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tiré de l'usage empirique, non pour le confirmer (car ces sortes de preuves ne conviennent point aux affirmations transcendantales) », prenons une action mauvaise, un mensonge, si l'on veut, qui a jeté un certain trouble dans la société. Il se peut que l'on en détermine de proche en proche à la fois les motifs immédiats, les causes lointaines, toutes les conditions iïiternes ou externes, constantes ou occasionnelles, par les mêmes procédés qui rendent compte de tous les effets naturels : cela n'empêche point cependant d'en blâmer l'auteur. Et sur quoi se fonde ce blâme, sinon sur la pensée que l'action accomplie doit être moralement rapportée, non a ses conditions naturelles antécédentes, mais à la causalité de la raison, qu'elle doit être estimée en soi, en dehors de tout souci d'influence antérieure et de moment, comme une action primitive, immédiatement au pouvoir de la volonté. Nos imputations ne peuvent sans doute se rapporter qu'au caractère empirique, et elles y démêlent souvent mal la part delà nature, du tempérament et de la liberté. Mais identiquement présente h toutes les actions de l'homme dans toutes les circonstances du temps, la raison n'esl point elle-même dans le temps, et, par rapport à tout état nouveau, elle est déterminante, non pas dé terminable '.
Le jugement moral est donc fondé sur le caractère intelligible, mais n'en saurait être la règle. Les graduelles appropriations que fait Kant des choses en soi aux exigences de la moralité ne A ont pas encore jusqu'à les laisser déterminer par elles dans leur fond : le sujet moral n'est qu'une dénomination relative du sujet Iranscendantal. Demander pourquoi la raison ne s'est pas déterminée autrement, c'est une question dépourvue de sens. l)emandcr pourquoi la raison n'a pas déterminé autrement les phénomènes, c'est une question qui, sans être absurde, dépasse de beaucoup la puissance de nos facultés : c'est comme si l'on deman-
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dait pourquoi l'objet transcendantal de notre intuition sensible externe ne donne que l'intuition dans l'espace et pas une autre : tout ce que l'on peut dire, c'est que pour un autre caractère empirique, il eût fallu un autre caractère intelligible*.
Ainsi la solution du problème de la liberté transcendantale se termine par une nouvelle formule de la conception qui en a été le point de départ, à savoir l'identité essentielle de nature entre les causes inconditionnées des phénomènes naturels et les causes libres des actions humaines. En dépit de la tendance que manifeste Kant à réclamer pour les idées comme telles une vertu pratique efficace, l'idée de la liberté reste sous l'empire de la chose en soi à laquelle elle emprunte certaines de ses plus importantes déterminations; avant d'être le principe rationnel dont la signification immanente est déterminée par la pratique, elle est la chose en soi vue sous l'aspect de sa causalité réelle, quoique incompréhensible. Aussi est-ce justement que l'on a montré la métaphysique leibnizienne contribuant encore à déterminer dans l'esprit de Kant la pensée du monde intelligible ". Ces êtres en soi, qui se déterminent d'eux-mêmes à être ce qu'ils sont, sont bien voisins des monades de Leibniz, conçus à la source éternelle de leur existence. Même il faut remarquer que sans l'inspiration rationaliste qui pénètre l'affirmation des choses en soi, le rapport de l'idée à la chose ne pourrait que frapper l'idée d'impuissance ; c est la secrète affinité de l'idée et de la chose en soi, qui permet à l'idée de la liberté de se rapporter aux choses en soi, non seulement sans y perdre, mais plutôt pour y puiser d'une certaine façon sa causalité. Parla on peut dire que l'existence