‹ La philosophie pratique de KantChapitre 204 sur 361 · III, p · texte numérisé non relu

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4l4 l'A. PHILOSOPHIE PRATIQUE DE RA^T

système. Dans la nature, chez les êtres viAants en particulier, il n'est rien, selon la raison, qui ne soil apjDropné à son but et qui ne se justifie par sa destination : il est impossible, suivant cette analogie, que l'homme « qui pourtant peut seul contenir en lui le but final de toutes ces choses » fasse e\:ception à cette règle. En elfet les dispositions de sa nature, — et il n'est pas seulement question par là de ses talents et de ses penchants, mais surtout de la loi morale- — sont tellement supérieures aux avantages qu'il en pourrait tirer dans la vie présente qu'elles resteraient en désaccord avec le principe d'un ordre universel s'il ne devait pas y avoir une autre vie : la certitude de la valeur incomparable de la moralité l'autorise donc à espérer, s'il s'en est rendu digne, de devenir <( le citoyen d'un monde meilleur dont il a l'idée' )). Voilà la preuve irréfutable, dont la puissance sur les âmes ne tient nullement à une connaissance purement théorique de ce que nous sommes dans le fond, mais à la conscience de notre raison « comme faculté pratique en elle-même " ».

Mais il se trouve en outre que certains problèmes, exclusivement spéculatifs d'apparence, et insolubles sous la forme que les écoles leur ont donnée, reçoivent au point de vue pratique un sens et une solution. Dans la psychologie rationnelle on s'efforce vainement de comprendre comment le Moi en soi peut produire ses états empiriques : car d'un côté le Moi en soi ne pourrait être saisi que par une intuition intellectuelle qui nous fait défaut, et d'un autre côté ses états empiriques témoignent uniquement de la réceptivité de l'intuition sensible. Cependant « supposez qu'il se

I. III, p. 286-288. — Cette preuve qui ne représente pas, au moins expressément, la vie future comme le moyen de raccord entre la vertu et le bonheur, mais plutôt comme le développement d'une moralité affranchie des obstacles do l'existence actuelle, reproduit la preuve par analogie des Leçons sur la mi'ta/jliysiffue (V. plus haut p. 171-172), mais en y ajoutant une garantie plus ferme au moyen de la loi morale conçue comme loi pratique de la raison. Elle définit plus rigoureusement par là le conteiui de ce (|ui sera dans la Criti(/uc de In raison pratique le postulat de l'immortalité.

■>.. III, p. im.

LA DEUXIEME EDITION DE LA CRITIQUE ^l I O

trouve par la suite, non pas clans l'expérience, mais dans certaines lois de l'usage de la raison pure établies a priori et concernant notre existence (lois qui ne sont pas par conséquent de simples règles logiques) une occasion de nous supposer tout à fait a priori législateurs au regard de notre propre existence et même déterminant aussi cette existence : ainsi se découvrirait une spontanéité, par laquelle notre réalité serait dé termina ble sans avoir besoin pour cela des conditions de l'intuition empirique, et nous nous apercevrions alors que dans la conscience de notre existence a priori quelque chose est contenu qui peut servir à déterminer cette existence à nous qui n'est absolument déterminable que d'une manière sensible, à la déterminer toutefois par rapport aune certaine faculté interne relative à un monde intelligible (d'ailleurs simplement conçu)' ». Ainsi, grâce à l'idée maîtresse de la Gruiidleguiig, — l'idée de la volonté autonome, — la raison pratique apparaît capable non seulement de se suffire, mais de prêter ses déterminations propres à certains concepts issus de la raison théorique : l'extériorité relative des deux raisons l'une par rapport à lautre tend à disparaître devant une conception plus « architectonique », selon laquelle « l'idée de la liberté, entant que la réalité en est démontrée par une loi apodictique de la raison pratique, forme la clef de voûte de tout l'édifice d un système de la raison pure, y compris même la spéculative - ». — Ces paroles initiales de la Critique de la rcdsoa praticjue, prête pour l'impression peu de temps après que le remaniement de la Critique de la raison pure avait été terminé, découvrent bien Fesprit dans lequel Kant avait opéré çà et là ce remaniement.

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