V. plus haut, p. 9g, p. l05, p
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saire « selon le principe d'une volonté bonne en quelque façon » ; ils sont tous des expressions de la raison \
Mais ils ne le sont pas tous de la même manière et au même titre ; car ils commandent ou hypothétiquement ou catégoriquement. Les impératifs hypothétiques ne déclarent l'action pratiquement nécessaire que comme moyen en vue d'une fin ; ils subordonnent donc ce qu'ils commandent à cette fin, comme à une condition. Quant à cette fin ellemême, elle peut dans certains cas être simplement possible, c'est-à-dire représenter tel objet plus ou moins directement en rapport avec le développement des facultés humaines ; c'est ainsi que les sciences, dans leur partie pratique, établissent que certaines fins sont possibles pour nous, et elles indiquent en même temps par des règles ou des impératifs les moyens de réaliser ces fins ; c'est amsi encore que l'éducation prépare à atteindre toutes sortes de fins que l'on peut avoir à se proposer dans la vie, mais qui peut-être en fait ne seront jamais poursuivies. Les impératifs hypothétiques qui commandent en vue de fins simplement possibles sont des impératifs problématiqaemeid pratiques ou des impératifs techniques ; ce sont des règles de Yhaijileté '. Mais les impératifs commandent aussi en vue de fins réelles, comme
I. Sur ce que tous les impératifs, et non pas sculcmenl l'impératif caléf,'orique, sont fondés sur la raison, v. encore Krilih dcr f)raf;lischen Vernunft,
a. Sigwart critique la distinction établie par Kant entre l'éthique et la toclmique pour cette raison que la pensée de toute action morale contient nécessairement un élément technique, c'est-à-dire l'application des lois de causalité expérimentalement découvertes à la connaissance des moyens appropriés; il ne suillt pas même de prétendre que la (in proprement dite de notre conduite ainsi que la maxime qui nous la fait choisir sont purement morales ; car pour adopter raisonnablement une fin, il faut la considérer comme réalisable, et le problème de sa réalisation est un problème technique (Vorfragen der Etliil;, 188G, p. 26-27). — A vrai dire, Kant n'a jamais nié que la réalisation matérielle de l'acte moral ne fût sous la dépendance de conditions techniques; il n'a sans doute jamais pensé que l'on dût se proposer /// concrelo des fins reconnues irréalisables ; il a voulu définir quelle devait être en toute circonstance la maxime de noire conduite et déterminer par celte maxime seule l'élément moral de notre action. Sa pensée est simplement celle-ci : il faut que l'homme se décide selon le devoir avant de rechercher par quels niovens il peut accomplir matériellement ses devoirs.
FONDEMEÎJTS DE LA METAPHYSIQUE DES MŒURS ^5l
celles que poursuivent effectivement tous les hommes sous le nom de bonheur : ils énoncent alors les moyens que nous devons employer pour nous rendre heureux ; les impératifs hypothétiques de ce genre sont assertoriquemeiit pratiques ou pragmatiques ] ce sont des conseils de la prudence. En opposition avec les impératifs hypothétiques sous toutes leurs formes, il y a ïimpératij catégorique ^ . L'im-
I. La distinction de deux genres irréductibles d'impératifs, dans son expression formeUe, est résultée, comme nous l'avons vu (p. 99), de la critique du concept wolffien de l'obligation, critique qui avait amené Kant à marquer la ditrérence essentielle de la nécessité jjrol/LL'matiqiic et de la nécessité légale. Quant à la détermination de l'objet des impératifs et à la subdivision des impératifs bypolhétiques, elles répondent à la conception que Kant s'était faite, pour ses leçons d'anthropologie, de trois doctrines différenles sur les fins deriiommc, une doctrine du bonheur, une doctrine de l'habileté et une doctrine de la sagesse (V. la lettre à INIarcus Herz de la fin de 1778, Rrief^^echsel, 1, p. i38i3g, et Starke, Kant's Menscltenkunde, p. /»). — Ceci témoigne que Kant n'a pas introduit la notion des impératifs hypothétiques uniquement pour définir par contraste la notion de l'impératif catégorique.
