‹ La philosophie pratique de KantChapitre 196 sur 361 · LE SAVOIR ET LA FOI ^OI · texte numérisé non relu

LE SAVOIR ET LA FOI ^OI

Mibjeclif de distinction. Ce principe, c'est un besoin quelle ressent d'affirmer la réalité de certaines idées, sans qu'elle puisse cependant en administrer jamais la preuve théorique suffisante.

Toutefois il y a lieu d'expliquer comment ce besoin est un droit, et à quelle condition il peut se satislkiie. Il faut d'abord que les idées que l'on prétend déterminer par delà l'expérience se montrent à la raison exemptes de contradiction : il faut de plus en concevoir l'objet dans son rapport avec les objets de l'expérience, non pas pour lui donner une forme sensible, mais pour savoir s'il est compatible avec l'usage défmi de notre entendement. 11 faut enfin que ces idées ne servent pas à développer des hypothèses destinées à remplacer, pour des objets de l'expérience, les explications existantes ou possibles par des causes sensibles, par des causes perçues ou susceptibles de l'être. C'est ainsi qu'il n'y a aucun intérêt et qu'il peut même y avoir un grave préjudice pour la raison à admettre linlluence d'êtres de la nature purement spirituels : car on ne peut rien dire de leur mode d'action. Il n'y a donc pas là un véritable besoin de la raison, mais seulement une curiosité mal disciplinée qui s'égare en des fictions stériles. Il en est tout autrement du concept d'un Etre premier, conçu comme intelligence suprême et en même temps comme souverain bien. Que nous soyons forcés de donner pour fondement à toute posrsibilité l'existence d'un Etre absolument réel, que nous ne puissions pas rendre compte suffisamment de l'existence des choses dans le monde et de la finalité qui s'v rencontre à un dearé admirable sans supposer une

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Cause intelligente, c'est là un besoin véritable de la raison, puisque la raison ne peut concevoir qu à ce prix la parfaite intelligibilité du donné ; elle a donc des motifs subjectifs suffisants d'affirmer ce qu'elle ne peut point démontrer théoriquement.

Cependant la raison, outre un usage théorique, a un usage pratique ; pour le premier de ces deux usages, son

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besoin n'est que conditionne : elle est forcée cVadmettre l'existence de Dieu quand elle veut juger des premières causes de ce qui est contingent : pour le second de ces deux usages son besoin est inconditionné: ici, il faut quelle juge. La loi morale conduit en effet à lidée du souverain bien, qui comprend à la Ibis ce qui est possible dans le monde par la liberté, à savoir la moralité, et ce qui relève de la nature, non plus de la liberté bumaine, à savoir le plus grand bonheur dans une juste proportion avec la moralité. La raison a donc besoin d'admettre ce souverain bien dépendant, et pour le garantir, une intelligence suprême, qui est le souverain bien indépendant : non point certes afin de dériver de là l'autorité obligatoire de la loi morale ainsi que le mobile qui porte à l'observer, — ce serait enlever à l'action sa valeur — mais afin d'exclure l'opinion qui tiendrait la moralité pour un idéal sans objectivité par le fait que serait dépourvue d'existence l'idée qui l'accompagne indissolublement. C'était donc par un besoin de la raison, non par le progrès d'une prétendue connaissance, que Mendelssohn à son insu s'orientait dans la pensée spéculative. Si son effort n'était pas entièrement vain, en ce qu'ilpermettait de découvrir au fond, sous l'illusoire apparence des démonstrations objectives, l'action des motifs subjectifs d'afiirmer, il avait le fâcheux inconvénient d'ouvrir la voie, par le dogmatisme de la connaissance rationnelle, au dogmatisme de l'inspiration irrationnelle. Il n'échappait pour son compte à ce danger que par le souci qu'il avait de régulariser, à l'exemple de Wollf, par une méthode scolastiquc toutes les démarches de l'esprit. Au reste quand il en appelait à la saine raison, que faisait-il sinon avouer l'impuissance de la raison démonstrative? Il eût sans doute donné à cet aveu toutes ses conséquences, s'il eût eu, avec une plus longue vie, cette aptitude qu'a la jeunesse à modifier sa pensée selon les changements survenus dans l'état des sciences. Jl eût compris alors la nécessité d'une Critique |)our ne |)as laisser la raison s'employer indistinctement

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à toutes ses tâches sans une limitation exacte de ses usages \ Il importe donc que la décision de la saine raison reçoive une détermination plus précise qui la ramène à sa source véritable. Aucun terme ne convient mieux pour elle que celui-ci : foi de la raison 'Verminftglaube - . Foi de la raison, et non pas seulement foi rationnelle, car toute foi, même la foi historique, est une foi rationnelle, la raison étant toujours en fm de compte la pierre de touche de la vérité. Le caractère essentiel d'une foi de la raison, c'est qu'elle ne repose point sur d'autres données que celles qui sont contenues dans la raison pure. Kant reprend pour les définir les distinctions et les critères qu'il avait déjà indiqués ailleurs, notamment dans la Méthodologie traiiscendantale de la Critique de la raison pure"; il insiste seulement davantage*sur la relation de la foi à la raison pure comme à son principe, et il marque en termes plus saillants les rapports de la foi avec la science. La foi de la raison n'est pas, comme l'opinion, un état provisoire de la pensée qui peut par la conquête d'arguments objectifs nouveaux se transformer en un état de certitude scientifique : elle n'est pas. en tant que foi, comme le soutenaient des représentants de ÏAafklurung, une forme confuse et subordonnée de connaissance, destinée à disparaître peu à peu devant la puissance croissante des idées claires et distinctes ; elle dérive d'un besoin nécessaire qui, dans notre condition humaine, ne saurait jamais trouver nulle part un substitut. Quand ce besoin se manifeste en matière théorique, il donne lieu à des hypothèses que nous admettons parce (jue nous ne pouvons pas, pour certains ellets donnés, trouver d'autre principe d'explication, et qu'il réclame un tel principe \ Quand il se

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