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FONDEMENTS DE LA MKTAPHYSIQUE DES MŒURS ogo

nifestant comme condition de la possibilité de l'expérience : tandis que la liberté n'est qu'une idée de la raison dont la réalité objective est en soi douteuse. Pour la théorie, c'est sans doute la voie de la nécessité qui est la mieux frayée et la plus praticable ; mais pour la pratique, c'est la voie de la liberté qui seule est possible à suivre. Ni la philosophie la plus subtile, ni l'intelligence la plus vulgaire ne trouvent dans leurs arguties de quoi ébranler la liberté. Le droit de s'attribuer une volonté libre provient en effet chez l'homme de la conscience qu'il a d'une raison indépendante à l'égard des causes de détermination purement subjectives. Cela suffit à la rigueur pour que la philosophie pratique puisse se constituer, et ce n'est pas à elle qu'il revient de montrer l'accord possible de la nécessité et de la liberté ; pour éviter l'embarras oii la jetterait ce difficile problème, elle demande à la philosophie théorique de le résoudre. C'est ce que fait cette dernière en établissant que le même être peut sans contradiction, comme phénomène, être soumis à certaines lois, et, comme être en soi, être indépendant de ces mêmes lois, que l'homme doit se concevoir de cette double manière puisqu'il a conscience de lui-même comme d'un objet affecté par les sens et aussi comme d'une intelligence. Voilà pourquoi l'homme s'attribue une volonté si radicalement distincte de ses inclinations sensibles, qu'il conçoit comme possibles et comme nécessaires des actes opposés à ces inclinations : voilà pourquoi il ne souffre pas que ces inclinations lui soient imputées comme si elles étaient son véritable moi, ne se croyant responsable que de la complaisance qu'il leur témoigne quand il leur accorde, au détriment des lois rationnelles, une influence sur ses maximes.

En s'introduisant ainsi par la pensée dans un monde intelhgible, la raison pratique ne dépasse point ses limites: elle ne les dépasserait que si elle voulait, en pénétrant dans ce monde, s'y apercevoir, s'y sentir. « Le concept d'un monde intelligible est donc seulement un point de vue

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auquel la raison se voit obligée de se placer en dehors des phénomènes, afin de se concevoir elle-même comme pratique \ )) Aussi, si la raison essayait de déterminer ce monde par une connaissance, dont elle tirerait ensuite quelque mobile pour la volonté, elle dénaturerait la moralité en même temps qu'elle dépasserait cette fois ses limites. Du monde intelligible, c'est-à-dire du système complet des êtres raisonnables comme choses en soi, nous •ne connaissons que la condition formelle, c'est-à dire l'idée d'une législation universelle instituée par les maximes de la volonté, l'idée de l'autonomie ".

Si la conception que Kant présente ici de la liberté reste étroitement liée à la solution que la Critique de la raison pure avait donnée de la troisième antinomie, elle en dépasse pourtant à certains égards le sens. Ce n'est pas seulement une application, c'est une réalisation que l'idée transcendantale de la liberté trouve dans la notion pratique de la loi morale, et il advient logiquement ainsi que le sujet raisonnable, qui n'obéit à cette loi que parce qu'il l'institue dans son universalité, devient, plus que l'objet transcendantal, l'occupant du monde intelligible. Le monde intelligible est dit simplement une « idée » ou un «point de vue » : cela implique que sa réalité objective tient essentiellement, non pas à l'existence de la chose en soi comme chose, mais à l'action de la volonté qui réalise pratiquement l'idée. La volonté autonome, la volonté pure, par son efficacité, tend à refouler davantage les déterminations métaphysiques qu'en vertu de son emploi traditionnel la chose en soi prêtait à la causalité inconditionnée de la raison ^ Elle prévaut, en tout cas, dans la pensée de Kant, sur la notion du caractère intelligible qui exprimait en termes quasi ontologiques, et sans la définir exactement dans son rapport avec la loi mo-

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