Kant a-t-il toujours maintenu dans les mêmes termes la distinction de l'impératif catégorique et des impératifs hypothétiques, ainsi que la subdivision des impératifs hypothétiques en règles de l'habileté et en conseils de la prudence ? Dans la Critique de la raison pratique, il paraît tendre à faire rentrer les conseils de la prudence dans les règles de l'habileté (« les impératifs liypothétiques contiennent simplement des principes de l'habileté ». V, p. 20); il remarque en outre que les règles universelles d'habileté impliquées dans les principes de l'amour de soi sont des propositions techniques (nous avons vu que dans la Grundlegung les impératifs de l'habileté sont dits techniques), et qu'à ce titre elles sont théoriques, non pas essentiellement pratiques : elles ne concernent pas en effet la détermination de la volonté en elle-même ; elles fournissent seulement à cette volonté, quand elle veut une. certaine fin, la connaissance des moyens propres à l'atteindre (Y, p. 26-27). On dirait donc que Kant, en même temps qu'il fait rentrer tous les impératifs hypothétiques dans le genre de l'habileté, établit entre les impératifs hypothétiques et l'impératif catégorique la même distinction qu'entre les principes théoriques simplement appliqués, par suite techniques, et les principes spécifiquement pratiques. Les ouvrages ultérieurs paraissent présenter encore plus nettement sous cette forme le caractère général des impératifs hypothétiques elleur i-apport à l'impératif catégorique. Ainsi dans VJniroduction de la Critique de la faculté de juger, Kant distingue les principes techniquementpratiques et les principes moralement pratiques ; les premiers, « qui sont ceux de l'art et de l'habileté en général, ou encore de la prudence, considérée comme une habileté à avoir de l'inlluence sur les hommes et sur leur volonté », se rapportent à la philosophie théorique ; ils montrent comment la volonté peut produire un effet selon les règles de la causalité naturelle ; au contraire les principes moralement pratiques concernent la détermination de la volonté en elle-même, indépendamment de toute fin préalable, et appartiennent à la philosophie [>ratiquc strictement entendue (V, p. 177-178). De même, V Introduction de la Métaphysique des mœurs renvoie à la philosophie tliéori([ue tout ce qui dans la
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pératif catégorique représente une action comme nécessaire objectivement, sans rapport quelconque à une condition ou
conduite est affaire d'art et réserve à-la philosophie pratique l'étabUssement des lois propres de la volonté (VII, p. i4-i5)» elle fait correspondre à la distinction des impératifs inconditionnés et des impératifs conditionnés celle des impératifs pratiques et des impératifs techniques (p. 18-20). CL Heinze, Vorlesungen Kants, p. 161 [6îi].
Partant de là, on a sovitenu qu'il s était produit sur ce sujet dans la pensée de Kant une transformation, d'ailleurs juste, mais dont la conséquence logique serait la ruine de la doctrine des impératifs. D'une part, en effet, les impératifs hypothétiques, d'abord ramenés à une seule espèce, aux impératifs de l'habileté, puis résolus en propositions théoriques, ne méritent plus le nom d'impératifs ; ce sont des formules des nécessités naturelles qui enchaînent les déterminations de la volonté aux besoins et aux désirs qu'elle tend à satisfaire : ce sont des lois, au sens scientifique et vraiment rationnel. Mais d'autre part, les impératifs catégoriques ne sont pas des lois ; le fait de commander à une volonté, même sans condition et sans réserve, n'implique en soi rien d'universel, suppose même plutôt une décision d'espèce, et arbitraire (Cari Slange, Der Begrijfdei-K kypotlietischen Imperatis'e » in der Ethik Kants, Ivantstudien, IV, p. 232-247; Elnieitung in die Ethik, I (1900), p. 120, p. i3o-i3t).
