‹ La philosophie pratique de KantChapitre 170 sur 361 · I . IV, p · texte numérisé non relu

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2. Cf. Krilik der praklischen Vernuiift : « La raison pure pratique ne porte de préjudice à l'amour de soi, lequel s'éveille en nous comme un sentiment naturel et antérieur à la loi morale, qu'en lui imposant la condition de s'accorder avec cette loi, alors il est nomme Vamour de soi raisonnable vernûiiftige Seibstliebe). » V, p. 77 (Kant dira plus tard, il est vrai, que cette expression « amour de soi raisonnable » doit être écartée à cause de son ambiguïté, et qu'un amour de soi raisonnable devant résulter du respect du devoir, il vaut mieux en énoncer, en termes purs, le principe exclusivement moral. Mais au même endroit il reconnaît qu'il est naturel de poursuivre le bonlieur et légitime d'y employer la raison, à condition que cette tâche reste toujours subordonnée, niali'riclh ment et formellement, à l'acceptation absolue des maximes morales. Dn' Hrli^ion, YI, p. iSg-i^o, note). — « La liberté consiste précisément à limilir toules les inclinations, par conséquent à ramener l'estimation de la personne elle-même à la condition de l'observation de sa loi pure. » Kritik der praklischen Vernunft,\, p. 83.

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expressément pour bonnes'. Mais pas plus qu'elle ne les admet à déterminer le principe de la moralité, elle ne les admet à servir de maximes au sujet ; par là elle est rigoriste ^ Ce rigorisme a paru choquant parce qu'il semblait condamner les bons sentiments et interdire la joie naturelle de bien faire ; ce n'est pas là toutefois la pensée qui l'a inspiré. Kant s'oppose à ce que les inclinations nous fournissent des maximes, même quand elles nous orientent dans le sens de l'action vertueuse, jDarce qu'il veut qu'on les considère alors indépendamment de leur contenu, dans la propriété en quelque sorte formelle qu'elles ont d'être subjectives, ennemies des principes'^ ; en ce sens certainement il exclut de la moralité l'acte accompli par inclination (aus Neigung)'; mais il n'en exclut pas, au moins en droit, quoi que dise l'épigramme de Schiller, l'acte accompli avec inclination (mit iWeigung); il conçoit comme idéal de la créaturc raisonnable qu'elle aime à suivre le devoir'; seule-

1. Cette affirmation n'est nulle part plus nette que dans l'ouvrage où Kant a développé la théorie du mal radical. « Les inclinations naturelles, considérées en elles-mêmes, sont bonnes, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas à proscrire; il ne serait pas seulement vain, mais encore pernicieux et blâmable de vouloir les extirper ; on doit plutôt se borner à les maîtriser, afm qu'elles ne se détruisent pas elles-mêmes réciproquement, mais qu'elles soient amenées à cet accord en un tout, que l'on nomme bonheur. » Die lieligion, \I, p. iSa. V. aussi p. 122, p. 129.

2. Voici un passage qui exprime bien clairement que les inclinations, comme maximes de la volonté, doivent être radicalement exclues, mais, comme principes de fins naturelles en rapport avec les fins morales, simplement disciplinées pt limitées : « L'essentiel de toute détermination de la volonté par la loi morale est en ceci : que la volonté soit déterminée uniquement par la loi morale, comme volonté libre, par suite non seulement sans le concours, mais encore à l'exclusion de toutes les impulsions sensibles, et au préjudice de toutes les inclinations, en tant qu'elles pourraient être contraires à celte loi. » Kritik der praktisclien Verniinft, V, p. -y-y.

:5. Cf. nie lieligion, YI, p. i3o, p. iBa, note.

!\. IV, p. 246. — « Die Handlung, die nach diesem Gesetze, mit Ausschliessung aller Beslimmungsgriinde aus Ncigung, objectiv praktisch ist, heisst PIlicht. >) Krilik der praklisclien Vernun/Ï, V, p. 85.

5. Cf. Kritik der praklischen Vernunft, V, p. 88. — Cf. Melaphysik der Stlten : « Ce qu'on ne fait pas avec joie, mais seulement comme une corvée, n'a aucune valeur morale interne pour celui qui obéit ainsi à son devoir. » VH, p. 397. — Cf. Die Religion, VL p. 117-118, note. — Lose Blâtier, \, p. 137. — V. R. Soloweiczik, Knnls Bestimmuiig der Moralitdt, Kanlstudien, ^, p. '107 '|i5. — Theodor Lipps, qui d'ailleurs interprèle juste-

