Cf. Ileinze, Vorlesungeii Kants, p. 198 [678J
S. Cf. Die Religion, VI, p. 268, note, p. 284, p. 29S.
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d'autres moyens que notre bonne conduite. Ainsi la législation extérieure et arbitraire d'un Etre suprême ne saurait prendre la place de la législation intérieure et nécessaire de la raison, et le principe moral ne peut être fondé sur une connaissance toujours illégitime, en tout cas variable et défeclucuso, des volontés de Dieu, et en subir les vicissitudes. Ainsi également l'espérance dune vie future ne saurait dépendre de la constitution d'une psycliologie rationnelle tbéorique ; ce que nous savons de notre âme n'a rapport qu'à notre destination pratique et est exclusivement compris dans la téléologie morale '.
Qu'il s'agisse donc de l'immortalité de l'âme ou de l'existence de Dieu, il n'est pas de preuve tbéorique qui soit valable, s'il est bien entendu que toute preuve doit, non pas seulement persuader, mais produire la conviction certaine ou tendre à la produire. Eu elTet les preuves tbéoriques, ou bien supposent une subsomption logique rigoureuse, ou bien procèdent par analogie, ou bien s'appuient sur l'opinion, ou bien enfin énoncent des liypptbèses. Mais l'afFirmation delexistcnce d un Etre supra-sensible ne peut ni être conclue des principes généraux de la nature des clioses, — car ces principes ne valent que pour le monde donné dans l'expérience, — ni être posée par analogie, — car l'analogie est un mode de représentation essentiellement relatif à nos facultés, — ni résulter d'une opinion vraisemblable, — car la vraisemblance, portant sur les cboses sensibles, n'a rien à faire en matière de raison pure et ne peut s'accroître de données allant progressivement au supra-sensdjle. — ni se préscntei' counne une bypotlièse. — car une bypollièse tbéorique déterminée exige que la |)ossibilit(' de
I. V. II. ',73/175. p. '187-/188.— Uehev cite Forfsfhrilte dcr Meta pitysik. Mil, p. ;i7:*.
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son objet soit plus qu'une possibilité simplement logique et qu'elle soit déterminable selon les conditions du savoir possible pour nous '.
A une telle aflirmallon quel est donc le genre d'adhésion qui convient ?
Selon la façon dont elles sont pour nous objets de connaissance, au sens large de ce dernier mot", c"est-à-dii-c selon la façon dont elles donnent lieu à des affirmations, les choses peuvent se diviser eu trois groupes : choses d'opinion (Sachen der Meiimiicj, opiiiahlle), choses de fait (Thatsachen, resfacti, scibilej, choses de foi (Glaubenssacheii, res fidei, mère credibile).
Les choses d'opinion sont toujours des objets d'une connaissance empirique, qui peut être malaisée ou impossible à nos sens, mais qui est au moins possible en soi : par exemple, la réalité de l'éther admise par de récents physiciens, l'existence d'habitants dans d'autres planètes ; on ne saurait donc ranger parmi les choses d'opinion les objets des idées pures de la raison : il ne saurait y avoir d'opinion a priori.
Les choses de fait sont des objets se rapportant à des concepts dont la réalité objective peut être prouvée, soit par la raison pure, soit par l'expérience, au moyen de données théoriques ou pratiques; en thèse générale, une intuition est requise pour rendre possible cette preuve. « Mais ce qui est fort remarquable, c'est qu il se trouve précisément parmi les choses de fait une idée de la raison (laquelle ne comporte en soi aucune exhibition dans l'intuition et par suite également aucune preuve théorique de sa possibilité): et c'est l'idée de la liberté, dont la réalité, comme élant celle d'une espèce particulière de causalité (dont le concept serait transcendant au point de vue théorique) se laisse dé-
2. Sur l'utilité de ce sens large pour riutelligence et la justification du kantisme, v. la lettre de Jacob à Kaiil. du '\ rnai 1790 {Jirief\vee/isel, TI, p. 164- 16()).
