I. V, p. i28-i3o. — Cf. Die Religion, YT, p. i^a
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entre elles, dans leur rapport au sujet, la nature et la moralité pour rendre Dieu nécessaire. En effet lé bonheur est un état du sujet à qui tout arrive selon son gré ; il implique donc une harmonie de la nature avec les fins poursuivies par ce sujet. Mais la loi morale pose comme obligatoires des principes de détermination qui sont indépendants du rapport de la nature à notre faculté de désirer, et la puissance qu'elle garantit, si elle peut produire des intentions et des maximes, ne peut en aucune façon régler le cours des choses. Notre liberté, qui fait de nous des êtres agissant dans le monde, ne fait pas de nous des auteurs du monde. Par conséquent, s'il doit y avoir un bonheur lié à la moralité et en proportion avec elle, il ne peut être assuré que par l'existence d'une Cause de la nature, distincte de la nature, et contenant en elle le principe de cette liaison et de cette projDortion. Remarc^uons bien que (( cette Cause suprême doit renfermer le principe de l'accord de la nature, non pas seulement avec une loi de la volonté des êtres raisonnables, mais avec la représentade cette loi, en tant que ceux-ci en font le principe suprême de détermination de leur volonté, par suite non seulement avec les mœurs considérées quant à la forme, mais avec leur moralité comme principe de leur détermination, c'està-dire avec leur intention morale' ». Mais un être qui est capable d'agir selon la représentation de certaines lois est une intelligence, et un être dont la causalité est déterminée par cette représentation est une volonté. Donc la Cause suprême de la nature, qui renferme en elle la condition du souverain bien, est telle en tant qu'intelHgence et volonté. Elle est le souverain bien primitif qui rend possible le souverain bien dérivé, ou le meillenr monde. Toutefois celte affirmation de Dieu, exclusivement relative à la raison pra-
I. V. p. i3i. — La Critique de la faculté de juger, dans ses lignes essentielles, s'appliquera à marquer le rapport de la nature à la moralité conçue en ellcnièmc et dans sa loi autant qu'aux sujets moraux conçus dans leurs intentions. Cf. notamment Y, p. /|G2-463, note.
tique, ne retient de Dieu que les attributs strictement nécessaires pour comprendre par lui la possibilité du souverain bien. Elle ne détermine aucun des prédicats transcendantaux qui lui sont rapportés par la raison théorique ; si elle comprend des prédicats tirés de notre propre nature, comme une intelligence et une volonté, c'est à la condition, d'abord de les dépouiller de tous les caractères empiques qu'ils revêtent chez nous, ensuite de n'en conserver que les caractères pratiques purs, ceux qui ont trait au rapport de la causalité divine avec la représentation de la loi, soit pour elle, soit pour d'autres êtres raisonnables, et des conséquences qui s'y rattachent'. Mais à ce compte et dans ces limites, elle nous fournit de Dieu un concept exactement déterminé. La philosophie théorique, elle, ne peut, en toute rigueur, ni prouver l'existence de Dieu, ni définir ses attributs. En introduisant Dieu pour expliquer le système des phénomènes naturels, elle avoue qu'elle est au bout de ses explications ; quand elle s'efforce de le connaître au moyen de simples concepts, elle ne peut par aucun raisonnement légitime conclure de ce qui est dans lentendement à un objet hors de l'entendement: si elle invoque l'ordre et la finalité du monde, comme elle ne s appuie que sur l'observation d'une petite partie de ce monde et qu'elle ne peut non plus comparer ce monde même à tous les mondes possibles, elle peut en quelque mesure afErmer une Cause sage, bonne, puissante, mais non souverainement sage, souverainement bonne, souverainement puissante. Qu'on lui accorde le droit de combler cette lacune par une hypothèse tout à l'ait raisonnable, qui suppose par delà les bornes de notre obser\atiou un ordre analogue à celui que nous observons, et qui lui permette d'attribuer à lAuteur du monde toute perfection possible : il n'en reste pas moins que c'est un droit qu'elle prend, non une lumière qu'elle fournit, et
I. C'est une détermination jOrt/- a/ia/o^ie, dit encore Kant detns V Analytique, V. p. 60. — Cï.Kritik der reinen Vernunft, HT. p. 538. — Kritik der Urtheilskraft. V, p. '(,3S, p. 470, p. 47!)-
Delbos. 3i
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un droit dont l'usage doit re'cevoir d'ailleurs sa consécration. La philosophie pratique, au contraire, exigeant Dieu comme condition de ï existence d'un objet à produire, et d'un objet le plus pm'fait possible, qui est le souverain bien, peut à la fois assurer l'existence de Dieu et le concevoir doué d'une souveraine perfection. Elle peut même, à son point de vue, lui restituer une partie d^s attributs que la raison théorique concevait pour lui, mais à vide. Elle peut le dire omniscient, pour qu'il soit capable de pénétrer jusqu à nos plus secrètes intentions dans tous les cas et dans tous les temps, omnipotent, pour qu'il puisse départir à notre conduite les conséquences qu'elle mérite, etc.. En tout cas, c'est de la raison pratique, non de la raison spéculative, qu'est issu dans sa plénitude positive le concept de Dieu ; la raison spéculati\e n'a servi qu'à lui chercher des interprétations ou des confirmations extérieures, qu'à lui prêter trop souvent le faux éclat d'une apparente science ' .
