ESQUISSE D UNE THÉORIE MORALE
vise à la fin véritable, est le bien. — Quel est donc le summum honum? C'est l'union de la félicité suprême avec le degré suprême de capacité d'être digne de cette félicité. S'il doit y avoir un souverain bien, le bonheur réel et le bonheur mérité doivent être unis. Mais en quoi consiste ce ?nérite? Dans l'accord pratique de nos actions avec r/(/ee du bonheur universel. Si nous nous conduisions de telle sorte que le plus grand bonheur fût la conséquence d'une telle conduite au cas où chacun agirait comme nous, alors nous nous comporterions de manière à être dignes d'être heureux. Le bonheur d'une créature ne peut s'accomplir qu'autant que ses actions sont dérivées de l'idée du bonheur universel et s'accordent avec le bonheur universel. La volonté divine est de telle nature qu'elle s'accorde avec l'idée du bonheur universel; elle dispensera donc le bonheur à chacun dans la mesure où ses actions s'accordent avec ce bonheur, dans la mesure où il s'en sera rendu digne... Si la conduite est d'accord avec l'idée du bonheur universel, elle est aussi d'accord avec la suprême volonté divine. Tel est le point de vue suprême et le fondement de toute morahté'. » Ainsi la doctrine du souverain bien n'est pas encore nettement distinguée de la doctrine du devoir, et il ne semble pas encore que la liberté puisse suffire à constituer et à réahser le système de la moralité sans se rapporter plus ou moins directement au bonheur. Mais comment ce rapport peut-il s'expliquer ou s'établir plus précisément? C'est un problème dont il semble que Kant, avant l'apparition de la Critique, et selon les idées qu'il allait bientôt produire, se soit préoccupé.
Il se trouve en effet parmi les Feuilles détachées qu'a publiées Relcke un fragment de quelque étendue \ dans lequel