IV, p
4. Bviefwechsel . I, p. 107-108. — ^ . plus liant, première partie, cli. m, p. 159.
5. Vorh'sinigeii iiher die Metaphysih, p. 187. — \. plus liant, p. i(i5lOf).
G. Cf. Krilih der prnidischcii ]'eriiii/ift,'V, p. 7G, p. 1(37.
FONDEMENTS DE L.V MÉTAPHYSIQUE DES MOEURS SSq
un sentiment qui comme tel est capable de nous déterminer à agir, sans être lui-même provoqué en nous par des impressions sensibles, un sentiment qui est directement lié à la représentation de la loi morale, et qui, engendré par la loi. a la loi même pour objet ; ce sentiment, c'est le respect. Nous dirons donc que le devoir est la nécessité d'agir par respect pour la loi. Par sa nature et par son rôle, comme par sa provenance, le respect est un sentiment tout à fait original. Les autres sentiments se ramènent à l'inclination ou à la crainte : il n'est, lui, ni crainte, ni inclination; il a cependant quelque analogie avec l'une et avec l'autre, avec la crainte, en ce quil se rapporte à une loi que subit notre sensibilité, avec l'inclination, en ce qu'il se rapporte à une loi que pose notre volonté ' . Il est, en d'autres termes, la conscience de notre subordination à l'autorité absolue de la loi, et par là il limite les prétentions de notre amour-propre, par là il nous humilie ; mais il est aussi la conscience de notre participation à la valeur infinie de la loi, et par là il rehausse l'estime que nous pouvons avoir de nous-mêmes ; il nous fait reconnaître notre dignité ". Il ne peut s'adresser qu'à la loi ; il ne s'adresse jamais à des choses ; s'il paraît assez souvent s'adresser à des personnes, c'est que ces personnes, par telles de leurs actions ou de leurs qualités, sont
I. Cf. Kritik der praktischea Vernunft : « Les choses peuvent exciter en nous de V inclination, et même de l'amour..., ou de la crainte..., mais jamais du respect. Ce qui ressemble le plus à ce sentiment, c'est \ admiration... Mais tout cela n'est point du respect. » V, p. 8i.
:i. Cf. Kritik der praktischen Vernunft, p. 77 sq. — « Le respect, remarque en outre ici Kant, est si peu un sentiment de plaisir qu'on ne s'y laisse aller qu'à contre cœur envers un homme. On cherche à trouver quelque chose qui puisse en alléger le fardeau, quelque motif de blâme, aGn de nous dédommager de l'humiliation que nous inflige un tel exemple. Même les morts, surtout si l'exemple qu'ils donnent parait inimitable, ne sont pas toujours à l'abri de cette critique. Bien plus la loi morale elle-même, dans sa solennelle majesté, n'échappe pas à ce penchant que nous avons à nous défendre du respect... Mais par contre il y a si peu en cela un sentiment de peine, que lorsf[u"on a une bonne fois répudié la présomption et donné à ce respect une inlluence pratique, on ne peut plus se lasser de contempler la majesté de la loi morale, et que l'âme croit s'élever elle-même d'autant plus qu'elle voit cette sainte loi plus élevée au-dessus d'elle et de sa fragile nature. » p. 82.
34o LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KANT
plus OU moins directement des exemples ou des symboles de la loi accomplie '. Ainsi le respect est comme un produit spontané de la raison en nous ; mais s'il est le mobile, il n'est pas le fondement de notre moralité'. Il est le moyen par lequel, dans notre condition d'êtres finis, la loi morale détermine notre vouloir ; mais ce n'est pas lui qui en principe rend cette détermination possible : la représentation de la loi reste la condition irréductible et souveraine \
Invoquer ici le respect, ce n'est pas « se réfugier dans un sentiment obscur au lieu de porter la lumière dans la question par un concept de la raison ' »; car le respect dérive a priori du concept intellectuel de la loi. Kant prétend expliquer rationnellement la possibilité d'un mobile moral pur. On peut du reste se demander si le resjDCct est pour lui un sentiment proprement dit, radicalement distinct sans doute des autres sentiments, mais ayant comme eux une nature spécifique et concrète, ou bien s'il n'est pas simplement l'expression du rapport qui s'établit d'une part entre la loi devenant, par une puissance aussi réelle qu'inexplicable, un mobile de la volonté, et d'autre part l'ensemble de notre sensibilité '. Quoiqu'il en soit, ce qui dans l'évolution