Ainsi, par l'idée du souverain bien, la morale conduit à la Religion. Si les écoles de l'antiquité n'ont pas su frayer ce chemin à leur doctrine, c est quelles ont considéré à tort l'usage des forces naturelles comme suffisant pour permettre à l'homme la réalisation de sa lin suprême. Les Epicuriens, en adoptant le faux principe de la recherche du bonheur, ramenaient le souverain bien aux proportions d'une prudence assez mesquine qui ne dépassait pas l'horizon de la vie sensible. Les Stoïciens, eux, on faisant de la vertu la condition du souverain bien, adoptèrent sans doute un |)rlncipe vrai ; mais ils commirent la faute de rabaisser la loi pour exalter l'homme ; ils crurent en ^AXc\ d'une piart que toute la vertu recpiise par la loi peut être atteinte en cette vie. et d'autre part ils attribuèrent à Ibomme sous le nom de sagesse une puissance bien supé-
I. \ , p. i3o-ior, p. i'|3-i^7. — Cr. Kvilik der n'irien Venntnft. IIF, p. 5o8. — Kritik dev Urtkcilskraft. \ , p. !\^^.
rieure à celle que comporte notre nature ; ils remplacèrent la Religion par riiéroïsme. prétendant à la fois libérer le sage de tout désir de bonheur qui ne serait pas le contentement de sa conscience, et l'exempter de toute défaillance, même de toute tentation. Il leur a manqué de comprendre que le sentiment des énergies intérieures de lame est loin d'être adéquat à la pure représentation de la loi : il leur a manqué aussi, comme Kant l'indique, de comprendre l'origine et la profondeur du mal'. Le Christianisme, au contraire, (( quand même on ne le considérerait pas encore comme doctrine religieuse », satisfait pleinement à toutes les exigences de la raison pratique. Il ordonne la sainteté des mœurs, tout en déclarant que riiomme ne peut arriver qu'à la vertu, cest-à-dire à la résolution d'agir selon la loi par respect pour elle, et tout en l'avertissant de la puissance des mobiles impurs qui peuvent à chaque moment altérer son intention. Ce qu'il nous enseigne donc comme obligatoire, c'est le progrès indéfini vers la sainteté, et c'est par là qu'il nous communique le juste espoir de la perpétuité de notre vie morale. S il proclame que ce progrès peut être inauguré par nous ici-bas, il reconnaît que le bonlieur qui y doit correspondre n'est pas en notre pouvoir et ne peut nous être donné que dans une existence future, qu'il est pour nous un objet d'espérance".
Kant prétend donc que. soit pour la conception de la morale, soit pour celle des rapports de la morale avec la Religion, sa doctrine est en parfait accord avec le Christianisme. Mais n'est-ce pas là un retour à la morale théologique, par conséquent à une morale d'autorité extérieure et d'hétéronomie P Nullement ; car tel n'est pas le Christianisme dans son esprit. « Le principe chrétien de la morale n'est pas théologique (partant hétéronomie), mais il est l'autonomie de la raison pure pratique par elle-même, parce que cette morale fait de la connaissance de Dieu et de sa