‹ La philosophie pratique de KantChapitre 276 sur 361 · Cr. Der Slrcit der FacitUdlen, MI, p · texte numérisé non relu

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Kant. une remar(|ualilo antinomie de la raison avec ellemême. Cette antinomie ne peut être résolue ou du moins expliquée que tout autant que l'on s'est prononcé sur la question de savoir si la foi historique, réglée par 1 Eglise, doit toujours se surajouter, comme élément essentiel de la < royance sanctifiante, à la foi religieuse pure, ou si elle n est qu'un moyen d'action provisoire destiné -finalement à se résoudre en elle, quelque éloigné qu'en soit le jour. Examinons le premier cas. Supposons qu'il y ait eu une satisfaction donnée pour les péchés des hommes : on conçoit que tout pécheur veuille se la rapporter, et puisqu'il ne s'agit que de croire à la rédemption pour être racheté, nul n'hésitera un moment. Mais comment un homme raisonnable qui a conscience de sa culpabilité pourra-t-il sérieusement admettre qu'il suffise d'accueillir docilement la nouvelle d'une rédemption accomplie en sa faveur pour en devenir le bénéficiaire et pour avoir le péché extirpé en lui radicalement .' S'il avait une telle confiance, elle ne pourrait encore que lui venir du ciel toute gratuite, sans que sa raison y eût aucune part. La vérité est que l'annonce de la Rédemption ne peut, s'il est sincère, lui faire désirer de s'en approprier les mérites qu'après qu'il s'en est rendu digne par sa conduite. — Examinons le second cas. Supposons un homme corrompu foncièrement ; comment pourra-t-il se croire en état de devenir jamais agréable à Dieu, quelque effort qu'il fasse, si dune part il a conscience de 1 impossibilité où il est de réparer entièrement sa faute, si d'autre part il ne croit point qu'il y ait une autre personne pour satisfaire à la justice dont il a éveillé en lui le sentiment, s il n'est pas comme régénéré par cette croyance de façon à pouvoir entrer dans une vie nouvelle. — iNous n'avons aucun moyen d'aplanir ce conflit par une vue théorique des causes qui font que la liberté d'un homme se décide pour le bien ou pour le mal : car ceci dépasse le pouvoir de notre raison. Il n'est pas douteux non plus qu'au point de vue pratique nous ne devions partir de ce qui est notre devoir

et non pas de la foi à ce que Dieu a fait en notre faveur. Cependant l'antinomie n en paraît pas moins subsister : car si l'une des deux thèses fait de la grâce la condition de la bonne conduile, et ainsi ouvre la porte à la superstition, l'autre thèse, en tenant la conduite exemplaire pour indifférente et même pour hostile à toute révélation, favorise l'incrédulité naturaliste. Pour résoudre Fantinomie, ou du moins pour montrer qu'elle n'est (pi'apparente, voici ce (ju'il est nécessaire et suffisant de remarquer : La foi dans le fils de Dieu, par qui nous sommes rachetés, c'est la foi dans le modèle de l'humanité agréable à Dieu ; elle se rapporte elle-même à une idée de la raison, conçue non seulement comme la règle, mais encore comme le mobile de notre volonté : c'est donc tout un de prendre pour point de départ cette foi rationnelle ou le principe de la bonne conduite. C'est seulement la foi en ce modèle se réalisant sur la terre, autrement dit la foi empiri(|ue ou historique en l'Homme-Dieu, qui n'est pas identique avec le principe de la bonne conduite, toujours nécessairement rationnel. Toutefois l'apparition de l'Homme-Dieu ne peut tirer sa preuve de l'expérience ; elle ne peut être reconnue comme telle que par l'accord d'un exemple que l'expérience fournit avec l'idée rationnelle d'un modèle de l'humanité. La rédemption et la régénération ne sont donc pas deux idées différentes au fond, mais une seule et même idée pratique, envisagée en deux sens diflerents selon qu'on la rapporte à une origine divine ou qu'on en fixe le siège dans la conscience humaine. Si l'antinomie s'évanouit ainsi dès qu'on reconnaît que la foi historique n'est qu'un véhicule de la Religion pure, elle reste insoluble dès que l'on prétend faire dépendre le salut de la croyance à la réalité historique de rilomme-Dieu. Cette idée de la justification par une foi indépendante de la régénération intérieure, par la simple observance du culte, aboutit à présenter la foi comme un don arbitraire de Dieu à quelques privilégiés, ce il a pitié de qui il veut : il eiuliircil qui il \cn[. » Cette parole, quand

elle ne signifie pas seulement que la bonté ou la méchanceté de l'homme échappe en son origine à notre connaissance, est le salto mortale de la raison humaine '.

