‹ La philosophie pratique de Kant [microform]Chapitre 94 sur 345 · LES LEÇONS SUR LA METAPHYSIQUE · texte numérisé non relu

LES LEÇONS SUR LA METAPHYSIQUE

facultés corporelles : de ce que l'on constate sur lame liée au corps il est impossible de conclure à ce que lAme serait sans le. corps '. 11 y aune autre preuve également empiricopsycliologique, mais fondée sur des principes cosmologiques, preuve que Kant appelle encore preuve par analogie, d'importance beaucoup plus décisive, et soutenue par des conceptions téléologiques qui seront pour la pensée kantienne d'un fréquent usage et d'un grand sens. L'immortalité de l'Ame est ici conclue par analogie avec la nature. Dans la nature il n'y a pas de forces ou de facultés qui ne soient appropriées à une certaine fin, qu'elles doivent réaliser. Or dans l'Ame humaine nous trouvons des forces et des facultés qui n'atteignent pas en cette vie leur fin. Il faut donc que fAme humaine puisse arriver ailleurs que dans cette vie à l'exercice complet de ces forces et à la complète mise en valeur de ces facultés. Pour appuyer la mineure de ce raisonnement, Kant invoque surtout l'insatiable curiosité de l'intelligence humaine, attirée infiniment au delà de ce qu'exige sa destinée terrestre, et aussi la vocation profonde de la volonté humaine pour la moralité et la justice, infiniment supérieure à ce que la nature sensible de ce monde permet de réaliser \

Cette preuve par analogie nous rapproche par quelquesunes de ses considérations de la preuve pratique par excellence, qui est la preuve morale ou, pour mieux dire, théologico-morale *. Celle-ci a pour principe que nos actes sont

2. P. 245-252. Cf. Benno Erdmann, Reflexionen Kants, II, n'^^ 1273, 1^7^» 1275, p. 3()2-363. Kant note que la beauté de celte preuve par analogie vient de ce qu'elle évite les explications théoriques compliquées et de ce qu'elle conclut, comme en physique toutes les fois que la nature d'un objet est caché, de ses caractères apparents à ses caractères invisibles. — Il faut remarquer que Kant se servira ailleurs de la majeure et de la mineure du même arijument pour conclure que, les fins de l'homme étant disproportionnées avec les résultats obtenus au cours de sa vie, il doit y avoir un progrès de l'espèce humaine qui supprime cette disproportion en recueillant et harmonisant dans une sorte a œuvre d'ensemble les œuvres incomplètes des individus. Cf. Idée zii einer aU<iemeinen Geschichte, IV, p. i44-i45.

3. Dans les Réflexions, Kant établit, parmi les preuves morales de l'imlïiortalité, une distinction entre les preuves purement morales et les preuves

TA PHILOSOPHIE PnMIQlK DE K \>T

soumis à celle règle sainte qui csl la loi morale. La loi morale nous esl connue a priori ; elle exige que nos aclions, ou plus spécialement nos intentions, soient en accord avec elle el par là nous rendent dignes dèlre heureux. Elle présente donc le bonheur, non pas comme une lin à poursuivre, mais comme un état à mériter. Or. dans ce monde, il n'y a aucune voie qui assure le bonheur à la vertu : même le"vice habile se procure plus sftremenl les avantages dont seule la vcrlu devrait jouir. Dès lors, hue la considérer que dans son rapport avec la vie présente, la loi morale apparaîtrait .sans force et trompeuse. Mais la ihéologic ou hi connaissance de Dieu vient ici à notre secours. En Dieu je conçois un Être qui peut ine luire participer à la félicite dont je me suis rendu digne par mon obéissance à la loi morale : et comme la vie présente a exigé de moi le renoncement à un bonheur temporel, il laut qu'il y ait une autre vie oii le bonheur el la vertu soient en parfaite proportion. Cela seul peut faire que Ibonnète homme ne soit pas un

LES LEÇONS SUR I,A MET Vl'IlïSlQLli

insensé'

Celle preuve peut être dite en un sens a priori', si 1 on admet (piil v a, à côté de Va priori Iranscendantal, un a priori pratique. Elle n'en esl pas moins lhéorique.;ient insulFisanle : de ce que nous ne voyons pas en ce inonde e vice puni el la vertu récompensée, il ne suit point que le vice n'ait pas dès h présent en lui-m^me sa punition el la vertu sa récompense : noire jugement sur le rapport des sanctions à la conduite esl trop extérieur pour être assure d'(Mrevrai. D'autre part, la perpétuité infinie de la vie luture dépasse trop manifestement les limites des droits que

Ihéologiqucs. II. no 1.70. p..3.i.. no .28-,, ,,. 305. I.es Ucons sur la Mêla-

nhxsuiue ne font i)as. celte distinction.

/,/,.,,«« no ,^ C'est la preuve par analogie, en tant qu'elle pore sur

l'obstacle opposé en ce mon.le l notre effort n,oral. .pu '-'"T ,^1" ta1u"' la Cnliauc de la liaison pratique le contenu du |K>stulat de 1 imnor ahU, tandb7"é la preuve morale fournira surtout le contenu du postnlat de lestence de Dieu.

nous avons aux joies et aux peines ultra-terrestres. Enfin les êtres humains qui n'ont pu faire aucun usage de leur raison, les enfants, les sauvages, seraient exclus de l'nnmorlalite. Mais cette preuve est tout à fait suffisante au point de vue pratique ; car elle vaut alors par l'influence qu'elle a sur nous, et du moment qu'elle se lie en nous à noire sentiment moral, elle exclut toutes les objections qui prétendraient l'infirmer'. Dès lors il importe peu qu'elle se borne à susciter une espérance au lieu de procurer une certitude ; l'espérance de l'immortalité doit sufïire à nous en rendre dignes ; une plus claire connaissance nous enlèverait, au contraire, l'ardeur qu'il faut pour y prétendre. Il ne faut pas que le souci de la vie future détermine notre façon d'entendre et d'accomplir actuellement notre destinée. (( La grande afFiùre, c'est toujours la moralité, c'est la chose sainte et inviolable que nous devons préserver, et c'est aussi le principe et la fin de toutes nos spéculations et de toutes nos recherches... Si les idées de Dieu et d'un autre monde n'étaient pas fiées à la morafité, elles ne seraient bonnes à rien\ »

Nous voyons parla dans quel esprit sera également traitée la théologie rationnelle : la même distinction y apparaîtra entre la rigueur démonstrative de la raison pure, mais qui reste sans efficacité pratique, et l'influence décisive de la conviction morale qui reste, au point de vue théorique, insuffisamment fondée. Seulement cette distinction s'y atténue par endroits en vertu d'une tendance très manifeste à considérer que la raison en général est impuissante à étabhr la vérité objective de ce qui est premier en soi. La preuve transcendantale de l'existence de Dieu est constituéepar ceci, que cette existence supprimée, notre inteUigence et notre volonté sont en contradiction avec elles-mêmes. Kant mar- ([ue la même répugnance qu'il avait déjà autrefois montrée

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