III, p
2. Beniio Erdmann, Kant's Kriticismus, p. 73-74- V. également son édition des ProlégODiènes, Einleitung, p. lxv. — H. Cohen donne indirectement raison à celte thèse quand il dit que le progrès de la critique a consisté à transformer les conceptions fantaisistes de la monadologie en idées limitatives et régnlatives (hauts Begriincliing cler Ethil;, p. i^a). Seulement, au moment de la Critique de la Raison pure, cette transformation est loin d'être accomplie.
de la liberté, au sens métaphysique, est présupposée avec celle des choses en soi dans le système kantien. Mais la réalité de la liberté, selon les exigences de la conception, criticiste, n'est pas démontrée, au dire de Kant, par les considérations de la Dialectique : tout ce qui est établi, c'est que la liberté est possible, au sens oi^i elle n'est pas contradictoire en soi, ni avec le mécanisme de la nature : il n'est pas encore établi qu'elle est possible, au sens où il s'agirait d'une possibilité, non pas seulement logique, mais réelle, fondée sur des principes synthétiques a priori. A plus forte raison n'est-il pas légitime encore d'en poser la réalité : on a défini la forme sous laquelle elle est concevable, si par ailleurs il est prouvé qu'elle existe'.
En nous autorisant à concevoir pour la série des phénomènes empiriques une condition intelligible, la solution de la troisième antinomie nous fournit déjà presque explicitement la solution de la quatrième. Seulement ici, la série des phénomènes empiriques, au lieu d'être une suite d'intuitions, est représentée par un concept, le concept de changement, et la conclusion à laquelle aboutit le partisan de la thèse, ce n'est plus la causalité absolue, c'est l'existence absolue de l'Etre nécessaire. Or l'existence absolue de l'Etre nécessaire n'est contradictoire avec l'existence conditionnée des phénomènes changeants que si elle est conçue comme se confondant avec elle ou comme en étant une partie. iMais dès qu'il est entendu que les phénomènes ne doivent pas être tenus pour des choses en soi, et qu'ici encore la condition peut être hétérogène par rapport au concHtionné, nous pouvons admettre que la série des objets changeants a son fondement dans un -Etre intelligible, libre de toute condition empirique, raison de la possibilité de tous les phénomènes. Dégagée de toute prétention à constituer un savoir, la thèse se ramène à une maxime, selon laquelle le principe qui fonde l'unité systématique de
LA CRITIQl E DE I. A RAISON PIRE 2 29
toute l'expérience ne peut être placé dans l'expérience même. Si elle se donnait pour une preuve de l'existence de Dieu, et elle reproduit en elTet la marche de l'argument cosmologique, elle tomberait sous les objections qui atteignent dans la philosophie de Kant toute théologie spéculalive ' .
11 est remarquable que l'examen de l'antinomie ait eu pour résuUat de lier plus immédiatement à l'existence des clioses en soi et d investir du maximum de réalité objective, non pas la conception qui parachève l'explication de la nature en la rapportant à un Etre nécessaire, mais celle qui exprime dansTafTirmation de la liberté la plénitude inconditionnée de la détermination causale. Par là, il apparaît l)ien que le centre d'expansion de la doctrine n'est pas ici au même point que dans les métaphysiques antérieures. Si l'idée de Dieu est la plus haute idée de la raison, elle n'est pas l'idée la plus capable, au regard de notre intelligence finie, de s'actualiser par des déterminations immanentes ; le rapport de la signification transcendantale à l'usage immanent qui chez Kant tend à remplacer le passage de l'essence à l'existence est plus intrinsèque pour 1 idée de la liberté que pour toute autre.
Il n'en reste pas moins que l'idée théologique, impuissante comme toute autre idée à fonder une connaissance, ne se borne pas à fournir des maximes régulatrices : elle revêt aussi, sous une certaine forme, une signification pratique. Kant soutient, comme on sait, que la preuve ontologique est, selon la raison pure, la preuve essentielle de l existence de Dieu, et qu'elle se retrouve au fond des autres preuves : il prélend ruiner d'un coup toute théologie spéculative en montrant l'impossibilité de tirer l'existence d'un concept ; mais dans sa pensée, selon ce que nous avons du reste déjà constaté dans les Leçons sur la métaphysique, il y a une autre preuve qui, en un sens différent, est plus