Cependant il est inexact de parler de transformation dans la pensée de Kant sur ce sujet; car, dans la Grundlegung, la prudence, au sens le plus strict, est définie « l'habileté dans le choix des moyens qui peuvent nous conduire à notre plus grand bien-être possible » (IV, p. 264) ; en outre le rapport est déjà bien marqué entre les règles de l'habileté et les propositions théoriques de la science (p. 263). On ne peut même pas dire que la Critique de la raison pratique ait ramené décidément à l'unité les deux espèces d'impératifs hypothétiques, puisque la Préface maintient la distinction des impératifs en principes de détermination proOléniatiques, assertoriques et apodicliques (V, p. 11, note). Et l'on peut observer d'autre part que dans la Critique de la raison pure (III, p. 543) se trouve déjà la distinction simplifiée de l'activité pratique de l'homme en habileté et en moralité. En réalité les rapports entre ce que Kant entend par prudence et ce qu'il entend par habileté ne sont pas toujours constants, et il semble qu'il y ait tantôt un objet de la prudence distinct de celui de l'habileté, tantôt un objet de l'habileté beaucoup plus général que celui de la prudence, et le comprenant comme un cas particulier (V. Grundlegung, IV, p. 264, note; Starke, Kants Menschenkunde, p. 4-5). Peut-on dire (|ue Kant ait ramené la prudence à l'habileté ? Mais V Anthropologie qu'il a publiée, et qui se propose de déterminer l'usage le plus habile que l'homme puisse faire de ses connaissances, est intitulée a au [)oint de vue pragmatique >>, non au point de vue technique. Il semble en définitive que Kant n'ait ramené les conseils de la prudence aux règles de l'habileté que lorsqu'il considérait surtout les procédés de culture également indispensables à la recherche éclairée du bonheur et au développement des aptitudes humaines en général, mais qu'il ait plutôt fait du besoin de bonheur le stimulant de l'habileté, sauf à admettre que la culture par laquelle s'acquiert et se fortifie l'habileté est souvent en conflit avec le bonheur individuel et n'assure tous ses avantages que dans l'espèce. Mais de toute façon il ne paraît pas avoir entièrement résolu les impératifs hypothétiques dans des lois théoriques n'exprimant que des nécessités naturelles ; si ces impératifs ne sont pas pratiques au sens strict du mot, ils le restent en un sens large; ils expriment l'usage de certaines propositions théoriques par une volonté, qui no se borne |ias à poursuivre certaines fins inévi-
\ à une autre fin, comme Ijonne en soi'. lia trait, non pas
tables, ou simplement possibles, mais qui doit encore les poursuivre selon la raison : voilà pourquoi ils se traduisent par le verbe « sollen », non par le verbe « mûssen ». Kant a pu dire que les impératifs hypothétiques ne sont
; pas des lois, mais simplement des préceptes pratiques, parce que des lois de la volonté doivent la déterminer comme telle" indépendamment de toute inclination ou de toute fin présupposée en elle ; seulement il a toujours soutenu que
1 . sans être des lois, ils viennent cependant de la raison, hors de laquelle il n'y a que des mobiles subjectifs et contingents, non des maximes et des règles. — - Quant à prétendre que la notion d'impératif ne comporte aucune universalité, et que par suite un impératif catégorique ne peut être une loi, c'est abuser de la métaphore enveloppée dans le mot, et c'est oublier que la notion d'impératif a été dégagée par Kant du conflit qui peut exister et qui existe en fait chez un être raisonnable fini entre sa raison et sa sensibilité.
I. C'est une des objections adressées à Kant avec le plus d'insistance, que celle qui invoque contre sa doctrine l'autorité despotique qu'il aurait conférée au devoir, et qui voit là une simple reproduction ou transposition des façons de commander du Décalogue. Schopenhauer s'est plu particulièrement à développer cette objection. Il note que le premier exemple donné par Kant : lune mentiras point, du solll (sic) rticht litgen transcrit littéralement la formule biblique selon la traduction allemande consacrée. « A l'introduction en morale du concept de loi(Gesetz), de précepte (Vai-schvift), de de<.'oir (SoU),]e ne connais d'autre origine que celle-ci, qui est étrangère à la philosophie, le décalogue de Moïse... Quand un concept ne peut se réclamer d'une autre origine que celle-là, il ne saurait de but en blanc s'imposer en intrus dans l'éthique philosophique ; mais il doit être repoussé jusqu'à ce qu'il se présente accrédité par une preuve régulière » {Ueber die Grundlage der Moral, p. 5oi-5o2 ; V. aussi un peu plus loin p. ôo2, p. ôoô). C'est pour une part dans le même esprit que M. Fouillée examine la morale kantienne dans sa Critique des systèmes de morale contemporains : « Kant persiste à faire du devoir un impératif catégorique, un ordre absolu, une loi despotique émanée d'un Sinaï intelligible » (p. 23(3). « Le kantisme est la religion hors des limites de la raison ; Kant est le plus sublime et le dernier des Pères de l'Eglise » (p. 'ao!x). — M. Brochard dit pareillement: « Kant a eu le tort de ne point soumettre à la critique l'idée fondamentale de sa doctrine... Fonder le bien sur le devoir, faire précéder l'idée du bien de l'idée d'un commandement absolu et injustifié, dire que l'impératif catégorique est en dernière analyse un sic volo, sic jubeo ou une consigne arbitraire, c'est une gageure que Kant a bien pu tenter, mais qu'il paraît difficile de tenir jusqu'au bout. En tout cas c'est une question de savoir si, en posant ainsi le problème, ce grand esprit n'a pas été dupe d'une illusion, et si, voulant constituer une science purement philosophique et rationnelle de la morale, il n'a pas pris pour point de départ une idée toute religieuse que lui suggérait son éducation protestante » (^La morale ancienne et la morale moderne. Revue Philosophique, LI, 1901, p. 8-9 ; v. aussi La morale éclectique. Revue Phil., LUI, 1902, p. i3i-i33).
