I.V DEUXIEME EDITION DE EA CRITIOt E '| I I
comme si Ion soutenait que la police n'a point crutililé posilive parce que sa fonction consiste à empêcher les violences (lu usurpations éventuelles. Au surplus, en décidant que (oute connaissance se réduit aux seuls objets de l'expérience, la Critique fait une réserve importante : à savoir, que si nous ne pouvons connaître des objets comme choses en soi, nous pouvons du moins les penser comme tels. Autrement on serait conduit à cette assertion absurde qu'il y a des manifestations phénoménales sans qu'il y ait rien qui se manifeste'. Mais dès que la Critique a montré qu'il y a une distinction fondamentale entre les choses données dans l'expérience et les choses en soi, les idées' suprêmes de la Métaphysique, c'est-à-dire Dieu, la liberté, l'immortalité, parce qu'elles ne peuvent donner lieu à des vues transcendantes, peuvent et doivent être admises selon le besoin qu'en a la raison dans son usage pratique nécessaire. La raison spéculative ne peut en effet dans ce cas rien opposer à leur possibilité, elle reconnaît donc le droit qu'a la raison pratique de les déterminer en vertu des exigences de la moralité. Ainsi la liberté peut être sauvée réellement du mécanisme de la nature sans d'ailleurs l'endommager à son tour dans son domaine propre, au lieu d'être vainement (l('fendue par des distinctions verbales comme celle de la cessité pratique objective et de la nécessité pratique sub-
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I. Il est certain que pour répondre aux accusations d'idéalisme Kant a intéi^ré de plus en plus positivement la chose en soi dans son système : là-dessus la tlièse générale de Benno Erdmann {f>p- cit.) reste juste, alors même qu'elle est j)arfois fondée sur de faux arguments, comme celui qui consiste à interpréter dans la Réfutation de l' Idéalisme (2" édition) les choses hors de moi comme des choses en soi (Cf. V. Delhos, Sur la notion de l'expérience dans la philosophie de Kant, Bibliothèque du Congrès international de philosophie, IV, 1902, p. 'i~'i)- Est-ce là, comme le prétend Benno Erdmann, une régression vers la vieille ontologie, favorisée par la force croissante des préoccupations morales chez Kant.'* Nullement, à ce qu'il semble. Car les déterminations pratiques des choses en soi en refoulent de plus en plus les déterminations ontologiques. Ce qui parait plus vrai, c'est que l'esprit de Kant est de plus en plus sensiblement en marche vers un système complet de la raison pure, capable de fournir, selon les conditions fixées par la Critique, l'équivalent positif des anciennes métaphysiques.
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jective ' : c'est alors la claire idée de nos devoirs, en opposition avec les mobiles sensibles, qui nous en donne la conscience. De même, ce n'est pas la preuve tirée de la simplicité de sa substance qui peut nous assurer de la persistance de l'âme après la mort, pas plus que ce n'est la preuve tirée de l'idée d'un Etre souverainement réel ou toute autre preuve qui s'y réfère, qui peut nous assurer de l'existence de Dieu. Mais que l'on rappelle à l'homme cette dis- ■ position naturelle qui fait que rien de temporel ne peut le satisfaire et remplir entièrement sa destinée : qu'on l'invite à contempler l'ordre magnifique et la prévoyance qui éclatent de toutes parts dans la nature : de là naîtra irrésistiblement la croyance pratique, fondée sur des principes rationnels, en une vie future et en un sage auteur du monde. L» Critique ne porte atteinte qu'au monopole des écoles et à leur prétention arrogante de tenir seules le dépôt de la vérité : elle est en parfait accord au contraire avec 1 intérêt profond et universel de l'humanilé, pour laquelle elle réclame le droit à l'insouciance des disputes théologiques et métaphysiques, qu'elle rend à ses convictions pratiques spontanées. Donc, quand elle se livre à une recherche approfondie des limites de la connaissance, elle n'est pas une école nouvelle : elle met fin plutôt au scandale de la lutte des écoles. Elle détruit dans leurs racines le matérialisme, le fatalisme, l'athéisme, aussi bien que l'idéalisme et le scepticisme ; elle seule peut victorieusement combattre l'incrédulité des esprits forts ""et le dogmatisme des visionnaires. Lorsque les gouvernements se mêlent des affaires des savants, ils feraient mieux, dans leur sollicitude pour les sciences comme pour les hommes, de favoriser la liberté d'une critique qui seule est capable de développer en une trame solide l'ouvrage de la raison, au lieu de protéger le despotisme ridicule des écoles, toujours prêtes à
1. Ceci vise Mendclssoliii. — CI'. Benierlutii^en zii Ja/ioh's Pri/fuiig, IV,
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crier au danger public quand on déchire leurs toiles d araignées ' .
Ivant s'applique donc particulièrement à montrer dans cette nouvelle édition que le principe critique, selon lequel notre connaissance ne peut porter que sur des objets d'expérience, constitue, par l'extension pratique de la raison, un principe positif d'airn-malion. De ce que les catégories ont besoin d'une intuition pour rendre la connaissance possible, il ne suit point qu'elles soient restreintes aux limites de notre intuition sensible ; elles ont dans la pensée un champ illimité, elles peuvent donc comporter des définitions réelles d'un autre ordre, touchant le sujet et sa volonté ". Sans doute encore les choses en soi ne peuvent être dites des noumènes qu'en un sens négatif; mais que comme telles elles enferment, sans que nous puissions les connaître, des déterminations intelligibles possibles, qu'exprime le terme « noumène » dans son sens positif, c'est ce que Kant parait dans la rédaction nouvelle affirmer avec plus de netteté \
La revision du chapitre consacré à l'examen des paralogismes de la raison pure a eu en partie pour but de rassurer contre les conséquences en apparence négatives de cet examen. En établissant l'impossibilité de décider dogmatiquement quoi que ce soit sur la nature de l'âme, la Critique soumet du même coup le matérialiste à cette sentence ; et si elle écarte les preuves spéculatives de la vie future, également subtiles et inefficaces, elle autorise une autre preuve, tirée de la raison commune et admirablement propre à produire la conviction. La raison n'a en effet pour cela qu'à suivre sa pente à concevoir un ordre des fins qui lui soit propre, qu'à s en représenter l'analogie avec le système des fins de la nature tout en se fondant sur la loi morale, pour pouvoir dépasser les bornes de ce dernier