l'esprit ".

Au moins ne peut-on nier qu elles renferment un cerliiin nombre d'idées dont Kant cherchera dans la suite à déterminer plus positivement le sens et l'application \ De-

1. Cf. Vaihinger, Commentar zu Kants Kriti/, der reincn Vcrnunff, II, p. 5i2 ; Kunt-ein Metaphysi^er ? dans les» Pliilosophische AhJiandIungen » t'ii l'honneur de Ghr. Sigwart, p. i54 sq , reproduit dans les Kantstudien, ^ 11, p. 1 10 sq.

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