‹ La philosophie pratique de KantChapitre 184 sur 361 · Die Religion, VI, p · texte numérisé non relu

Die Religion, VI, p

3. V. plus haut le chapitre sur la philosophie de l'histoire.

4. Cf. Kritik der praktiscken Vernunjt, V, p. 91, p. i37-i38.

5. IV, p. 279. — Ce caractère juridique et par suite limitatif de la morale kantienne a été relevé tantôt contre elle, tantôt en sa faveur. C'est ainsi que Schleierinacher, dominé par sa conception romantique du monde et de la vie, fait un grief à Kant d'avoir restreint par là la libre expansion des énergies humaines, d'avoir pris pour type de la loi morale la loi ci\ile, et non pas, quoi qu'il en dise, la loi de la nature, — car la loi de la nature admet avec l'organisation l'extrême variété des êtres eî des formes, — d avoir donc voulu plier à une même discipline toutes les individualités (Kritik der bisherigen Sittenlehre, p. 62 sq., p. 97-99, p. i3i-i32. V. aussi Ueber die Religion, 4* éd., i83i, p. kl sq.). — En retour Charles Renouvier estime que le plus grand titre de la morale kantienne est dans son caractère juridique, et c'est

Toutefois la souveraineté de la loi ne s'impose pas à la volonté du dehors ni d'en haut, et il suiBt de rapprocher les deux précédentes formules de l'impératif pour comprendre qu'elle dérive de la Aolonté même. Si d'une part, en effet, l'être raisonnable ne doit agir que d'après des m^aximes capables de constituer un système de lois pour une nature possible, et si d'autre part il doit être traité et se traiter lui-même comme fin en soi, c'est qu'il ne peut pas être simplement au service de la législation universelle à laquelle ses maximes doivent se conformer, c'est qu'il doit édicter de lui-même cette législation. Nous arrivons ainsi à lidée de la volonté de tout être raisonnable conçue comme volonté législatrice universelle : idée essentielle qui, analytiquement dégagée du concept de l'impératif catégorique, enveloppe le principe par lequel se démontrera définitivement, dans la troisième section de la Grundiegung, la légitimité de ce concept.

En effet, le paradoxe de l'impératif catégorique, c'est que nous devions obéir à la loi uniquement parce que c'est la loi, et par respect pour elle. Quand il s'agit des impératifs hypothétiques, le motif de notre obéissance est quelque intérêt, sinon toujours visible, du moins toujours possible à découvrir. Mais ici tout intérêt doit être exclu, du moins tout intérêt fondé sur des besoins et des inclinations sensibles. Et il faut cependant,, pour pouvoir nous déterminer, que nous nous intéressions en quelque façon à la loi, que d'une certaine manière nous trouvions notre moi en elle. Or cet intérêt immédiat et tout intellectuel pour la loi s'explique, du moment que nous sommes, comme êtres raisonnables, les auteurs de la législation à laquelle, comme êtres raisonnables et sensibles à la fois, nous sommes soumis. Par là aussi il apparaît pourcjuoi toutes les tentatives faites jusqu'à ce jour pour découvrir le principe de la mora-

selon cet esprit qu'il a conçu sa Science de la morale. V. dans la Critique philosophique, ii'' année, II, et i a'" année, I, ses articles intitulés: Réponse à différentes objections contre le principe juridique de la morale.

lité ont inévitablement échoue. On voyait bien que l'homme était lié par son devoir à une loi ; mais on ne s'apercevait pas que cette loi, tout en étant universelle, jaillissait de sa volonté, et l'on appliquait à rechercher par quelles contraintes et quels stimulants étrangers elle pouvait s'imposer à lui ; on ramenait ainsi le devoir à n'être qu'un impératif hypothétique. Au contraire, s'il y a un impératif catégorique, il ne peut ordonner qu'une chose, c'est d'agir toujours selon la maxime d'une volonté qui, en même temps qu'elle poursuit tel ou tel but, se prend elle-même pour objet en tant que législatrice universelle. Le principe fondamental de la moralité, c'est ï autonomie ^ .

De la sorte Kant conçoit visiblement pour l'ordre moral le rapport du sujet à la loi tel que Rousseau l'avait conçu pour l'ordre social : l'obéissance à la loi se justifie par la faculté d'en être l'auteur, et loin de détruire la liberté, la suppose et la manifeste". Selon cette analogie même il aboutit à une détermination qu'il juge véritable et féconde, parce qu'elle est pratique, de l'idée d'un monde intelligible ou d'une société des esprits \ Puisque en effet les différents êtres raisonnables doivent fonder par leur volonté une législation universelle et qu'ils doivent se traiter réciproquement comme fins en soi, il dévient possible et légitime de se représenter leur union systématique sous des lois communes; et c'est ce que Kant appelle le « règne des fins ». Un Tout de toutes les fins comprend sans doute essentiellement les volontés fins en soi avec les fins que ces volontés

1. IV, p. 279-280, p. 286. — Par cette idée d'autonomie, qui apparaît ici nettement pour la première fois, Kant peut enfin rattacher systématiquement la liberté pratique à la raison pure. — C'est à bon droit qu'il prétend être le premier à l'avoir exprimée sous cette forme et pour ce but : celte originalité lui fut cependant contestée par Nicolaï, qui s'appuyait sur des analogies superficielles pour soutenir que WollT avant kant, dans sa Deutsche Moral, § 24, avait exposé la même idée de l'autonomie. V. en particulier Ueher meiiie gelehite Bilduiig, 1799, p. 118, note.

2. « L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté. » Rousseau, Contrat social. L. I, ch. vin.

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