‹ La philosophie pratique de KantChapitre 224 sur 361 · Cf. Die Religion, VI, p. i53. — V. plus loin, p · texte numérisé non relu

Cf. Die Religion, VI, p. i53. — V. plus loin, p

/i84 LA PHILOSOt>HIE PRATIQUE DE KANT

volonté la base, non de ces lois, mais de l'espoir d'arriver au souverain ])ien sous la condition d'observer ces lois, et parce qu'elle place le véritable mobile propre à nous les faire observer, non pas dans les conséquences désirées, mais uniquement dans la représentation du devoir, comme étant la seule chose dont la fidèle observation nous rende dignes de nous procurer ces conséquences '. » Si, du reste, la considération du souverain bien mène droit à la Religion, entendue en un sens rationnel, c'est sans porter atteinte à la suprématie inconditionnée de la loi morale. Sans doute la Religion consiste à nous faire regarder tous les devoirs comme des commandements de Dieu", mais elle ne nous les présente pas pour cela comme des prescriptions arbitraires et contingentes d'une volonté étrangère : elle doit les maintenir comme des lois essentielles de toute volonté libre, qui ne revêtent le caractère de commandements divins que parce que seule une volonté moralement parfaite et toute-puissante, telle qu'est la volonté de Dieu, est cajjable de nous assurer de la réalisation du souverain bien, ordonné par notre devoir même. Il n'y a donc pas là une corruption de l'esprit de désintéressement dans lequel on doit obéir à la loi ; il n'y a point un recours à des mobiles étrangers, comme l'espérance et la crainte, qui convertis en maximes anéantiraient toute la valeur morale des actions. Il y a simplement la juste et sainte confiance dans l'avènement dun règne de Dieu, arrivant selon la loi morale et en vertu de ce qu'elle requiert '. En ces matières la plus légère confusion peut altérer la pureté des idées. Si Ion peut dire en un sens que le souverain bien est le princijje déterminant de la volonté, on ne doit jamais perdre de vue qu'il l'est par la loi morale comprise en lui comme son élément premier et irréductible'. De même la morale n'est jamais en soi une

2. Cf. Krllik der UvllieihkrafI, V, p. ^t)")- — Die Religion, VI, p. aôa. — Der Stveit der Fncultiiten, VII, p. 353, etc..

4. V. p. ii4-ii5. « Dans la question du principe de la morale, dit kant

doctrine du bonheur, car elle impose des devoirs el ne fournit pas de règles aux inclinations intéressées, et en outre elle met un frein à ce besoin illimité d'être heureux qui nous pousse ; mais quand elle a fait valoir comme absolue la loi qui lui est propre, elle éveille en nous le désir de travailler sous cette loi au triomphe du souverain bien ; et alors, mais alors seulement et avec les réserves indiquées, elle devient une doctrine du bonheur — une doctrine qui, du reste, n'apporte pas de science démonslrativement certaine, mais qui justifie un légitime espoir'.

Voilà comment la morale s'achève dans la Religion sans se fonder jamais sur elle ; si elle doit s'achever dans la Religion, c'est parce que, être à la fois raisonnable et sensible, rhomme ne peut attendre de lui seul ni la puissance de soutenir indéfiniment sa bonne intention contre les maximes que sa sensibilité lui suggère, ni surtout celle de produire par l'accomplissement du devoir la satisfaction due aux exigences, devenues dès lors des droits, de cette même sensibilité. Cependant la morale ne se fonde pas sur la Religion, parce que c'est dans la ferme disposition à obéir à la loi que se trouve l'origine immanente du besoin auquel la Religion répond, parce que en conséquence l'établissement préalable d'une doctrine religieuse remplacerait par un lien logique extérieur le lien pratique interne qui rattache au principe moral l'affirmation de l immortalité et laffirmation de Dieu.

Pour désigner les affirmations qui nous expliquent la

ailleurs, la doctrine du sou\-erain bien, comme fin dernière d'une volonté fléterminée par elle et conforme à ses lois peut être tout à fait omise et laissée de côté (comme épisodique). » Ueher clen Ceineinspruch, etc., VI, p. 3ii. V. d'ailleurs les explications que Kanl dans cet écrit fournit contre l'interprétation de (larve sur les rapports du principe moral avec l'idée du souverain bien.

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