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schème du caractère intelligible ; ce que le caractère empirique a de constant à ce point de vue ne tient pas à l'uniformité des conditions phénoménales, mais à l'unité de la règle par laquelle se traduit la causalité de la raison ': il y a donc un rapport pratique des deux caractères qui se définit sous leur rapport spéculatif : mais c'est le rapport spéculatif qui. selon la marche de la pensée kanlicnne, est premier.
De la sorte, sous l'idée métaphysique des choses en soi et de leur rapport avec les phénomènes, se développe une interprétation de la causalité du vouloir humain, déterminée d'un côté par cette idée, de l'autre par ce que contient de nouveau la conception criticiste. Comme l'originalité de la conception criticiste est déjà dans la façon de distinguer le monde sensible et le monde intelligible, elle apparaît encore dans la façon d'établir la communication des deux mondes : tandis que les doctrines métaphysiques restaient embarrassées dans leur effort pour relier la caasa sui ou les essences réelles à la réalité donnée, qu'elles recouraient à des explications vainement subtiles, Kant découvre dans la volonté la faculté qui, au lieu de représenter cette liaison, l'accomplit : par là, on peut dire qu'il soustrait son platonisme aux objections d'un Aristote : il se défend d'inventer des symboles plus ou moins arbitraires pour expliquer le passage du. transcendantal à l'empirique ; il les remplace par le fait de la démarche pratique qui enveloppe une raison capable, non pas de comprendre par connaissance l'origine des actes, mais d'en être elle-même l'origine. Dès lors, si les concepts métaphysiques dont il est parti n'ont pas subi en eux-mêmes de transformation radicale, s'ils pèsent encore de tout leur sens traditionnel sur le sens nouveau qu ils peuvent recevoir de leur application immanente, c'est par une tout autre méthode qu'ils se vérihcnt et se fournissent un contenu.
Donc, sans contredire en rien les lois de la causalité naturelle, il est permis d'admettre, ne fît-on en cela qu'une fiction, que parmi les êtres du monde il en est qui, audessus de leurs facultés sensibles, ont une faculté intellectuelle, c'est-à-dire une faculté de se déterminer à l'action, non pas sous des influences empiriques, mais uniquement par des principes de l'entendement. (( Appliquons cela à l'expérience ' . » Nous voyons alors ce qui fait de cette fiction une vérité. L'homme, ainsi que toutes les autres choses de la nature, est soumis, dans ses actions, aux lois de la causaHté empirique : seulement, tandis que pour les êtres inanimés et même pour les êtres vivants, il n'y a pas lieu de concevoir d'autres facultés que les facultés déterminées par des objets sensibles, pour l'homme, il y a lieu d'invoquer son titre de « sujet transcendantal » d' « objet intelligible » ; car l'homme qui ne connaît la nature que par ses sens se connaît lui-même par aj^erception dans des déterminations intérieures qui ne peuvent être rapportées aux impressions du dehors; il a ces facultés que l'on appelle entendement et raison ; et la raison surtout, en ce qu'elle n'est pas astreinte comme l'entendement à se contenter d'un usage empirique de ses idées, autorise à faire valoir en lui l'être en soi ".
Mais tandis que la causalité des choses en soi par rapport aux phénomènes restait, dans son acception générale, uniquement justifiée par l'axiome métaphysique qui réclame pour les phénomènes empiriques un fondement transcendantal, la causalité de la raison, expression déjà plus immanente de la chose en soi par rapport à ces phénomènes particuliers qui sont les actions humaines, est certifiée, dans une acception pour nous très définie, par le sens et la portée des impératifs pratiques. Ces impératifs pratiques supposent le devoir-être {dus SoUeii), au lieu que l'entendement théo-
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lique ne peut prétendre à connaître dans la nature que ce qui a été, est, ou sera ; en d'autres termes, ils impliquent un rapport de nos actions, non pas à d'autres phénomènes qui les conditionnent, mais à de purs concepts. Sans doute, les actions en rapport avec ce qui doit être, avec de purs concepts, ne se réalisent empiriquement que sous l'empire des circonstances naturelles ; seulement ces circonstances ne concernent pas la détermination de la volonté en ellemême : elles n'ont trait qu'aux phénomènes qui la traduiduisent. Ainsi la raison, en tant que productrice de concepts et de principes, est douée de causalité ; tout au moins devons-nous, pour expliquer le sens des impératifs, nous la représenter comme telle ' .
