‹ La philosophie pratique de KantChapitre 195 sur 361 · I. V. plus haut, p. 379, p · texte numérisé non relu

I. V. plus haut, p. 379, p

a. Nous avons vu (p. aSa-aSS, p. 288) que dans la Critique de la raison pure, l'idée du souverain bien paraît ajouter encore à l'autorité de la loi.

3. V. en particulier les lettres qu'écrit à Ivanl à ce moment Bicster, l'un des fondateurs de la fie'^ue de Berlin, organe de V AufkUirung(^Rrief\veclisel, I, p. /iio, p. !i-i>^!i?)'\, p. 439). — Voir la lettre de Marcus Ilerz, du 37 février 1786 (Jbid., 1, p. 409).

LE SAVOIR ET LA FOI SqQ

s'imposer du dehors ou être livrée à l'inspiration du sentiment. La critique dans le rationalisme, la rationalité dans la foi : voilà ce qu'il opposait aux deux partis adverses.

Ce fut le thème principal de l'article qu'il publia en octobre 1786 dans la Revue de Berlin sous le titre : Qu'est-ce que s'orienter dans la pensée^? L'article se référait aux Heures matinales de Mendelssohn récemment parues", ainsi qu'à son écrit aux amis de Lessing, de l'autre coteaux Lettres de Jacobi sur la doctrine de Spinoza ainsi qu'à son écrit contre l'imputation de Mendelssohn.

Dans les deux écrits de Mendelssohn Kant trouvait l'indication d'une maxime de recherche, qui se retournait logiquement contre le dogmatisme métaphysique de l'auteur, qui, mal entendue comme elle se prêtai ta l'être, devenait tout naturellement une arme contre le rationalisme même, mais f[ui, bien interprétée et approfondie, pouvait être admise par la philosophie critique et en même temps la confirmer. Cette maxime, c'est qu'il faut que la pensée ait pour ses démarches spéculatives quelque principe qui lui permette de s'orienter. Mendelssohn appelait le principe en question tantôt sens commun, tantôt saine raison, tantôt simple bon sens : malheureusement il mettait cette idée juste dun principe d'orientation au service' de l'exaltation visionnaire, de la Schwdrmerei : indirectement, quand il la laissait à ce point ambiguë que son adversaire pouvait la reprendre comme l'expression d'un sens intuitif et mystérieux de la vérité ; directement, quand il en usait lui-même pour développer démonstrativement un prétendu savoir des choses

1. IVas heisst : sich im Denken orientiren? IV, p. 337-353. — V. aussi, de la même époque, Benierhungea zn Jacoh's Prufung der Meiidelssohnschen Moi geiistiinden. 1786, I\, p. 463-168. — Cf. la lettre de Kant à Christian Gottfried Schùtz de la fin de novembre i'i%b{Briefwechsel, I, p. /io5-4o6), les lettres de Jacob à Kant du 26 mars 1786 (^Ihid., p. 4i2-4i5), et du 17 juillet 1786 {Ibid., p. 434-438), la lettre de Kant à Jacob du 26 mai 1786 {/bid., p. 427).

2. V. la lettre de Mendelssohn à Kant du 16 oct. 1785 {lùid., p. 389). — Dans la Préface de son ouvrage, Mendelssohn parlait de Kant comme du philosophe « qui réduit tout en poussière h (des ailes zermalmenden Kant).

supra-sensibles. Et cependant il eut suffi d'étendre et de préciser cette idée j^our être à même d'expliquer quelle doit être, en ce qui concerne les objets supérieurs à l'expérience, l'attitude de la saine raison '.

Qu'est-ce, en efifet, d'une façon générale, que s'orienter? C'est, d'une région donnée du monde — supposé que l'horizon soit divisé en quatre régions — trouver les trois autres, et tout d'abord l'Orient. Quand nous voyons le soleil dans le ciel à midi, il nous est aisé de discerner les quatre régions : mais pour cela il nous faut aussi un moyen subjectif de distinction, un sentlinenl de la différence entre la droite et la gauche. Que ce sentiment nous fasse défaut, et qu'un jour, par miracle, tous les astres, en conservant leur forme et leur situation respective, se mettent à suivre une direction inverse : notre œil ne remarquerait pas la nuit suivante, à la clarté des étoiles, le moindre changement. Voilà donc sur quoi repose l'orientation géographique. De même, pour morienter dans un espace donné en général, il faut que je puisse distinguer entre ma droite et ma gauche ; sans cela, je ne saurais, par exemple, me reconnaître dans une chambre obscure dont les objets familiers auraient eu leur ordre général interverti, tout en gardant les uns par rapport aux autres la même position. Gomme l'orientation géographique, l'orientation mathématique suppose le sentiment d'une distinction entre mes deux côtés.

N'y a-t-il donc pas pareillement un principe subjectif pour l'orientation de soi-même dans la pensée .^* Certes, s'il s'agit des objets du monde sensible, il y a pour le jugement qui les détermine des règles objectives, par elles-mêmes, semble-t-il, suffisantes. Mais s'il s'agit de dépasser les limites de l'expérience, d'aller vers un monde qui, au lieu de nous fournir des objets d'intuition, paraît seulement marquer la place pour une intuition possible, il faut bien alors à la raison, pour diriger sa démarche, quelque principe

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