‹ La philosophie pratique de KantChapitre 177 sur 361 · I. IV, p · texte numérisé non relu

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soit conforme à celte loi. Or ce qui est le propre d'une loi, c'est Tuniversalilu ; l'inij^ératif catégorique ne peut donc se définir que par l'universalité de la loi, à laquelle la maxime de la volonté doit se conformer. Il s'énoncera ainsi : Agis uniquement d'après la maxime quijait que tu peux vouloir en même temps qu'elle soit une loi universelle^

Cette détermination de l'impératif catégorique n'introduit ni fins, ni motifs qui soient empruntés à l'expérience, et dont la représentation resterait inévitablement subjective : elle est exclusivement formelle. Mais à supposer qu'elle soit propre à signifier comment nous devons agir, peut-elle spécifier ce que nous devons faire ? Dépourvue comme elle l'est de tout contenu matériel, comment pourrait-elle faire sortir d'elle les diverses applications de l'impératif catégorique"? 11 faut cependant, si elle n'est pas vaine, qu'elle

1. IV, p. 267-269. — On a souvent fait valoircontre cette règle de Kant l'idée de l'individualisation progressive ou nécessaire de la conscience. D'après Simniel, par exemple, Kant aurait dû séparer la forme impérativedu devoir de la forme de l'universalité, qui ne tiennent l'une à l'autre qu'en raison de l'origine sociale du commandement moral ; une plus grande dllférenciation dans les rapports humains, un sentiment croissant de plus hautes nécessités idéales enlèvent au critérium de l'universalité une bonne part de sa valeur ; au surplus co critérium exclut de la considération de l'acte les éléments qui le définissent dans les cas particuliers. Einleitang in die MoraUv isseii scha ft , II, p 28 sq , p. 5o sq. — Mais Simmel interprète trop la pensée kantienne comme si elle devait nécessairement appuyer un jugement universel sur un jugement simplement collectif; il paraît croire en outre, bien à tort, que l'universalisation de la maxime ne peut porter que sur les éléments les moins spécifiés de l'acte ; elle doit comprendre de l'acte en réalité tout ce par quoi il donne lieu à une qualification morale dans une circonstance donnée. Enfin la règle de l'universalité ne serait incompatible avec la transformation des rapports humains que si elle avait prétendu définir matériellement une fois pour toutes la nature de ces rapports : ce qui n'est pas le cas.

2. Ce genre de difficulté a été de bonne heure opposé à Kant. V. ,Ioh. Chr. Zvvanziger, Commentar ilher fir. Prof. Kants Kritik d. pi-. Vernunft, 1794. p. 'io sq. — Schieiermacher, Grundlinien einer Kritik der hisherigea Sitlcnlelire. Pliilosophische Schriften, I, p. 97-98. — Herbart, Ziir Le/tre von der Freiheil des nienscliliclien IVillens, Vierler Brief, Ed. Kehrbach, X, p. 2.5i. — Beneke, Crundlegung zur Physik dev Sitten, 1822, p. 27- -Vi. — Hartmann, Phànonienologie des siltliclien Be^vussiseins, 187g, p. 339. — \. les auteurs et les ouvrages cités dans les notes suivantes concernant les formules de l'impératif catégorique et leur application. — Sur ce problème général de la détermination du devoir dans le kantisme, v. une critique d'ensemble dans A. Fouillée, Critique des systèmes de morale, p. 197-289.

enferme le principe de tons les devoirs'. N'est-il pas inévitable que, pour ne point récuser son rôle, elle s'adjoigne par des procédés plus ou moins détournés des éléments étrangers, même des notions empiriques, au détriment de sa pureté ?

Mais avant tout il est nécessaire de savoir comment Kant concevait la question à résoudre. Il ne s agissait nullemenl pour lui de déduire nos actions, en ce qu'elles ont de matériel, de la forme d'une législation universelle "; il s'agissait de déterminer par cette forme uniquement les maximes dont doivent procéder ces actions pour être qualifiées de morale, et d'indiquer du même coup le critère qui permet de les reconnaître comme telles. Or là-dessus il s'est inspiré plus ou moins inconsciemment de la philosophie rationaliste traditionnelle ; il en a seulement épuré les procédés et interprété les règles selon l'esprit de son criticisme.

En eflet, dans mainte doctrine rationaliste, la déduction des devoirs s'opérait plus ou moins aisément grâce au rapprochement ou à l'identification de certains concepts. Par exemple, 1 idée que la moralité est un accord avec soimême ou avec l'ordre de la nature, y était étroitement liée à l'idée que le système des choses exprime la loi de notre conduite, qu'il conforme les conséquences de nos actes à leur valeur, que par suite, connu dans sa vérité et accepté à ce titre, il représente la direction idéale de notre vouloir, en môme temps qu'il fonde la certitude de l'utilité ou de la bienfaisance des actes accomplis sous son empire. Cependant, malgré l'apparente homogénéité de ces divers concepts, les doctrines de ce genre tendaient inévitablement et aboutissaient souvent en fait à l'empirisme et à un certain formalisme: à l'empirisme, en ce que la détermination des devoirs, loin d être réglée par une notion de l'utilité uni-

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