Peut-être n'est-il pas sans intérêt d'observer tout d'abord qu'entre sa doctrine et le Décalogue Kant a eu plutôt conscience d'une opposition profonde ; le Décalogue, tel qu'il est compris dans la foi juive, est lié à un système théocratique ; s'appuyant sur l'autorité extérieure, il ne réclame aussi que l'observance extérieure et ne fait appel qu'à des sanctions extérieures ; c'est au christianisme qu'il revient d'avoir introduit le principe intérieur de l'intention morale (Die Religion, VI, p. 224 sq.). Cependant Kant semble justifier le Delbos. 23
3b\ LA PHILOSOPHIE PIWTIOl E DE kA>T
à la matière de l'action et aux conséquences qui y sont liées, mais à la forme de l'action et à l'intention dont elle dérive, quel qu'en soit le résultat effecliiou éventuel. Il est apodictiqaement pratique , ou moral ; il énonce les ordres de la moralité. Règles de l'habileté ou conseils de la prudence, les impératifs hypothétiques permettent qu'on s'aUranchisse de leurs commandements, puisque la fin qui en est la con-
reproche qui lui a été fait quand il exprime l'autorité de la loi par le sic volo, sic jubeo (Krilik der prakfcschen Vei ininft. Y, p. 33), ou quand il dit encore: « L'impératif catégorique, d'où procèdent dictatorialement ces lois, ne saurait entier dans la tète de ceux qui ne sont accoutumés qu'aux explications physiologiques, bien qu'ils se sentent eux-mêmes irrésistiblement contraints par lui » (^Tugendlelire, VII, p. i8o). Selon Kant, dit Paul Janet, « le devoir est sa raison à lui-même. La loi est la loi. SU pro raliune voluntas. Mais une loi qui n'est qu'une loi, qui commande sans donner de raison, est toujours quelque chose d'arbitraire ... La loi du devoir, s'imposant à la volonté sans dire pourquoi, ne serait encore qu'une tyrannie » (Aa Morale, 18-4, p- ii3). Mais le sit pro ratione voluntas ainsi ajouté ou sous-entendu, c'est-à-dire l'identification du devoir à un décret absolu, est une interprétation de la pensée kantienne tout à fait inexacte, même quand on la rencontre chez des adeptes de l'impératif catégorique (V. Vallier, De l'intention morale, p. 19). Le sic s'olo, sic jubeo ne s'adresse qu'à la sensibilité, à laquelle et à l'encontre de laquelle il signifie la loi de la raison. (,)n est trop porté à regarder l'impératif catégorique cotnme le dernier mot de la doctrine kantienne. Rien de plus inexact. Il n'est qu'une formule plus précise du problème lui-même, qui est justement de rechercher comment un impératif catégorique est possible ; il n'est donc pas, tant s'en faut, la solution finale. Loin de présenter le devoir comme une loi sans raison, Kant se propose au contraire de le fonder en raison contre ceux-là même <( qui ne sont accoutumés qu'aux explications physiologiques )). — Cf. Em. Boutroux, La morale de Kant et le temps présent. Revue de Métaphysique et de Morale, XII, igo^, p. 529-53o. — Gh. Renou- \\er, Kant et .SV7('Y^t'///ir;«p/, Critique philosophique, g<^ année, 1880, 1, p. 25-