montrer par des lois pratiques de la raison pure et, conformément à ces lois, dans des actions réelles, par conséquent dans l'expérience. — C'est de toutes les idées de la raison pure la seule dont l'objet soit une chose de fait et doive être rangée parmi les scibilia. ' »
Les choses de foi sont des objets qui ont un rapport de principe ou de conséquence avec la loi pratique inconditionnée, mais qui au regard de la raison théorique restent transcendantes. Tel est le souverain bien à réaliser dans le monde par la liberté. Le concept du souverain bien ne peut à coup sLir démontrer sa réalité objective dans aucune expérience : mais la loi morale nous prescrit d'en faire le but de notre volonté, alors même que pour une part la réalisation en est indépendante de notre pouvoir. Nous devons donc en admettre la possibilité en général, par suite admettre aussi les conditions sans lesquelles nous ne pouvons pas concevoir cette possibilité, et qui sont l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. Seuls des objets de la raison pure considérée dans son usage pratique peuvent être choses de foi, car le nom de foi ne convient pas pour désigner une adhésion produite par des motifs momentanément insuffisants à des objets qui peuvent être sus, qui sont donc en eux-mêmes choses de fait : même les hypothèses que la raison théorique, dans son besoin d'unité, juge les plus satisfaisantes, celle, par exemple, d'une Cause intelhgente du monde, conçue pour lachèvement de la téléologie physique, ne sauraient être des choses de foi : ce qu'il faut pour comporter ce titre, c'est une relation déhnie. avec la loi pralicpie. de ce (|ui est la condition du
I- V, ]>. .'|83. — « Toutes les choses défait se rallaclienlou bien au concept de la nature, qui démontre sa réalité dans les objets des sens donnés (ou susceptibles de rètrc) avant tous les concepts de la nature, ou bien au concept de la liberté qui prouve suflisanimcnt sa réalité [lar la causalité de la raison rcla- (ivemenl à certains effets que celte faculté rend possibles dans le monde sensible cl qu elle postule d'une manière irréfragable dans la loi morale. » V. p. '189. Cf. Rcicke, En ungedrucides IVerk von Kant, VUproissiscbe Monalsscliril't. XXI,'i8.S/i, p. 3uj. — V. plus haut, p. 4.".!.
LA CRITIQUE DE LA FACULTE DE JUGER ÔqS
but final fixé par celte loi. Ainsi entendues, les choses de foi ne sont pas des articles de foi ', dont l'aveu, intérieur ou extérieur, puisse être commandé ; elles ne sont pas non plus des données confuses qu'une plus grande clarté de la pensée théorique pourrait un jour convertir en savoir ; elles sont le résultat d'une libre adhésion, fondée sur l'usage pratique de la raison, et qui suffit à cet usage sans se prêter à aucune spéculation. En ce sens, manquer de foi, ce n'est pas rester incrédule devant tel témoignage ou tout témoignage, c'est refuser toute réalité à des idées sans lesquelles le souverain bien ne peut être conçu, sous prétexte que ces idées ne sont pas théoriquement déterminables. Certes un honnête homme, un Spinoza, par exemple, peut, tout en ne croyant ni à Dieu ni à la vie future, vouloir remplir le bien que la loi morale lui ordonne ; mais s'il s'en tient alors à l'expérience de la vie, le but final de sa volonté morale lui apparaît de plus en plus incertain, et cette incertitude risque d'atteindre l'idée même qu'il se faisait de son devoir; au contraire il peut se sauver des effets de cette incertitude en remarquant qu'elle est toute théorique, qu'elle ne peut sans dégénérer en dogmatisme ébranler la foi pratique qui s'attache aux conditions du souverain bien, et faute de laquelle le respect de la loi risque d'être mal assuré ".
I. Il arrive cependant à Kant de présenter ailleurs les choses de foi en trois articles ; mais le contexte même prouve que c'est là do sa part une façon de s'exprimer qui ne contredit pas sa pensée fondamentale sur la liberté intérieure de la foi : « La foi, au point de vue moral-pratique, a encore en soi une valeur morale parce qu'elle contient une libre adhésion. Le Credo des trois articles de foi de la raison pure pratique : je crois en un seul Dieu, source de tout bien dans le monde, comme sa fin dernière ; — je crois en la possibilité de m'accorder avec cette fin dernière, le souverain bien dans le monde, autant qu'il appartient à l'homme ; — je crois à une vie future éternelle, condition d'une . approximation incessante du monde à l'égard du souverain bien possible en lui ; ce Credo, dis-je, est un libre assentiment, sans lequel il n'y aurait point non plus de valeur morale. Il ne comporte donc aucun impératif (aucun Crede) et le fondement de la démonstration de sa justesse n'est point une preuve de la vérité de ces propositions considérées comme théoriques. » Ueber die Fortschritte der Metaphysik, VIII, p. 559-661. — V. plus haut, p. ^93.
I. V, p. 481-487, p. 465-467. — Ueber die Fortschritte der Metaphysik, Vni, p. 558 sq. — Lngik, VIII, p. 66-74. — V. plus haut, p. 4o3- 4o"6, p. 489-491.
