IV, p
4. Dans la Critique de la raison pratique, qui doit éclaircir de la façon la 2)lus rigoureuse les principes purs de la moralité, la notion dellnimanilé fin
maintes fois répété, d'avoir introduit la nature humaine comme matière, et même comme principe dissimulé de l'impératif catégorique ' . Dans sa pensée cependant, l'humanité ne doit être considérée comme fin en soi que parce qu'elle est la forme sous laquelle la nature raisonnable nous est donnée. Est-il donc besoin de rappeler son affirmation catégorique, que la loi morale doit être définie en fonction de l'être raisonnable, et non pas seulement de l'homme? C'est comme expression donnée de la nature raisonnable que l'humanité doit être comprise comme fin en soi, et dans l'humanité, tous les hommes". A ce titre l'homme a une valeur qui ne se mesure pas, comme celle des objets de nos inclinations, par l'usage que nous en pouvons faire pour le contentement de notre sensibilité, une valeur qui n'est pas simplement relative et conditionnée comme celle qu'ont les êtres de la nature dépourvus de raison, justement nommés pour cela des choses ; il a une valeur absolue qu'il tient de sa raison et qui fait de lui une personne. De là cette nouvelle formule de l'impératif catégorique : Agis de telle sorte que ta traites l'humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen ^.
en soi n'apparaît qu'incidemment (V, p. 91-92, p. 137-188), et en tout cas elle n'intervient point comme ici pour servir de lien entre la formule de la législation universelle et la formule de l'autonomie (v. V, p. /^ô). En revanche, dans la Métaphysique des mœurs qui suppose une constante application des principes, Kant fait de cette notion un grand usage.
1. Schleiermacher, Kritik der hisherigen Sittenlehre, p. 49- — Trende lenburg, llistorische Beilràge, III, p. 187-188. — Paul Janet, La Morale, p. 47-52. — A Fouillée, Critique des systèmes de morale, p. 226- 280, etc.
2. La raison législatrice, dira Kant dans la Doctrine de la vertu (Vil, p. 259), qui enveloppe dans son idée de l'humanité en générall'espècc entière, et par suite moi... »
3. IV, p. 2 76 -2 77. — ■ Contre une façon assez fréquente de citer cette formule en supprimant les mots « en même temps » et « simplement » il est boa de remarquer que Kant ne conteste en aucune façon la nécessité, soit naturelle, soit sociale, pour l'homme d'être un moyen au service de certains besoins ou de certaines inclinations ; il réclame seulement que l'usage que l'homme fait
Appliquant cette nouvelle formule aux mêmes exemples que précédemment. Kant montre que l'homme qui se suicide dispose de l'humanité en sa personne comme si elle était uniquement un moyen de lui rendre la vie confortable et supportable, que celui qui fait une promesse trompeuse dispose des autres comme s'ils n'étaient pas fins en soi et comme s'ils devaient être simplement des instruments pour ses desseins, que celui qui néglige de se cultiver, en ne collaborant pas à la plus grande perfection possible de l'humanité, considère qu'il peut user de l'humanité en lui selon ses goiits, que celui enfin qui se refuse à être bienfaisant, s'il n'empêche pas l'humanité de se conserver, la laisse être fin en soi, mais ne la veut pas telle par son concours jiositif ' .
Ainsi l'impératif caiégorique implique la subordination de toute valeur à la valeur absolue de la personne. Cette notion de la personnalité prend désormais dans la philosophie pratique de Kant une importance extrême, et elle y imprime profondément les caractères par lesquels, logiquement et historiquement, elle se définit. Dans son expression la plus abstraite, elle est fondée par Kant sur l'idée de l'existence de sujets raisonnables, capables d'agir par leur raison même '; elle est donc radicalement distincte de tout ce qui, sous le nom de besoins et d'inclinations, constitue notre simple individualité; elle est plutôt l'identification avec l'universel '. C'est pratiquement quelle se détermine, et elle ne requiert nullement, comme nous savons, la détermination, du reste impossible, des sujets comme
alors de sa personne reste libre et ne contredise pas non plus la loi essentielle de cette liberté intérieure.
Scliopenhauer reconnaît à cette formule le mérite de dégager avec beaucoup de finesse un des traits les plus caractéristiques de régoïsme humain, la pensée toujours présente, même quand elle se dissimule h\pocrilcment, d'employer autrui pour ses propres fins {Ueber die Grundlai;e der Moral, p. 544-546).