D'un tout autre point de vue, Herbart, tout en louant beaucoup Kant d'avoir répudié l'eudémonisme {Rede, gelialten an Kant's Geburtstag, IVerke, éd. Kehrbach, III, p. 69-70 ; Bemerkungen iiber die Ursachen, welche dus Eiiis'erstdndniss, etc., III, p. 235), même d'avoir vu que ce n'est pas une matière de la volonté, mais seulement la forme qui peut être l'objet de déterminations morales (Geburtstagsrede, III, p. 70 ; Beplik, etc., II, p. 5i/i), lui reproche d'avoir posé originairement le devoir et l'impératif catégorique ; l'impératif catégorique a le grand défaut de supposer une scission de la volonté en volonté qui commande et en volonté qui obéit (^Allgemeine praktische Philosophie, II, p. 337-338; Ilandschriftliche Bemerkungen, H, p. /168 ; Bemerkungen iiber die Ursachen, etc., lll, p. 23C) et d'emprunter sa forme à la logique (^He/ilik, ctc , II, p. ."ii^)- — Cependant le dualisme dont Kant est parti, outre qu'il ne s'est pas exprimé dans le sens que lui prête Herbart, pourrait sans doute être défendu comme plus proche des données de la conscience morale que l'idée d'un vouloir homogène et absolument égal à tout autre vouloir.
FONDEMENTS DE LA METAPHYSIQUE DES MŒURS 3o5
dition est laissée à la décision arbitraire de la volonté. Au contraire, l'impératif catégorique, parce qu'il commande à la volonté indépendamment de tout but, la lie immédiatement, sans admettre en droit la possibilité d'une détermination opposée, à l'action qu'elle doit accomplir: par où il apparaît qu'étant seul inconditionnellement nécessaires il est seul proprement une loi", tandis que les impératifs liypothétiques sont simplement des principes \
Le problème capital qu'il nous faut résoudre est celui-ci : comment un impératif catégorique est-il possible.^ La signification et la portée de ce problème seront plus claires, si nous nous demandons par contraste comment sont possibles des impératifs hypothétiques. Le caractère que nous avons à expliquer dans tous les impératifs, quels qu'ils soient, c'est la contrainte qu'ils exercent sur la volonté. Or il nous est aisé de rendre compte de ce caractère, quand il s'agit des impératifs hypothétiques. C'est ainsi que les impératifs de l'habileté supposent simplement que qui veut la fin veut les moyens ; ils partent du concept préalable dune fin poursuivie par une décision plus ou moins arbitraire, et ils en déduisent le concept des moyens qu'il faut raisonnablement employer pour l'accomplissement de cette fin ;
1. Schopenhauer soutient que l'idée d'un devoir inconditionné, du moment qu'elle est séparée de toute hypothèse Ihéologique, est une contradictio in adjecto ; un devoir n'a de sens que par son rapport à une menace de châtiment ou à une promesse de récompense ; nul n'accepte un devoir sans salaire; toute obligation acceptée crée un droit (Ueher die Grundiage der Moral, p, 5o2-5o5 ; Ùie IVelt, I, p. 356, p. 062-0(33 ; Neue Paialifjoinena, Ed. Grisebach (Reclam), p. i55). — Sur celte façon évidemment très restrictive d'entendre le terme de devoir pour le rendre incompatible avec l'idée de l'impératif catégorique, v. Zange, Ueber das Fundameiit der Ethik, p. 2/1, et Otto Lehmann, Ueher Kant's Principien der Ethik, etc., p. 79-100.
2. I^a Critique de la raison pra tu/ne verra dans l'impératif catégorique plutôt une sorte d'expression ou d'application de la loi que la loi inconditionnée elle-même. Du reste Kant dira ailleurs expressément que l'impératif catégorique se distingue d'une loi pratique en ce que celle-ci représente la nécessité d'une action en elle-même, sans décider si cette action est intrinsèquement propre au sujet et nécessairement produite par lui, comme c'est lé cas chez un être saint, ou si elle n'est pas nécessairement réalisée, comme c'est le cas chez l'homme (Metaphrsik der Sitten, Einleitung. VII. p. 19).