‹ La philosophie pratique de KantChapitre 200 sur 361 · III, p. a · texte numérisé non relu

III, p. a

2. Dès avril 1786, Kant avait songé à une réédition et à une revision de son ouvrage ; la publication nouvelle en eut lieu en 1787 (V. les notes de Benno Eidmann dans l'édition de l'Académie de Berlin, III, p. 555-558). On sait à quelles nombreuses controverses a donné lieu depuis Jacobi et Schopenhauer la dillcrence des deux éditions. V. en particulier Benno Erdmann, Kaitls Kriticismus, qui, par la richesse des renseignements et la minutieuse analyse des textes, apporte de grandes lumières pour l'examen de la question, bien qu'on puisse trouver étroite l'idée que l'auteur se fait de la tendance essentielle de la Crilif/iie, inexactes certaines de ses interprétations et très discutable sa conclusion finale. — Rappelons sim|)lement qu'en dehors de l'addition de petits passages et de nombreuses modifications de détail dans la forme, les nouveautés importantes de l'édition de 1787 sont : une Préface tout autre, des remaniements de V/ntroduclioii, de la Déduction des concepts purs de l'eiilendeinent (seconde et troisième section), du chapitre sur le fondement de la distinction de tous les objets en général en phénomènes et en nonnii^nes, du chapitre sur les paralogismes de la psychologie rationnelle.

3. V. dans la première édition de la Critique (lil. p. '196) une formule qui s'en rapproche : « Car il doit vous suffire encore cpie vous soyez à même de parler le langage d'une foi solide, justifiée au regard de la plus sévère raison, quand même vous devriez renoncer à celui de la science. »

t\. Un passage considérable de la nouvelle Préface (III, p. 22-27) s'inspire des mêmes idées que l-article qu'est-ce qu orienter dans ta pensée ?

LA DEtXIEAIE EDITION DE LA CRITIQUE 'joy

un sens exclusivement pratique, sa condition justificative dans la Critique et son origine dans la raison.

Il est en effet à remarquer que la nouvelle édition, loin d'atténuer le caractère rationaliste de la Critique, le met au contraire plus fortement en relief, déjà même au point de vue théorique. Kant, dans l'intervalle, avait publié les Premiers principes métaphysiques de la science de la nature\ et ayant éprouvé par là la force et la fécondité de sa méthode, il pouvait se flatter plus que jamais de pouvoir présenter une doctrine positive complète de la connaissance a priori'; de la Critique doit sortir la Métaphysique immanente qui éliminera, en la remplaçant, la Métaphysique transcendante. Aussi, dans la nouvelle Préface, Kant insiste-t-il sur ce que doit être la Métaphysique quand elle veut mériter le nom de science ; il reconnaît pour elle la nécessité de procédés dogmatiques si l'on entend par là une démonstration conduite avec rigueur par la seule raison pure à partir de principes a priori"^. Il proclame que c'est à l'exemple des sciences qu'il a conçu la nécessité et le moyen de la réformer. Comment en effet les mathématiques et la science de la nature ont-elles mis fin un jour, par une révolution subite, à leur incertitude et leurs tâtonnements.^ C'est en se rendant compte que la seule considération passive des objets ne peut en apporter l'explication, que la raison ne peut avoir l'intelligence que de ce quelle j)roduit selon son jîlan à elle, qu'elle doit donc avec ses principes anticiper sur les choses à connaître au lieu de se laisser conduire par elles. « Que l'on cherche donc une fois si nous ne réussirions pas mieux dans les problèmes de la Métaphysique en supposant que les objets doivent se régler sur notre connaissance, ce qui s'accorde déjà mieux avec ce que nous désirons expliquer, c'est-à-dire avec la possibilité d'une connaissance a priori de ces objets, qui doit établir quelque

I. Metaphysische Anfangsgrùnde der Natui^vissenschaft (^i']86y ■>. V. la Préface de l'ouvrage, lY, p. 307-368.

4o8 LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE RANT

chose sur eux, avant qu'ils nous soient donnés. Il en est ici comme de la pensée première de Copernic : voyant qu'il ne pouvait venir à bout d'expliquer les mouvements du ciel, lorsqu'il supposait que l'ensemble des astres tourne autour du spectateur, il chercha s'il ne vaudrait pas mieux supposer que c'est le spectateur qui tourne et que les astres restent immobiles'. » Selon cette analogie, il apparaît que les difficultés dans lesquelles se débattait la Métaphysique s'évanouissent dès que l'on admet que notre intuition sensible et nos concepts de l'entendement, au lieu de se modeler sur leurs objets, déterminent, au contraire, la condition qui nous les fait percevoir et connaître : c'est ainsi qu'ils sont véritablement a priori'.

Au point de vue pratique, la nouvelle édition non seulement confirme, mais encore accroît la portée rationaliste de la Critique. Nous avons vu que, dans la première édition, la philosophie transcendantale devait laisser en dehors d'elle le principe moral à cause des concepts empiriques de plaisir, de peine, de désirs, d'inclinations qu'il doit nécessairement supposer ^ La seconde édition corrige, du reste incomplètement, ce passage en faisant remarquer que ces concepts, qui du reste ne servent jamais de fondement aux prescriptions morales, ne figurent dans l'exposition d un système de la moralité que parce qu ils représentent les obstacles à surmonter ou les mobiles à s'interdire'. Mais Kant, tout en laissant réimprimer dans son Introduction que la philosophie transcendantale n'est que celle de la raison pure spéculative, avait bien signifié au contraire dans la nouvelle Préface que la philosophie transcendantale est aussi celle de la raison pratique. La connaissance a priori, y disait-il, peut se rapporter à son objet de deux manières ; ou bien elle a seulement à le déler-

?.. III, p. l5-22.

Page 1