‹ La philosophie pratique de KantChapitre 221 sur 361 · V, p. I i2-ii · texte numérisé non relu

V, p. I i2-ii

2. Le kantien Charles Christian Erhard Schmid. dans son Essai d'une pliiloso/jliie morale (Versuck eiiiev Mordlpliilosophie, 1790) exposait la doctrine dn souverain bien sous le titre suivant : Union absolue de la raison l>rafi(/ue pure (H de la raison pratique empirique (Ahsolute Vereinigung der reineii und empirischen praklisclieii Vernuiift, p. 1^8).

Lorsque Hermann Cohen soutient (R'ants Begriindung der Ethik, p. 3o5 sq.) que selon le pur esprit du kantisme, le souverain bien ne peut être que la loi morale elle-même prise pour objet, ou la société morale des êtres raisonnables, il |)arait d'abord perdre de vue que l'une des maximes essentielles de la pensée kantienne est que l'inconditionné, comme objet, doit toujours se poser en relation avec le conditionné ; il ne prend peut-être pas garde non plus que chez Kant rcx[ilication transcendantale de la volonté suppose que l'on distingue entre le concept par lequel la volonté se détermine, et l'effet causé par cette détermination — effet qui est l'objet de la volonté, au sens précis (V. \, p. ç), note). — Cf. Axel llagerstrora, kants Ethik, p. 46o-463.

Le souverain bien peut s'entendre de deux façons, selon le sens que l'on donne au mot souverain. Souverain peut signifier suprême fsupremum) ou complet (consummatum) . Dans le premier cas, il désigne une condition qui est ellemême inconditionnée ; dans le second cas, un tout qui n'est point partie d'un tout plus grand de la même espèce. Le souverain bien est donc, d'une part, la vertu telle qu'elle résulte du strict accomplissement de la loi morale ; il est, d'autre part, en même temps que la vertu, le bonheur en proportion avec elle. Si la vertu est le bien suprême, elle n'est pas le bien complet, objet de la faculté de désirer propre à des êtres raisonnables finis ; elle réclame l'adjonction du bonheur'. C'est elle, du reste, qui joue le rôle de condition puisqu'elle est par elle-même absolument bonne, tandis que le bonheur est le conditionné, puisqu'il n'est bon qu'à certains égards et qu'il n'est véritablement justifié que par une conduite vertueuse. Kant, pour marquer cette connexion des deux éléments du souverain bien, reprend une de ses anciennes définitions de la vertu ^ que la Grandlegunçj avait négligée, sans en effacer pourtant tout à fait la trace ' : la vertu est ce qui nous rend dignes d'être heureux'.

Le problème du souverain bien continue donc d'appartenir par certains côtés à la philosophie pratique, et dans les termes mêmes oii Kant l'avait précédemment posé, c'està-dire comme le problème d'un juste accord entre la vertu et le bonheur'. Par son énoncé comme par les dispositions

1. Cf. Giufidle£;ung : « La bonne volonté peut donc n'être pas le seul bien ni le bien complet ; mais il faut y voir le bien suprême (das hiichste Gut), et à ce titre la condition que suppose tout autre bien, même toute aspiration au bonheur. » IV, p. 244- — V. une critique des divers sens du terme « souverain bien » et de son application dans Em. Arnoldt, Ueber Kants Idée vom hûcfislen Gut, 1874-

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