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Voilà donc comment, jusque par le rôle qu'elle attribue à la foi de la raison, la Critujuc de la faculté de juger prononce l'accord de la nature et de la moralité. Cet accord peut se concevoir à des points de vue divers ; mais ce qui en est le principe suprême et positif, c'est toujours la liberté, (( le seul concept du supra-sensible qui démontre sa réalité objective dans la nature (au moyen de la causalité qui est conçue en lui), par l'eirct (juc celte causalité peut produire en elle ' ». La beauté, déjà, symbolise cette action de la liberté par l'affranchissement quelle opère de lattrait des sens et l'intérêt qu'elle éveille pour la vie morale. Mais c'est la finalité qui l'exprime le plus directement, puisque, étant une causalité par concepts que le Jugement ne peut s'empêcher d'admettre pour rintelligencc des productions de la nature, elle ouvre en quelque sorte le monde à l'influence de cette faculté d'agir par principes, qui est la volonté ; de la sorte, si la liberté est en elle-même un pouvoir supra-sensible, elle est aussi par son efficacité une chose de fait ; elle a sa place dans cette expérience plus concrète qui s'organise par delà l'expérience soumise aux catégories, et ori les actes, comme les formes particulières d'existence, relèvent non plus seulement du jeu mécanique de forces composantes, mais de l'idée d'une unité systématique.
Cependant comme elle n'est définie et qu'elle ne peut s'exercer pour nous qu'en fonction de la loi morale, elle ne saurait prétendre à la puissance d'enchaîner directement à la réalisation de ses propres fins les fins de la nature. Cette synthèse de la vertu et du bonheur (pii esl le souverain bien, encore qu'elle soit le but suprême assigné par la loi morale à nos efforts et qu'à ce titre elle doive nécessairement être reconnue comme possible, exige, pour être comprise
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de nous, l'affirmation de l'immortalité et de l'existence de Dieu. Cette double affirmation qui est l'objet essentiel de la foi de la raison a moins exclusivement rapport ici que dans la Critique de la raison pratique aux droits et aux espérances légitimes du sujet moral ; elle apparaît davantage comme une façon d'exprimer /.a-'à'yOptoTrov la loi profonde, dont le secret reste enfermé dans le principe supra-sensible commun à la liberté et à la nature, et en vertu de laquelle le monde tend par la réalisation du souverain bien à constituer l'unité de tout le système des fins; le souverain bien, à ce point de vue, c'est moins la fin spéciale de la volonté humaine que la fin universelle vers laquelle s'oriente, sous l'action régulatrice de la liberté, la nature tout entière.
Certes il ne faut pas perdre de vue que, selon les thèses expresses de la Critique de lu faculté de juger, cette conception d'ensemble, cette Weltanschauung se développe à partir du Jugement humain et ne saurait en franchir les limites ; il n'en reste pas moins qu'elle répond à ce besoin d'unité harmonieuse qui fut de tout temps le ressort de la pensée métaphysique, et qui, sous les distinctions et les restrictions de la discipline critique, continuait à imprimer à l'esprit de Kant l'élan vers un système achevé'. Or, si un tel système ne pouvait s'ordonner que selon le plan tracé par l'examen des conditions a priori de nos facultés, une plus libre idée cependant y circulait, qui, poussée en divers sens, servait de stimulant à l'exercice de ces facultés mêmes et en élargissait le domaine, à savoir l'idée d'évolution, scientifiquement et philosophiquement entendue". L'inspiration hardie et féconde qui avait porté Kant à exposer dès
[. Victor Delbos, Les harmonies de la pensée /^antienne d'après la Critique de la faculté de juger. Revue de métaphysique et de morale, mai 1904, XII, p. 55i-558.
2. Kuno Fischer, Geschichte der neueren Philosophie, V, p. 567-585.
- Dorner, Ueber die Entwicklungsidee hei h'a/it, dans le recueil d'articles publiés par l'Université de Kœnigsberg, Zur Eriunerung an Immnnuel Kant, lyoi, p. ôô-go. — V. également de Dorner: Kants Kritik der Urtheilskraft in ihrer Beziehung zu den beiden anderen Kritiken und zu den nachkantischen Systemen, Kantstudien, IV, p. 248-285.
