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beau elle sublime ont ceci de commun qu'ils plaisent par eux-mêmes, qu'ils ont leur source dans un jugement estliélique de réflexion, non dans une simple sensation ou dans un jugement logique déterminant. Mais ce qui caractérise le beau, c'est que la forme de l'objet est limitée, tandis que le sublime agit par l'absence de forme ou de limite. Le beau nous provoque à une contemplation calme, dans laquelle nos facultés jouent de concert, d'un jeu simple et libre ; le sublime ne va pas sans une tension de notre esprit, trop occupé en quelque sorte pour pouvoir se contenter de jouer, et s'il produit, lui aussi, un accord en nous, c'est un accord plus compliqué et plus indirect. Le sublime, c'est ce qui est absolument grand. On peut entendre par grandeur, soit la grandeur de l'étendue, soit la grandeur de la force : d'oii la division du sublime en sublime mathématique, qui se rapporte à notre faculté de connaître, et en sublime dynamique, qui se rapporte à notre faculté de désirer. Le sublime mathématique a pour mesure notre capacité d'intuition, le sublime dynamique, notre pouvoir de résistance. Mais cette mesure est esthétique, non logi.que. Quand nous prétendons mesurer scientifiquement une grandeur de la nature, nous la comparons avec d'autres grandeurs, c'est-à-dire que, prenant pour unité une certaine grandeur, nous évaluons par rapport à celle-ci la grandeur donnée. Une telle évaluation des grandeurs est toujours relative. Que l'on modifie la grandeur prise pour unité: le petit peut devenir grand, le grand peut devenir petit. Ainsi pour notre entendement ou pour notre jugement déterminant, rien ne peut être absolument grand. Mais il est, disions-nous, une autre mesure de la grandeur ou plutôt des choses grandes, mesure tout esthétique, qui réside dans notre puissance subjective d'imaginer et qui ne comporte qu'un jugement réfléchissant. Au lieu de procéder par une énumération discursive des parties, d'ajouter ou de soustraire à l'infini, elle se fait en quelque sorte à vue d'œil, de façon à représenter la grandeur de la chose,
non par une notion, mais par une image ; elle pose en outre un maximum, qui, s'il est dépassé par l'objet, en fait à cet égard quelque chose d'incomparable. Le sublime est donc ^ ce qui est et reste supérieur à la mesure fournie subjectivement par notre faculté d'imaginer, ou eu comparaison de quoi toute autre chose est petite'.
Le sublime implique ainsi une disproportion entre notre faculté d'imaginer et l'objet ; mais cette disproportion a ailleurs son principe profond. L'objet qui nous paraît absolument grand, c'est l'objet que nous prétendons nous représenter comme un tout se sufTisant à soi-même. Dès lors il est évident que cet objet n'est pas un objet des sens, ou encore que l'objet sensible ne nous est qu'une occasion de nous faire à nous-mêmes un objet conforme aux exigences de la raison. La disproportion est donc réellement en nous entre la raison qui pose l'idée d'une absolue totalité et l'imagination qui s'efforce, sans pouvoir jamais y pleinement réussir, de donner une traduction sensible à cette idée. Devant l'objet sublime nous avons le sentiment de notre infinie petitesse, nous éprouvons à quel point, comme êtres sensibles, nous sommes peu de chose ; mais cette conscience de notre infirmité ne s'éveille précisément que par la présence et l'action d'une faculté supra-sensible, la raison. La nature est sublime dans ceux de ses phénomènes dont l'intuition enveloppe 1 idée de son infinité ; or cette idée, ne pouvant ni être réalisée dans les données des sens, ni être jamais complètement représentée par l'imagination, ne peut être que l'idée d'un substratum supra-sensible qui sert de fondement à la fois à la nature et à notre faculté de penser. Donc, de même que le jugement esthétique en matière de beau rapporte le libre jeu de l'imagination à des concepts d'ailleurs indéterminés de l'entendement, il le rapporte en matière de sublime à des idées de la raison également indéterminées ". Ainsi s'explique d'abord que devant
LA CRITIOUE DE LA FACULTE DE JUGER OO'j
un objet sublime nous éprouvions un sentiment de peine causé par l'impuissance de l'imagination à égaler jamais la raison, et un sentiment déplaisir causé par la puissance qu'a la raison de susciter vers elle l'activité de l'imagination. Ainsi s'explique en outre que la véritable sublimité doive être cherchée finalement dans l'esprit de celui qui la juge telle, non dans l'objet de la nature qui occasionne le jugement. C'est le sujet, pourrait-on dire, qui se découvre sublime par la faculté qu'il se reconnaît comme être raisonnable, plus spécialement comme être moral, de dominer l'immensité et la puissance des choses extérieures, pour lesquelles sa sensibihté et son imagination n'ont plus de mesure. Par là se révèle l'étroite affinité qui rattache le sentiment du sublime et le sentiment moral. En effet, la conscience de notre incapacité de réaliser comme il le faudrait une idée qui est pour nous une loi, c'est précisément ce qu'on nomme le respect : le sentiment du sublime dans la nature, c'est donc au fond le respect que nous avons pour notre propre destination, pour l'idée de l'humanité que nous trouvons dans l'intimité de nous-mêmes ; seulement, par une sorte de « subreption », nous reportons à des objets de la nature, pour nous la représenter par eux, cette conscience intérieure de la supériorité de nos facultés rationnelles pratiques sur le plus grand pouvoir de notre sensibilité '.
Cette conscience s'éveille plus directement dans le sublime dynamique que dans le sublime mathématique ; car alors plus nous sentons l'impossibilité oii noLis sommes de résister, comme êtres de la nature, à la puissance écrasante ou à la violence déchaînée des choses, plus nous éprouvons qu'il y a dans notre personne une autre existence, celle de l'humanité, qui pour l'accomplissement de sa loi propre reste inébranlable à ces forces et à ces menaces extérieures ^ Voilà pourquoi sont sublimes toutes les