C'est au contraire une conséquence normale des dispositions de notre nature, que toute religion se dégage de ses formes empiriques, de ses statuts historiques, et se consomme dans la foi rationnelle pure. La lisière des traditions sacrées, à mesure que l'humanité grandit, devient inutile pour la conduite : maintenue au delà du temps nécessaire, elle devient une entrave et une servitude. L'humanité (( devenue homme » ne peut que déposer ce qui tient à l'enfance. Mais il ne faut pas attendre cette transformation d'une révolution extérieure ; car l'ordre nouveau que cette révolution produirait selon le hasard des circonstances, dans le tumulte et la violence, aurait immanquablement des vices qui se feraient douloureusement sentir pendant des siècles et qui ne pourraient être corrigés que par d'autres révolutions. Le progrès vers l'avènement de la Religion de l'esprit commence certainement et se continue régulièrement dès que les Eglises existantes, reconnaissant que c'est là leur fin, tendent davantage à tenir pour accessoires leurs pratiques propres et les formes de leur culte. A coup sûr, il ne faut pas compter qu'elles réalisent jamais pleinement cet idéal qui serait le triomphe de la véritable Aiifkldning, où l'unité de croyance dans l'Eglise se concilierait avec la pleine liberté dans la foi ; il en est d'elles comme des nations diverses, dont il est malaisé d'espérer qu'elles renonceront chacune à sa soif de domination pour s'unir par les liens d'une constitution juridique universelle. Cependant dès que l'humanité religieuse est en marche vers cet idéal, si éloigné soit-il, il y a lieu de penser que toute amélioration acquise trouve dans la disposition naturelle de l'homme au bien de quoi se soutenir et se propager, que l'union des

I. Contre la doctrine de la prédestination selon saint Paul, v. encore Der Streitder Facultàten, VII, p. 358.

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âmes et leurs communs efforts vers la perfection, loin de se laisser briser par les obstacles venus à certains moments de causes politiques et sociales, ne feront que croître en solidité et en énergie ' .

Présenter une histoire universelle de ce progrès serait naturellement impossible, si Ion entendait par là le progrès du pur esprit religieux ; car le pur esprit religieux n'est pas un état public, et chacun isolément peut prendre conscience des progrès qu'il y fait. Mais il en est autrement de la croyance adhérente à une Eglise, qui, elle, se transforme publiquement, et dont les transformations se peuvent apprécier par leur rapport à la foi religieuse de la raison. A cet égard l'Eglise visible véritable date du moment où la croyance positive reconnaît qu elle dépend de la croyance rationnelle et qu'elle doit s'en approcher toujours davantage. Aussi ne peut-on pas faire rentrer le judaïsme dans riiistoire de la véritable Eglise ; le judaïsme ncst point en effet proprement une religion ; il réclame simplement l'observation extérieure de ses dix commandements sans exiger, comme le fait le Christianisme, l'intention morale; il professe que chacun reçoit sur cette terre, soit en luimême, soit dans sa postérité, le prix de ses œuvres : ce qui est une règle de prudence politique, non une maxime de justice ; il n'enseigne point la croyance à l'immortalité : il se borne à la laisser apparaître par les mêmes causes qui l'ont fait se produire chez d'autres peuples, même chez les plus grossiers. Loin d êlre un moment de lEglise universelle, il a exclu le genre humain de toute communauté avec lui. tenant (pi il ne pouvait y avoir qu'un peuple élu. Quant au monothéisme dont on lui fuit honneur, outre qu'il se retrouve sous la mythologie de la plupart des peuples, il ne ])rête ici à Dieu qu'une autorité législative extérieure, et par là il est inférieur à certaines variétés du polythéisme (pii au moins laissaient pénétrer dans la l)ivinil(' des altri-

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buts moraux. Ainsi, conlraiiemeiit à la disposition de la plupart des écrivains de YAufklaruny qui liaient volontiers le Christianisme au Judaïsme ou même qui trouvaient dans le simple déisme de la croyance juive une vérité plus appropriée à leur idée de la Religion naturelle, Kant soutient l'opposition radicale du Christianisme et du Judaïsme et la suprématie incomparable du Christianisme. Ce n'est qu'extérieurement que le Christianisme paraît sorti du Judaïsme ; si les propagateurs du Christianisme ont admis cette fdiation en déclarant que l'ancienne foi contenait sous forme de symboles et de figures ce que la foi nouvelle réalisait en vérité, ça été uniquement pour rendre plus aisée et plus sûre l'introduction de la foi nouvelle ; si d'autre part, malgré sa brusque apparition, le Christianisme a été préparé par létat antérieur du Judaïsme, c'est que le Judaïsme à ce moment était lout imprégné de la sagesse grecque, que son organisation politique et sacerdotale avait été ruinée par la domination de ce peuple romain qui traitait avec inditrérence les croyances populaires des autres nations. Quoi qu'il en soit, ce que le fondateur du Christianisme est venu annoncer au nom du ciel, c'est la nullité de la croyance légale, asservie~aux cérémonies et aux pratiques du culte, c'est la valeur absolue de la foi morale, scLile capable de nous sauver. Il a confirmé sa doctrine par l'exemple pendant sa vie et à sa mort. Sa résurrection et son ascension, qu'il faut d'ailleurs se garder d'entendre dans un sens dogmatique et matérialiste ' , sont les signes du commencement d'une autre vie et de l'entrée dans le royaume de la béatitude : mais avant de quitter ce monde il a pu dire avec vérité qu'il restait néanmoins parmi ses disciples jusqu à la consommation des siècles. Cette doctrine, transformi'e en croyance historique, pouvait à ce dernier titre avoir besoin d'être coîifirm('e par des miracles : en elle-même, on tant que relevant de la croyance morale, elle pouvait

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