FONDEMENTS DE LA METAPHYSIQUE DES MCEURS ào'j

ment comme il sait cette créature finie, partant assujettie à des besoins et à des désirs, il craint qu'elle ne laisse l'inclination remonter jusqu'à la source môme de son acte ; il pose donc en principe que, dans notre condition humaine, l'inclination, avec sa puissance spontanée d'attachement, ne saurait, quelque forme qu'elle revête, remplacer sans corruption essentielle le motif rationnel accepté dans sa rigueur. A oilà pourquoi les cas dans lesquels le devoir nous apparaît le plus clairement sont ceux dans lesquels il suppose la lutte contre les inclinations : ces cas extrêmes sont des illustrations «populaires» de l'antagonisme permanent qu'il y a entre le devoir et les inclinations, comme maximes de la volonté, — entre le devoir qui, pour la moralité, doit suffire à tout et les inclinations qui prétendent faussement se substituer au devoir et valoir comme lui '. Quelles que soient les dispositions personnelles d'esprit et de caractère qui ont pu le susciter, et alors même que l'expression en semble paradoxale ou démesurée, le rigorisme deKantest

ment et accepte même en son principe la pensée de Kant, d'après laquelle rinclination ne doit pas déterminer la volonté, attribue donc faussement à Kant d'avoir exclu de la moralité l'action accomplie avec inclination. Die elhischen Grundfragen, 189g, p. 121.

I. Ln des endroits où Kant a le plus complètement expliqué sa pensée sur les rapports du bonheur avec le devoir, se trouve dans sa Réponse à quelques objections de M. le P^ Garve, Ueber den Geineinspruch : Das may in der Théorie richtig sein, taugt aber nicht fiïr die Praxis, 1798 : « J'avais provisoirement, en forme d'introduction, défini la morale comme une science qui enseigne, non pas comment nous devons être heureux, mais comment nous devons devenir dignes du bonheur. Je n'avais pas négligé de faire remarquer à ce sujet que l'on n'exige point par là de l'homme, quand il s'agit d'observer le devoir, qu'il renonce à sa fin naturelle, le bonheur, — car il ne le peut pas, non plus qu'aucun être raisonnable fini en général, — mais qu'il doit, quand le commandement du devoir intervient, faire complètement abstraction de cette considération ; il ne doit absolument pas en faire la condition Ae l'accomplissement de la loi qui lui est prescrite par la raison ; bien mieux, il doit, autant que possible, chercher à s'apercevoir qu'aucun mobile venu d'elle ne s'immisce à son insu dans la détermination du devoir ; on y parvient en se représentant le devoir comme lié plutôt à dos sacrifices que coûte son accomplissement (la vertu) qu'aux avantages qui en sont la conséquence, afin de le concevoir avec l'entière autorité qui lui appartient, autorité qui exige une obéissance sans condition, qui se suffit à elle-même, et n'a besoin d'aucune autre influence... » VI, p. 009 sq. — Cf. Bruno Bauch, Gliïckseligkeit und Persùnlickkeit in der kritischen Ethik, 1902, p. 89-68.

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comme son criticisme ' : son criticismc repose sur l'hétérogénéité de la sensibilité et de l'entendement, et n'admet pas que l'homme possède une faculté d'intuition intellectuelle qui en saisirait l'unité fondamentale ; son rigorisme repose sur l'hétérogénéité de la sensibilité et de la raison, et n'admet pas que l'homme jDossède une inclination immédiate au bien qui en réaliserait d'emblée 1 accord essentiel ; en l'homme toute inclination, comme toute intuition, est exclusivement sensible ".

Aussi l'action ne tire-t-elle pas sa valeur morale des conséquences qu'elle engendre ou qu'elle paraît devoir engendrer, et qui ne peuvent être estimées que par leur rapport à la sensibilité, c'est-à-dire parle plaisir ou la peine qu'elles procurent ou qu elles promettent. La volonté en général est conçue comme liée, soit à la série de ses elTels matériels, soit à la maxime qu'elle prend pour règle : c'est cette dernière liaison, non la première, qui permet de la qualifier moralement. La volonté bonne n'est donc pas celle qui agit pour atteindre une fin ou pour réaliser un objet du désir ; c'est celle qui agit par une maxime indépendante de toute fin et de tout objet de cette sorte ; c'est celle qui ne se laisse déterminer que par la loi morale ^.

Mais comment la loi morale, c'est-à-diie un concept purement intellectuel, peut-elle servir de mobile ? Nous savons, par une lettre à Marcus Herz delà fin de 1773 \ et aussi par les Leçons sur la Métaphysi(jiie '. à quel point cette (piestion avait préoccupé Kant. Elle est ici définitivement résolue, grâce sans doute à l'idée que dans rinlervalle il s était faite de la liberté comme faculté pratique inconditiomiée*'. Il est

I. Cf. Krifik lier i>rahlischeii Vermuifl, V, p. 87 sq., p. lôa.

•>.. « ... weil allés Gefûlil siiiiilicli isl. » Ihid., |i. 80.

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