Cette causalité de la raison apparaît donc en ce que la volonté procède selon une règle indépendante des lois de la causalité empirique ; elle n'est pas garantie uniquement par la valeur morale de celte règle. Même l'apparente adoption des maximes suggérées par la sensibilité implique leur subsomption sous une règle par pur concept : elle l'ait donc intervenir la causalité de la raison. « Que ce soit un objet de la simple sensibilité (lagréable) ou un objet de la raison pure (le bien), la raison ne cède point au principe qui est donné empiriquement : mais elle se fait à elle-même avec une parfaite spontanéité un ordre propre selon des idées auxquelles elle va adapter les conditions empiriques, et d'après lesquelles elle considère même comme nécessaires des actions qui cependant ne sont pas arrivées et peut-être n'arriveront pas, en supposant néanmoins de toutes qu'elle possède la causalité à leur égard, car sans cela elle n'attendrait pas de ses idées des effets dans l'expérience". )) Tous les impératifs, quels qu'ils soient, fournissent donc la preuve immanente d'un caractère intelligible dans l'homme, sans préjudice, bien entendu, de la
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'2-llx LA PIIll-OSOPIUE PKVTIQIE 1)1- K VNT
détermination rigoureuse à laquelle sont soumis les actes de son caractère empirique, et qui permettrait, avec une suffisante connaissance des conditions qui les précèdent ou les accompagnent, de les prédire avec certitude. Est-ce là comme un partage dans l'explication de la volonté humaine ? Faut-il dire qu'il y a un concours de la causalité empirique et de la causalité transcendantale pour déterminer les actes volontaires P Nullement. « L'on n'envisage .point la causalité de la raison comme une sorte de concours, mais on la considère comme complète en elle-même, alors même que les mobiles sensibles ne lui seraient point du tout favorables, mais tout à fait contraires'. » C'est ainsi que le dualisme, d'abord purement spéculatif, de la chose en soi et des phénomènes incline à revêtir une autre forme, à devenir le dualisme de la raison en tant qu'elle est par ellemême capable de produire des actes, et de la raison en tant qu'elle travaille par rentcndcment à les faire rentrer sous les lois de la nature, de la raison pratique et de la raison théorique. Il peut donc être question d'une pleine et suffisante causalité de la raison dans les actes volontaires ; les causes naturelles et empiriques, telles que l'entendement les détermine, ne sont pratiques à aucun degré.
Ainsi de plus en plus la notion de la chose en soi se prête à des applications qui la l'approchent davantage de ce type immanent de réalité offert par la volonté humaine : elle s'approprie à cette idée de premier commencement qui, en toute rigueur, ne convient pas plus au monde inteUigible qu'au monde sensible. Dans le monde sensible, en effet, « aucune action donnée (parce que toute action ne peut être perçue que comme phénomène) ne saurait commencer d'elle-même absolument ». Dans le monde intelligible, « il n'y a ni avant, ni après, et toute action est, indépendamment du rapport de temps où elle se trouve avec d'autres phénomènes, l'cllel immédiat du caractère
intelligible de la raison pure Cette liberté de la raison,
on ne peut pas la considérer seulement d'une façon négative comme l'indépendance à l'égard des conditions empiliques (car alors cesserait la faculté qu'a la raison d'être une cause de phénomènes), mais on peut aussi la caractériser d'une manière positive comme une faculté de commencer d'elle-même une série d'événements, de telle sorte ([u'en elle-même rien ne commence, mais que comme condition inconditionnée de tout acte volontaire, elle ne souffre sur elle aucune des conditions antérieures quant au temps, bien que son effet commence dans la série des phénomènes, mais sans pouvoir y constituer jamais un commencement absolument premier'. » Ainsi, bien que dans le monde des choses en soi, rien strictement ne commence, l'idée de premier commencement est tout à fait légitime dans son application à la causalité du vouloir ; elle exprime cet usage analogique de la raison, dont parle Kant ailleurs, et qui consiste à interpréter la réalité empirique comme si elle devait répondre aux exigences des idées. (( Dans le cas oii la raison même est considérée comme déterminante (dans la liberté), par conséquent dans les principes pratiques, nous devons faire comme si nous avions devant nous, non un objet des sens, mais un objet de l'entendement pur, où les conditions ne peuvent plus être posées dans la série des phénomènes, mais hors d'elle, et oii la série des états peut être considérée comme si elle commençait absolument (par une cause intelligible)". » Dans un monde de phénomènes, qui, soumis aux lois de la causalité naturelle, ne comporte que des commencements relatifs et conditionnés, les actes volontaires doivent être traités comme s'ils étaient des commencements absolus et inconditionnés.
Et c'est ainsi que les traite le jugement moral. « Pour éclaircir le principe régulatif de la raison par un exemple