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son Histoire générale de la nature et théorie du ciel une cosmogonie évolutionniste, loin d'être refrénée en lui par le souci d'un établissement méthodique des fonctions a priori, s'était perpétuée dans sa pensée et y avait suscité l'idée d'applications nouvelles. Même si la vie en elle-même reste irréductible au mécanisme, la grande variété des espèces vivantes peut s'être constituée par formation graduelleetêtre dérivée, selon des lois mécaniques, d'uneorganisation primitive très élémentaire. En outre, l'avènement de l'humanité en ce monde n'est possible que par la loi de progrès qui, de l'expansion sans mesure des énergies individuelles et de l'antagonisme des volontés fait lentement surgir, au bénéfice de l'espèce, les œuvres, en fin de compte bienfaisanles, de la civilisation, par cette loi qui assigne à 1 histoire pour terme idéal et certain une société juridique de tous les hommes et de tous les peuples. Enfin, jusque dans l'ordre conforme à l'idée du but final, l'immortalité apparaît comme un développement indéfini de la vertu à la sainteté, et le souverain bien comme l'efTet. assuré par Dieu, d'une sorte d'accord en voie de se produire un jour entre les fins de la nature et les fins morales. Ainsi le concept d'évolution communique également à la pensée deKant cette largeur et cette richesse de vues qu'il avait répandues dans l'œuvre d'un Aristote, d'un Leibniz, — qu'il devait répandre encore plus tard dans l'œuvre d un Hegel.
Toutefois, ce concept, si séduisant ])ar les perspectives qu'il ouvre et par les analogies qu'il fait pressentir, n'intervient dans la philosophie kantienne que sous le contrôle de la Critique qui en surveille et en distingue les emplois. La i).izyx>y.aic, zlc, àllo yévo; est la forte et perpétuelle tentation dont la Métaphysique doit se sauver : et c'est la Critique seule qui peut lui assurer le salut'. — Au moment!
I. « Des substances simples qui ont .e?i soi la l'ariillé de iicrccAoir, c'est cel que Lkibniz appelle des monades. Ainsi les corps sont composés de monades, L^p qui sont des miroirs de l'univers, c'est-à-dire douées de facultés représentatives 1|
LA CniTIQUE DE LA FACULTÉ DE JUGER 5f)7
même où, par sa Critique de la J acuité de juger, Kant s'approchait le plus de la compréhension métaphysique propre à la pensée leibnizienne, il était précisément amené, pour défendre contre Eberhard et d'autres partisans attardés du leibnizianisme l'originalité de sa philosophie, à rappeler énergiquement les thèses et la méthode fondamentales de la Critique'; d'autre part, il se sentait invité par la question qu'avait posée lAcadémie de Berlin pour l'année 1791 sur les progrès réels de la métaphysique en Allemagne depuis le temps de Leibniz et de WoljJ', à montrer que la Critique seule avait marqué un progrès ou mieux qu'elle avait définitivement établi, avec l'insuccès inévitable des métaphysiques antérieures, les conditions et le plan de la Métaphysique légitime. Ainsi il insistait sur la dill'érence irréductible de la sensibilité et de l'entendement, en- même temps que sur la nécessité de leur concours pour donner dans le savoir aux principes a priori une signification et une application définies'; il prouvait encore, surtout par les antino-
qui ne se distinguent de celles des substances pensantes que par le défaut de conscience, qui sont pour ce motif nommées des monades sommeillantes, dont nous ignorons si la destinée ne doit pas les réveiller un jour ; peut-être les a-t-elle déjà fait passer infinies en nombre du sommeil à la veille et fait retomber de la veille dans le sommeil, pour les éveiller au jour de nouveau et les élever graduellement comme animaux vivants jusqu'aux âmes humaines et au delà jusqu'à des degrés supérieurs : sorte de monde enchanté, que cet homme illustre n'a pu être conduit à supposer que parce qu'il tenait les représentations des sens en tant que phénomènes, non pour un mode de représentation tout à fait distinct de tous les concepts, c'est-à-dire pour une intuition, mais pour une connaissance par concepts, confuse seulement, ayant son siège dans l'entendement et non dans la sensibilité. » Ueber die Fortscliritte der Metaphysik, VIII, p. 546-547. — V. plus haut, p. i4o-i4i.
1. Uebev eine lintdeckung, nach der aile, neue Kritik der reiiien Vernunft diirch eine altère entbehrlich gemacht werden soll, 1790. — Reicke, Lose Bldtter, G 6 (I, p. 113-144), C i2-i4 (I, p. 163-179). D i5 (I, 22G-232). — Cf. Briefwechsel, H, p. 5, p. 7, p. 18, p. 33-48, p. 57, p. 8(), p. 109, p. 160.
2. Le mémoire de Kant ne fut pas envoyé au concours : Rink le publia en 1704 d'après trois manuscrits incomplets. — V. dans Reike, Lose Bldtter, des fragments qui s'y rapportent, la plupart certainement, quelques-uns probablement, D i4 (1, p. 223-225), E lo (II, p. 36-37), F 3 (II, p. 277-278), F 5 (II, p. 284-287), E 3i (II, p. 116-119), B 4 (I, p. 90-96), D 12 (I, p. 216, 217), G i3 (III, p. 44-46), G 12 (III, p. 4i).