‹ La philosophie pratique de KantChapitre 40 sur 361 · OPTIMISME · texte numérisé non relu

OPTIMISME

choses de la conception du Tout s'était substitué dans l'intervalle le principe qui subordonne tout jugement sur les choses aux droits souverains de la personne morale.

Dans cette première période de sa pensée, Kant n'a encore fait aucun elTort indépendant soit pour soumettre à une critique rationnelle les conceptions morales qu'il accepte de l'école leibnizicnne et w^olflîenne, soit pour dégager de sa nature propre les traits à exprimer dans une éthique nouvelle. Un court passage néanmoins, dans l'un des fragments publiés par Rcicke, paraît révéler à cette époque la tendance qu'il manifestera plus tard à nier toute commune mesure entre la vertu et les autres biens. Il se demande quel est le plus heureux en ce monde, de l'homme vertueux ou de l'homme vicieux. Et il répond que ce qui fait malgré les apparences la vertu plus heureuse, c'est qu'elle échappe à l'empire des désirs dont le vice est le jouet. Ce qui caractérise la vertu, c'est le renoncement; c'est par là que la vertu a en elle toute sa valeur. « Le vérital)le prix de la vertu est la paix intérieure de l'àme, que les autres biens bouleversent ou corrompent. L'instruction, la gloire, la richesse : toutes ces choses n'ont pas en elles le vrai bien. Il n'y a donc que la vertu pour constituer le bonheur véritable, il n'y a qu'elle pour trouver dans l'abondance comme dans la pénurie, dans les larmes comme dans la joie de quoi se contenter. Puisque ainsi la vertu n'a rien qui lui manque, il n'y a rien qui pour elle vaille

à déiuonlrcr rinsuffisancc des argmiicnts Iradiliniinels en faveur de roptimisiiic dans son écrit de 179 1 sur l'/iisiicci-s Je toutes les teninlii'es /)liil()so/.iliif/iies en T/iéodicée.U établit là, selon l'esprit de la philosophie critique, l'impuissance de 1 esprit humain à déterminer avec certitude par des raisons théoriques le rajiport du monde donné à la sagesse et à la justice d'une Caiise suprême, en même temps qu'il considère comme légitime la détermination jiratique de l'idée de i^rovidcncc.

d'être désiré ^ » C'est là comme un dessin anticipé des idées et des formules qui reparaîtront amplifiées et plus précises au début de V Etablissement de la Métaphysiqae des mœurs : il n'y a qu'une seule chose qu'on puisse tenir pour bonne sans restriction, en regard même de tous les dons de la nature et de la fortune, c'est une bonne volonté.

I. Ce passage fait partie de l'un des fragments signalés plus haut, qui se rapportent à la question de l'optimisme. E 69, I. Lose Bldtter, II, p. 235-

CHAPlïllE II

LES ÉLÉMENTS DE LA PHILOSOPHIE PRATIQUE DE KANT (de 1760 a 1770). — LA CRITIQUE DE LA MÉTAPHYSIQUE. — L'INFLUENCE DES ANGLAIS ET DE ROUSSEAU. — LES PRESSENTIMENTS D'UNE MÉTA- PHYSIQUE NOUVELLE.

Pendant les années qui suivenl 17C0, Kant s'occupe de reviser les thèses fondamentales du rationalisme métaphysique ; poursuivie par les voies les plus diverses, cette œuvre de critique et de recherche reste, comme il est naturel, assez complexe, et se laisse malaisément figurer en quelques traits. Kant la bien caractérisée dans une lettre à Lambert du 3i décembre 1766, où il déclare que depuis plusieurs années il a tourné ses réflexions philosophiques dans tous les sens possibles et que c'est seulement après divers mouvements de bascule (im/àppangen) que ses pensées ont retrouvé quek|ue équilibre '. Pour ce qui est des problèmes moraux, plus directement abordés désormais ^

1. Briefivechsel, 1, p. 52. — V. la lettre à Herder du 9 mai 1767, Ibid., p. 70-71.

2. Rant avait compris la philosophie morale dans le programme de ses leçons des 1756-57. ^ oici, d'après les recherches d'Emil Arnoldt, Krilische Excurse im Gebiele dcr Kant-Forscliuiig, p. 5i7 et suiv., les semestres pour lesquels Kant avait annoncé des leçons sur la morale ; à l'exemple d'Arnoldt, je rapporte sans parenthèses les semestres pour lesquels il est démontré que Kant a fait réellement ces leçons ; je mets entre parenthèses ( ) les semestres pour lesquels il est démontré que Kant a annoncé ces leçons sans qu'on puisse aPGrmer autrement que par vraisemblance qu'il les a faites ; je mets entre crochets [ ] le semestre pour lequel il est démontré que ces leçons, quoique annoncées, n'ont pas été faites : (06-57), (Sg), (59-60), (6o-6i), (61-62), (63- 6^), (64-65), (65-66), (66), 66-67, 67-68, (68-69), 70, 71, 71-72, [78], 78- 7/1, (74-75), 75-76, 76-77, 77, 78-79, 80-81, 82-83, (83-84), (84-85), (86- 87), 88-89, 98-94. Lorcpe l'on trouve une indication de l'auteur d'après lequel

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et dans le même esprit d'examen indépendant et de rénovation, il semble néanmoins possible de ramener à trois principales les causes qui chez Kant en transforment la solution et même le sens ; en premier lieu, les concepts moraux subissent le contre-coup de l'épreuve critique à laquelle sont soumis tous les concepts métaphysiques en général ; en second lieu, sous rintluence des philosophes anglais, une autre faculté que la raison, le sentiment, apparaît comme la source véritable de la moralité ; enfin, sous l'influence de Rousseau, le sentiment môme devient la révélation d'un ordre de la vie tout opposé à celui que les philosophes ont ajusté artificiellement à leurs spéculations. Et ainsi tout est remis en question dans les doctrines morales dont le rationalisme fournit le type : les procédés d'explication et la matière à expliquer.

Il est remarquable que dès le début de cette période Kant tâche de soustraire les vérités morales, ainsi que les croyances qui s'y rattachent, au doute qui peut atteindre les principes métaphysiques. Au moment même oii il essaie de réformer les méthodes de démonstration familières aux métaphysiciens, il prévient que l'intérêt des discussions soulevées par lui est purement spéculatif. Ainsi, dans son ouvrage sar V Unique fondement possible cïune démonstration de l'existence de Diea\ il critique les arguments tradition-

Kanl enseigne la morale, c'est Baiimgarlen qui est désigne ; une seule fois (i7(33-(j.''i), Baumeister est mentionné à la place de Baumgarten. Que Ivant se soit rendu, dans son enseignement même, de plus en plus indépendant de son auteur, c'est ce qu'indique, comme on le verra plus loin, son Programme des leçons pour le semestre d'hiver i765-i7()r), c'est ce dont témoignent également deux rédactions manuscrites de leçons sur la morale, relatées par Arnoldt et rapportées par lui à l'une dos années de la période 1780-1790, dans lesquelles les divergences avec iîaumgarton sont, sur plusieurs points, l'ortemcnt marquées p. 6o5-Gi.'i.

I. Der einzig mogliche lii'weisgrund zii eiiier Demonstralion des Daseiiis Gottes, 1768. — On peut tenir pour indilTcrente à notre sujet la question de savoir dans quel ordre ont été composés les trois ouvrages de Kant

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